Franck BADAIRE

est photographe

Pour la beauté du geste

Lauréat du concours de photographie organisé par la Fédération Française du Bâtiment en 2003, Franck Badaire poursuit son travail de photographe indépendant en s'attachant à figer l'image des hommes au travail sur les chantiers et en recourant aux derniers progrès de la technologie. Il explique sa démarche et le regard qu'il porte sur le bâtiment.

© Franck Badaire

La photographie m'a toujours passionné : après des cours du soir aux Beaux-Arts du Mans, je me suis inscrit en maîtrise de sciences et techniques de photographie à l'université Paris-VIII. À l'issue de quatre années d'études très enrichissantes, j'ai choisi un sujet de mémoire traitant des interactions entre les individus et les espaces urbains qu'ils parcourent quotidiennement : « Les flux humains dans le paysage urbain ». Ce sujet m'a conduit à réfléchir sur notre perception de l'architecture et de notre environnement.

En 2003, à la fin de mes études, j'ai remporté un concours photographique organisé par la FFB sur le thème des hommes sur les chantiers. Le canal Saint-Martin avait été vidé pour travaux et cet événement extraordinaire offrait un cadre idéal. J'ai tout de suite été séduit par les lignes, les matières, le fond monochrome sur lequel se détachaient les ouvriers, leurs gestes... Moi qui n'ai jamais aimé la photographie en intérieur, j'avais l'impression d'un studio naturel ! Ma photo a reçu le premier prix de la FFB dans la catégorie noir et blanc.

La précision du savoir-faire


© Franck Badaire

Après cette expérience, la FFB est devenue mon tout premier client. Elle m'a alors demandé de mettre en valeur le travail des hommes sur les chantiers.

Quels que soient les chantiers, grands ou petits, historiques ou contemporains, et quels que soient les métiers, maçons, charpentiers, tailleurs de pierres ou électriciens, je trouve toujours dans la précision des gestes et du savoir-faire une certaine beauté, difficile à définir ou à situer. La photographie est l'outil idéal pour figer ces mouvements et laisse le temps de les apprécier autrement. Le choix du temps d'obturation, c'est-à-dire l'instant d'ouverture qui laisse entrer la lumière, est une spécificité technique de la photographie. L'image, pour être bien exposée, doit recevoir la bonne quantité de lumière en fonction de la lumière ambiante, du film utilisé, de l'ouverture de diaphragme choisie et de la vitesse d'obturation, etc. Selon les conditions et le rendu souhaité, on peut faire varier cette vitesse pour obtenir un flou de bougé, de façon à rendre perceptible le mouvement de l'action ou, au contraire, en choisissant un temps de pose plus court (de l'ordre du quinzième de seconde), figer un mouvement rapide de façon à en saisir un instant précis. Peut-on alors parler d'instantanéité ?

Je me place toujours en observateur, témoin d'une action, d'une transformation. Mes images sont dès lors essentiellement documentaires dans l'intention (ce qui n'est pas du tout contraire à l'esthétique). La beauté est partout sur les chantiers. D'abord parce qu'il y a un processus de transformation avant la naissance ou la renaissance d'un espace, d'un lieu, d'un bâtiment, mais aussi et surtout par l'action des ouvriers qui sont les mains de cette transformation. J'aime montrer que ce sont ces associations de spécialités, ce travail d'équipe et le savoir-faire qui transforment la matière.

Photographier ces lieux en mutation, l'évolution des chantiers avec leurs hommes - et par eux -, leurs matériaux, leurs couleurs devient pour moi comme un jeu dans lequel je cherche les cadrages. Les images deviendront objets de communication, d'exposition ou de mémoire, rendant hommage aux ouvriers, aux architectes...

Visites virtuelles et chronophotographie


© Franck Badaire

Avec le numérique, Internet et l'informatique, de nouvelles techniques ont vu le jour. Avec la même volonté d'apporter un témoignage documenté, je réalise de plus en plus de « visites virtuelles ». Il s'agit d'images à 360 degrés qui permettent une vision panoramique et sont conçues pour une visualisation sur écran. L'utilisateur se déplace avec la souris au centre d'une image sphérique dans laquelle il peut également zoomer. Appliquées aux chantiers, ces visites virtuelles permettent une immersion dans le lieu. On y intègre aujourd'hui vidéos, sons, textes ou images sous forme de liens.

J'utilise également de plus en plus la chronophotographie : il s'agit de placer un appareil numérique avec un bon point de vue sur le site à photographier, programmé pour prendre des clichés à intervalles réguliers pendant toute la durée des travaux ou lors d'événements particuliers. Ce dispositif permet, en assemblant toutes les images, d'obtenir un film en accéléré du chantier. Les images sont automatiquement transmises sur un serveur et accessibles sur un site Internet sécurisé, donnant à tous les acteurs du chantier une vision instantanée du site à distance. J'ai récemment installé trois boîtiers chronophotographiques sur le chantier des Halles à Paris et ai rencontré un très bon accueil auprès des utilisateurs, architectes, entreprises, maître d'œuvre, agence de communication...

Bien que ces nouveaux outils soient utiles et appréciés des consommateurs d'images que nous sommes, je continue de faire des images argentiques grand format, à la chambre, dont la qualité ne peut être surpassée.


© Franck Badaire

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