Georges RIGAUD

Directeur de la rédaction de la Fondation FFB

Fondations du BTP : avec les jeunes, contre l'exclusion

Le bâtiment est porteur d'une riche tradition d'intégration réussie. De longue date, il a su accueillir et promouvoir des populations très diverses, qui compensaient le handicap de la langue ou l'absence de qualification par l'intelligence, le courage et la volonté de s'en sortir. Depuis une dizaine d'années, les fondations du secteur ont pris le relais.

Cette véritable culture de l'insertion propre au bâtiment, à la fois professionnelle et sociale, a trouvé au tournant des années 2000 un nouveau champ d'action avec l'explosion du chômage de masse, de la précarité et de l'exclusion. Complétant avec d'autres outils les actions fortes menées par la profession en matière de formation initiale et continue, de nombreuses fondations ont ainsi vu le jour dans le secteur, avec une priorité : la réinsertion des publics éloignés de l'emploi et tout particulièrement les jeunes. Créées par des organismes professionnels 1 ou des entreprises 2, elles totalisent un budget de plus de 10 millions d'euros et accompagnent en moyenne chaque année 500 projets sur l'ensemble du territoire, contribuant ainsi au retour vers l'emploi de 15 000 personnes.

Quels types de projets financent nos fondations ?

Reconstruire le lien social est souvent un préalable à la réinsertion de nombreux jeunes, d'où le soutien à des actions de lutte contre l'illettrisme ou le décrochage scolaire et en faveur de l'apprentissage de la citoyenneté, des règles du vivre-ensemble ou du bénévolat comme opportunité d'engagement.

Facteur essentiel d'autonomie pour les jeunes, notamment en zone rurale, la mobilité est fortement soutenue : financement de simulateurs de conduite et de permis, équipement de plateformes mobilité, achat de vélos, scooters et véhicules de transport collectif.

Favoriser le retour vers l'emploi fait évidemment l'objet d'une attention particulière, à travers la mise en place de forums d'information sur les métiers du bâtiment, la création d'espaces emploi, l'équipement des GEIQ-BTP 3 en tenues de travail, caisses à outils et matériel de sécurité, les actions d'aide à la construction d'un projet professionnel et à la recherche d'emploi, sans oublier le cofinancement de chantiers-écoles, de chantiers d'insertion et d'ateliers pédagogiques.

Il faut également citer des actions plus lourdes et dont l'ensemble du secteur bénéficie, notamment :

  • L'enquête sur les conditions de vie des jeunes salariés du BTP à partir d'un échantillon de 6 000 d'entre eux 4 ou la création d'un portail multimédia abrité par la Bibliothèque nationale de France, qui permettra en 2014 aux apprentis et étudiants du secteur d'accéder à une formidable base documentaire sur leur univers professionnel, deux initiatives financées par la Fondation BTP Plus.
  • L'opération « Pacte », destinée à prévenir le risque routier et qui a touché 26 000 jeunes au niveau national depuis 2007, ainsi que celle menée actuellement auprès de ce même public pour lutter contre les addictions (« Premiers combats »), toutes deux à l'initiative de la Fondation du BTP.
  • Le soutien apporté depuis dix ans aux actions « conduite de projet à vocation solidaire » pilotées par les promotions de futurs dirigeants de l'ESJDB 5, ou l'étude en cours, dans le cadre d'un appel à projets européen, sur les parcours d'insertion professionnelle des jeunes et la mixité dans les entreprises du bâtiment, deux initiatives soutenues par la Fondation FFB.

Trois atouts maîtres

Ce bilan plus qu'honorable n'est pas fortuit : il repose à mon sens sur trois atouts maîtres.

  • Le premier est l'implication des collaborateurs des organisations et des entreprises fondatrices, en termes à la fois d'identification et de parrainage des projets, qui conditionne leur agrément. Cette mobilisation se traduit souvent aussi par un précieux mécénat de compétences qui vient s'ajouter au financement proprement dit.
  • Le second est l'excellente connaissance des réseaux locaux (acteurs sociaux, partenaires de l'insertion et de la formation), du fait de l'implantation territoriale forte des organismes professionnels et des entreprises du BTP.
  • Le troisième repose sur des valeurs partagées qui se traduisent par une approche commune des critères d'éligibilité de nos fondations : projets collectifs s'inscrivant dans la durée, alliant caractère social et dimension économique, mutualisables ou reproductibles, apportant des réponses pratiques et innovantes qui favorisent l'autonomie des publics visés.

Comment mesurer l'impact de toutes ces initiatives citoyennes menées par la profession en marge de la puissance publique et se substituant bien souvent à elle, en direction des jeunes, depuis une dizaine d'années ?

Un chiffre s'offre à notre réflexion : aujourd'hui, les salariés de moins de 30 ans représentent 29,6 % de l'ensemble des salariés du BTP, alors que cette même tranche d'âge ne constitue que 21,9 % (contre 30,8 en 2009) des effectifs dans l'ensemble des secteurs économiques 6.

Pour la profession, c'est évidemment une invitation, en dépit des turbulences économiques qu'elle connaît, à ne pas baisser la garde mais à réaffirmer son engagement auprès des jeunes, car c'est à eux que demain appartient.

  1. Fondation du BTP (www.fondation-btp.com), Fondation BTP Plus (www.fondationbtpplus.fr), Fondation du Patrimoine (www.fondation-patrimoine.org), Fondation FFB (www.fondation-ffb.fr).
  2. Bouygues construction (www.bouygues-immobilier-corporate.com), Eiffage (www.eiffage.com) et Vinci (www.fondation-vinci.com), entre autres.
  3. Groupements d'entreprises pour l'insertion et la qualification.
  4. Voir Constructif, n° 31, février 2012, p. 49 et suivantes.
  5. École supérieure des jeunes dirigeants du bâtiment.
  6. « Les indicateurs sociaux du bâtiment », FFB, juin 2013.
http://www.constructif.fr/bibliotheque/2013-11/fondations-du-btp-avec-les-jeunes-contre-l-exclusion.html?item_id=3400
© Constructif
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