Chiara GARIAZZO

Directrice EAC (Education, Audiovisuel et Culture) Jeunesse et Sport à la Commission européenne.

Programmes européens : une expérience qui fait la différence

D'Erasmus à Jeunesse en action ou au Service volontaire européen, les programmes de l'Union européenne en faveur de la mobilité des jeunes ont eu un impact à la fois systémique et individuel.

Il n'allait pas de soi que l'aventure européenne, commencée en 1950 avec la mise en commun du charbon et de l'acier, débouche un jour sur cette réalité : pour des millions de jeunes, les échanges transnationaux figurent aux premiers rangs des success stories de l'Europe. Il est vrai qu'entre-temps la Communauté économique européenne est devenue une Union européenne (UE) dont les compétences vont au-delà de champs d'intervention strictement économiques. La coopération s'est ainsi développée dans les secteurs de l'éducation, de la formation professionnelle et de la jeunesse depuis la fin des années 1980. Si elle ne se limite pas à la mobilité des individus entre les pays membres de l'Union, celle-ci en constitue néanmoins la composante la plus connue.

Trois millions de bourses Erasmus

Ces considérations valent pour les divers dispositifs de mobilité que soutient l'UE. Erasmus, premier programme, adopté en 1987 pour promouvoir la coopération dans l'enseignement supérieur et dont le trois millionième bénéficiaire reçoit une bourse en 2013, est emblématique d'une mobilité qui touche aussi d'autres secteurs. En 1988 était lancé le programme Jeunesse pour l'Europe, dont le successeur actuel, Jeunesse en action, poursuit l'objectif de promouvoir l'apprentissage non formel : en vingt-cinq ans, plus de 2,5 millions de personnes ont participé à ces programmes successifs, notamment à des échanges de jeunes, au Service volontaire européen (SVE) ou à des activités de mobilité visant les animateurs socio-éducatifs. Divers programmes ont également permis de soutenir, depuis le début des années 1990, la mobilité dans le domaine de la formation professionnelle, actuellement soutenue par les projets Leonardo da Vinci. On mentionnera encore les programmes, principalement Erasmus Mundus, qui financent la mobilité entre l'UE et des pays tiers.

En vue d'amplifier les résultats de ces divers dispositifs, l'Union mettra en œuvre, à partir de 2014, un nouveau programme, Erasmus+, doté d'un budget sensiblement accru et couvrant les actions financées à partir de l'ensemble des programmes actuels, avec comme aujourd'hui une nette priorité accordée à la mobilité. Erasmus+ financera ainsi la mobilité européenne des jeunes volontaires, des apprentis, de même que celle des enseignants et travailleurs sociaux. Par ailleurs, Erasmus+ offrira aux jeunes et aux étudiants des possibilités de mobilité hors de l'Union. Plus de vingt ans de recul offrent en effet, à travers études et évaluations 1, l'évidence d'un impact important, sous divers angles, de la mobilité soutenue au niveau européen.

Des millions de bénéficiaires

Source : Commission européenne.

L'impact des actions de mobilité

Au-delà des individus qu'elles touchent, les actions de mobilité ont un impact systémique indéniable et contribuent à la modernisation des systèmes d'éducation et de formation l'expérience d'Erasmus est à l'origine, par exemple, du processus de Bologne 2, qui vise à introduire un système de grades académiques facilement comparables, à assurer la qualité de l'enseignement supérieur et à intégrer la dimension européenne dans cet enseignement. Dans le secteur de l'apprentissage non formel, le SVE a directement inspiré la recommandation du Conseil de l'UE de 2008 3 visant à promouvoir l'ouverture des dispositifs nationaux de volontariat à la dimension internationale.

De fait, des milliers d'institutions d'enseignement, de centres de formation, d'organisations impliquées dans l'animation socio-éducative en faveur des jeunes contribuent à la modernisation des systèmes, tirant bénéfice de la confrontation des expériences qui découle directement de l'organisation de la mobilité transnationale. Au demeurant, les possibilités de mobilité qu'offrent les programmes européens visent non seulement les jeunes, mais aussi les enseignants et le personnel académique, les formateurs, les animateurs... Elles favorisent ainsi la coopération et l'échange de bonnes pratiques dans une démarche qui ne peut qu'enrichir les méthodes de travail des uns et des autres. Dans un domaine fortement marqué par le principe de subsidiarité, cette approche est un puissant levier de modernisation dans le respect des prérogatives nationales.

Pour autant, le premier impact des dispositifs européens de mobilité concerne les jeunes qui en bénéficient. Cette mobilité contribue à l'acquisition de compétences utiles pour la vie professionnelle des participants, qu'il s'agisse d'un étudiant Erasmus qui passe à l'étranger un semestre intégré dans son cursus universitaire, d'un apprenti Leonardo da Vinci qui accomplit dans une entreprise étrangère un stage faisant partie de sa formation ou d'un jeune qui met à profit une année de SVE pour appliquer à l'étranger, sur le terrain, les compétences acquises au cours de ses études. Les aptitudes linguistiques des individus bénéficient évidemment aussi de ce bain dans un environnement étranger.

Toutefois, au-delà des compétences techniques qui contribuent à l'employabilité des jeunes, une expérience de mobilité apprenante, fût-elle de courte durée, comme un échange de jeunes de quelques semaines, permet l'acquisition de qualités également prisées des employeurs et utiles pour l'épanouissement personnel et le développement du capital social des participants : découverte d'une autre culture et acquisition de compétences interculturelles, confrontation avec d'autres conditions de vie et expérience de l'autonomie favorisent notamment l'estime de soi et le développement des capacités d'initiative.

Par ailleurs, ces expériences de mobilité ouvrent l'esprit des participants à un cadre qui dépasse le niveau national : favoriser la mobilité des jeunes contribue à promouvoir la mobilité de la main-d'œuvre dans l'Union, laquelle soutient la compétitivité et l'innovation en Europe.

Citoyens européens

Étudier à l'étranger ou participer à un échange de jeunes permet aussi de mieux comprendre ce que signifie être un citoyen européen. Cela constitue de fait une forme de participation au projet européen et rapproche l'Europe de ses citoyens. De ce point de vue, l'impact vaut aussi pour l'environnement d'accueil : il n'est pas indifférent, pour l'ensemble des étudiants d'une classe, d'héberger quelques étudiants étrangers, de même qu'il est très marquant, pour une structure locale recourant au bénévolat, de recevoir l'aide d'un volontaire qui soit un ressortissant d'un pays étranger.

Les participants à des échanges témoignent eux-mêmes de l'important impact qu'ont ces séjours à l'étranger. Le réseau Erasmus Student Network publie régulièrement des études présentant d'intéressantes statistiques à ce sujet 4. Il en ressort, par exemple, que 97 % des répondants à une enquête de 2011 s'attendent à ce qu'une expérience internationale constitue pour eux un avantage sur le marché du travail. Pour 62 %, elle a développé leur capacité de travailler en équipe. On note aussi, entre autres résultats, que 93 % d'entre eux considèrent que leur sensibilité interculturelle s'est accrue et que 78 % estiment être devenus plus tolérants. Des témoignages plus personnels 5 ne font qu'illustrer cette impression d'ensemble.

Des conclusions similaires peuvent être tirées de la consultation par la Commission, en 2011, d'un échantillon représentatif de plus de 500 volontaires du SVE 6. Si 97 % d'entre eux mettent en avant l'impact sur leur aptitude à communiquer dans une langue étrangère, 93 % mettent également l'accent sur l'ouverture à la dimension interculturelle, 62 % se déclarent plus intéressés par les questions européennes au terme de leur séjour à l'étranger. Enfin, 83 % de ces volontaires étaient encore en contact, plus de neuf mois après la fin de projet, avec des personnes rencontrées à l'occasion de leur expérience de volontariat transnational.

Ce dernier chiffre illustre une autre réalité de ces échanges européens, au-delà des statistiques anonymes : ils ont permis de tisser d'innombrables liens à travers l'Union, qui sont autant d'aventures personnelles. À ce titre, ils servent bien, à travers les jeunes Européens, l'objectif que Jean Monnet assignait à la construction européenne : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. »

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2013-11/programmes-europeens-une-experience-qui-fait-la-difference.html?item_id=3389
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