Michel SAPIN

Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social.

Pour l'emploi de tous les jeunes

Si l'on devait ne retenir qu'un engagement du président de la République, ce serait celui concernant la jeunesse, dans toutes ses composantes, et pour laquelle la première problématique est l'emploi. Le gouvernement s'en est saisi à bras-le-corps ; ce sont les emplois d'avenir, le contrat de génération, l'alternance, le rapprochement de l'université et de l'entreprise. Il reste beaucoup à faire mais, déjà, la courbe du chômage des jeunes s'est inversée.

Évoquer la jeunesse suppose d'abord de partir d'un constat, un constat fait par le président de la République encore candidat : notre pays a laissé la jeunesse « dévisser ». Pour la première fois dans les sociétés d'après-guerre, les perspectives des jeunes sont beaucoup plus sombres que celles de leurs aînés. La promesse sociale, qui voulait que les enfants vivent mieux que les parents, est de plus en plus contredite. D'où le malaise palpable de nos jeunes.

Sur le marché du travail, ils sont parmi les plus vulnérables vis-à-vis du chômage (avec un taux équivalant au double de celui des actifs). De plus, le déséquilibre entre l'offre et la demande de travail conduit souvent les employeurs à privilégier le recrutement de salariés expérimentés, ou plus qualifiés que ne le nécessiterait le poste. Par conséquent, les jeunes sont à la peine, notamment pour accéder au premier emploi, souvent en butte à la même réponse : « Revenez quand vous aurez de l'expérience » mais si personne ne donne une première chance, comment acquérir cette expérience si nécessaire ? D'autant que le diplôme n'est plus le talisman contre le chômage qu'il a été. Voici donc une situation bien particulière pour une génération elle-même singulière : largement plus qualifiée - ne serait-ce que dans son rapport au numérique - que les précédentes et pourtant davantage frappée par le chômage, l'emploi précaire ou des formes d'organisation du travail qui ne conviennent pas à ses aspirations.

Ces difficultés d'entrée dans la vie active en induisent beaucoup d'autres - accès au logement ou à l'autonomie - et conduisent trop de nos jeunes vers la pauvreté. La jeunesse est la catégorie de la population la plus touchée par la pauvreté : 17,9 % des 18-29 ans non étudiants ont un revenu inférieur à 60 % du revenu médian, contre 13,5 % pour l'ensemble de la population. De fait, les jeunes sans expérience professionnelle n'ont aucun droit à l'assurance-chômage et ne sont pas éligibles au RSA avant 25 ans, à de rares exceptions près.

S'attaquer au noyau le plus dur du chômage

Agir fortement pour la jeunesse a donc sonné comme une évidence, en commençant par s'occuper des jeunes les plus éloignés de l'emploi, ceux qui ne sont ni en emploi ni en formation, ceux qui ont décroché de l'école et qui ne se sont jamais insérés dans l'emploi, ceux à qui personne n'a jamais fait confiance. C'est ainsi au noyau le plus dur du chômage que nous nous sommes attaqués. Pour ces jeunes, nous avons créé les emplois d'avenir. Ils sont la chance que personne ne leur a donnée, mais ils ne sont pas que cela. Les emplois d'avenir ont une durée de trois ans, soit bien plus que nombre de contrats aidés ils incluent par ailleurs une formation pour être un vrai point de départ et non une « occupation » de quelques mois. Les emplois d'avenir ont passé la barre des 50 000 en août dernier, ils sont 50 000 solutions, 50 000 jeunes qui voient leur vie changer radicalement. À eux de saisir cette occasion qui leur met le pied à l'étrier. Parallèlement, la « garantie jeunes » apportera une autre solution à des jeunes en grande difficulté, leur assurant un revenu équivalent au RSA, et leur offrant un emploi, une formation adaptée ou un stage de qualité dans un délai réduit.

Développer un lien université- entreprise

Mais la jeunesse ne se réduit pas aux seuls décrocheurs, même s'ils représentent les situations les plus difficiles. Une politique d'emploi pour la jeunesse suppose de faire le lien entre le monde universitaire et celui de l'entreprise. De multiples initiatives existent pour favoriser les contacts, mais elles sont encore loin d'être systématiques. Je suis engagé dans une politique de développement de l'alternance, dispositif qui a fait ses preuves pour une intégration progressive et réussie dans le monde professionnel. Nous porterons à 500 000 le nombre d'apprentis d'ici à 2017.

Nos efforts doivent ainsi porter sur l'accès au premier emploi, souvent la plus haute marche à franchir. Le contrat de génération constitue une solution et une incitation à faire confiance à un jeune, en couplant son dynamisme à l'expérience d'un senior. Mais trop de jeunes restent encore livrés à eux-mêmes au lendemain de leur diplôme, sans savoir comment organiser leur recherche d'emploi, sans savoir où ni comment chercher. Le risque existe de les voir renoncer à leurs ambitions ou entrer dans la spirale du chômage de longue durée.

On observe que 32 % des jeunes totalisent plus de six mois de chômage au cours de leurs trois premières années de vie active. Pour y remédier, nous avons un important travail à mener avec ma collègue ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, pour faire en sorte, d'une part, que les jeunes soient encouragés à anticiper leur recherche d'emploi plusieurs mois avant leur sortie et qu'ils disposent, dans leur université ou dans leur établissement, de ressources qui leur permettent d'être aiguillés, de cibler leurs recherches, de préparer leurs candidatures et d'avoir des premiers contacts avec les employeurs potentiels, ou bien de développer un projet de création d'entreprise. Mais aussi pour que, d'autre part, les jeunes ne restent pas sans accompagnement pendant des mois à la sortie du système universitaire. Le service public de l'emploi doit se rapprocher des établissements et pouvoir, dès que nécessaire, proposer un suivi adapté aux jeunes qui en ont besoin. La mise en place d'un service public de l'orientation y contribuera.

Au-delà de l'entrée dans la vie active se pose la question de la nature de l'emploi. Je ne crois pas que l'on puisse considérer comme normal le fait que près d'un tiers des jeunes qui travaillent soient en contrat temporaire. Les difficultés d'obtention d'un contrat à durée indéterminée retardent l'accès à l'autonomie pour les jeunes, les empêchant notamment d'accéder à un logement indépendant, mais, plus que cela, de construire une vie, d'avoir un enfant, de contracter un crédit pour créer leur entreprise... Beaucoup d'entraves que la génération à laquelle j'appartiens n'a pas connues en se lançant dans la vie. N'oublions pas que les jeunes qui tentent aujourd'hui d'entrer dans l'emploi sont nés avec le chômage de masse, n'ont même connu que lui.

Lutter contre le mal-emploi

Je crois de ce fait que notre génération a une responsabilité vis-à-vis de ses enfants. Ces dernières années, les jeunes ont occupé les rues contre le CPE, les amphis contre la réforme de l'université, les immeubles vides pour protester contre l'absence de logement, mais, au-delà, les places d'Espagne ou de Wall Street. Partout le malaise jeune s'exprime. Car le problème n'est pas limité au chômage, c'est aussi le mal-emploi : les piges, petits boulots, stages, contrats courts, l'autoentrepreunariat ou l'intérim. De ce point de vue aussi, le contrat de génération apporte une solution, car il constitue une embauche en CDI pour les jeunes. Il sera également vecteur de transmission des compétences. Ce contrat de génération sera pour moi un levier déterminant pour restaurer la confiance entre les jeunes et leurs aînés. D'une manière générale, le gouvernement soutient fortement les initiatives de parrainage. En effet, le bouche-à-oreille est le premier mode de recrutement. L'absence de réseau professionnel pénalise de nombreux jeunes, en particulier issus des quartiers et milieux populaires. De tels appuis sont essentiels en matière d'orientation, d'ambition mais aussi de techniques de recherche. Le suivi personnalisé d'un professionnel apportera énormément aux jeunes.

Mener une action au niveau européen

Le sort de la jeunesse française n'est pas isolé. Partout en Europe, les jeunes connaissent la même situation, parfois dans des proportions bien supérieures. Un jeune Espagnol sur deux est au chômage. C'est même davantage en Grèce. C'est un gâchis d'énergies et de compétences qui prive notre continent d'un ressort de compétitivité et menace notre cohésion sociale. C'est le sacrifice d'une génération que l'on ne peut pas accepter de laisser perdre. C'est contraire à nos valeurs de solidarité. Autant de bonnes raisons d'agir plus fortement et contre le chômage des jeunes. Alors nous avons pris les devants avec la ministre allemande du Travail, Ursula von der Leyen : nous avons agrégé à notre initiative les ministres des Finances, puis nous avons porté notre démarche auprès de nos partenaires européens pour que l'Europe se saisisse de la question du chômage des jeunes.

Une garantie en faveur de la jeunesse va voir le jour, de nouveaux prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI) aux PME vont permettre de créer de l'emploi pour les jeunes, et un Erasmus de l'alternance a été décidé. Des guichets européens de l'alternance dans chaque État pourront faciliter cette mobilité (logement, transport, formalités, langue, etc.). Plus largement, nous voulons aller vers un statut européen de l'apprenti. L'Europe va accélérer la mise en œuvre de ces dispositifs.

Enfin, agir en faveur de la jeunesse, c'est le faire au présent, mais c'est aussi travailler à son avenir : préparer les métiers de demain, les filières d'avenir, la nature de la protection sociale, les évolutions des contrats de travail et un appareil de formation professionnel efficace et adapté à des parcours professionnels qui seront longs et mouvants. Les jeunes qui entrent aujourd'hui sur le marché du travail changeront probablement de métier plusieurs fois au cours de leur carrière. La deuxième grande conférence sociale des 20 et 21 juin dernier a ouvert ce chantier de réforme de la formation professionnelle. Je suis convaincu qu'un pays qui ne porte pas sa jeunesse insulte son avenir. Nous avons, derrière le président de la République, fait le choix de relever le défi.

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2013-11/pour-l-emploi-de-tous-les-jeunes.html?item_id=3394
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