Dominique BIDOU

est membre du Conseil général des Ponts et Chaussées, président de l’association HQE (Haute qualité environnementale), et président de la commission qualité environnementale des produits de construction et des bâtiments de l’Afnor.

Une démarche de progrès pour le Bâtiment

Le développement durable est un mode d’animation d’une activité permettant progressivement de prendre en compte de nouveaux enjeux, et de leur apporter des réponses appropriées au contexte, y compris celui du Bâtiment.

Dans les entreprises, on connaît bien la démarche d’assurance de la qualité, et sa traduction en normes internationales de la famille Iso 9000. Il s’agit de se mettre en situation de satisfaire à la fois l’actionnaire, le client et l’employé. Trois cibles dont les intérêts à court terme peuvent être divergents, ce qui suppose d’avoir la ferme volonté de surmonter les contradictions qui ne manqueront pas d’apparaître. Concept universel, traduit en normes elles-mêmes universelles, la démarche « qualité » se transpose dans les différents domaines d’activité, grâce à des procédures adaptées et autres guides de lecture.

Un concept universel

Le développement durable relève de la même logique : concept universel concernant toutes les activités humaines, d’amélioration continue permettant la prise en compte simultanée de nombreux paramètres, dans l’objectif de dépasser les contradictions.

Il faut le dire clairement : il n’y a pas de développement durable dans l’absolu, comme un état de grâce. C’est un effort permanent, à produire à partir d’une situation donnée, que l’on cherche à améliorer en continu. C’est en quelque sorte une «démarche qualité» étendue aux enjeux collectifs et au long terme, sans négliger pour autant, bien entendu, les enjeux personnels et immédiats.

Les enjeux à intégrer sont souvent cités quand on parle du développement durable, avec les trois « piliers » économique, social et environnemental. La dimension culturelle est aujourd’hui mise en avant, comme un quatrième pilier. Au-delà de leur nombre, ce qui compte, c’est de considérer les différentes facettes d’un projet comme autant de composantes à améliorer, au lieu de se concentrer sur l’une d’elles dont la progression pourrait se faire au détriment des autres.

L’exemple de la construction traditionnelle

Cette intégration se faisait spontanément dans la construction traditionnelle, avec des techniques stabilisées mais remarquables par l’ingéniosité et le talent qu’elles exigeaient.

Une maison traditionnelle en Savoie : implantation à l’abri des vents les plus violents et des avalanches, façade et ouvertures au sud, réserves de bois au nord, disposition des pièces de manière à bénéficier de la chaleur des animaux, choix et préparation des matériaux locaux, pierre et bois, etc. : ingéniosité, adaptation aux contraintes du site, valorisation des atouts, les constructions traditionnelles ménageaient les ressources et maximisaient le service rendu dans un contexte précis.

Le nombre de paramètres à intégrer aujourd’hui, leur enchevêtrement, leurs effets différés, le niveau et la diversité des attentes des utilisateurs, leur rapide évolution dans le temps font que le contexte a profondément changé. La sagesse et l’ingéniosité que la nécessité avait su solliciter ne suffisent plus. Il faut en plus des méthodes, des procédures, une veille permanente sur les nouvelles techniques disponibles, une écoute des partenaires et une capacité d’anticipation.

Les enjeux actuels

Pour un bâtiment, les enjeux du développement durable peuvent se décrire en fonction des étapes de sa vie : l’implantation, la phase de conception et de réalisation, l’exploitation courante.

  • L’implantation. C’est la transformation d’un milieu, avec ses impacts environnementaux sur les sols, la faune et la flore, le régime des eaux, le paysage et le patrimoine architectural déjà constitué, mais c’est aussi l’organisation de la cité, les formes urbaines avec notamment leurs conséquences sur la qualité de l’air et les ambiances sonores, la mixité sous toutes ses formes. C’est aussi l’accessibilité, la proximité des services publics et des activités, le besoin de mobilité qui en découle. On le voit, toutes ces dimensions sont porteuses d’enjeux de développement durable.
  • La conception et la réalisation. On trouve dans ce chapitre tous les aspects de la Haute qualité environnementale des bâtiments (HQE), démarche dont les effets touchent aussi largement au social – des conditions de travail des compagnons sur les « chantiers à faibles nuisances » à la maîtrise des charges d’habitation, sans oublier les cibles de santé – et à l’économique, avec l’innovation technique qu’elle suscite auprès des différentes filières professionnelles, et la réduction de la dépendance énergétique, par exemple. C’est dans ce cadre qu’il faut aussi envisager la réponse à une demande sociale, et la capacité à y répondre dans la durée, à s’adapter aux changements dans les modes de vie, aux exigences en termes de confort.
  • L’exploitation courante. Bien sûr, les impacts environnementaux, économiques, sociaux et culturels dépendent de l’implantation, de la conception et de la réalisation de l’ouvrage, mais il ne s’agit que d’un potentiel, de « talents » au sens de l’Evangile, qu’il convient de faire fructifier. L’absence d’entretien ou une maintenance au rabais entraînent une dégradation rapide des performances d’un bâtiment, alors qu’une «maintenance améliorative» permet de profiter de toutes les innovations technologiques pour le moderniser, le rendre plus accueillant, plus attractif, souvent plus économe aussi, et renforcer sa valeur patrimoniale.

Programme et management

Ces trois stades de la vie du bâtiment ont été distingués pour mieux décrire ce que « développement durable » veut dire dans ce cas précis. Ils n’en restent pas moins indissociables, et c’est aussi dans les passages de relais que siègent les enjeux : entre l’aménageur et le promoteur, entre celui-ci et ses équipes de conception et de travaux, entre le promoteur et les occupants, en passant par les gestionnaires. Le rôle des charnières est essentiel, et leur bon fonctionnement est une des clés du développement durable.

Deux exigences ressortent ainsi pour définir le développement durable concernant un bâtiment, exigences universelles mais qui prennent un sens particulier dans ce cas : un bon programme et un bon management. Un programme qui analyse un besoin social et le transforme en un projet cohérent, performant à tous égards pour l’ensemble des acteurs un management tout au long des étapes de la vie du bâtiment : projet, réalisation et exploitation, tant pour valoriser et améliorer en continu les performances potentielles que pour adapter l’ouvrage à l’évolution des besoins.

Bibliographie

  • Bâtiment et développement durable, Actes du colloque et des conférences, 20-21 mars 2002, FFB Ile-de-France, Vetter Editions.
  • Qualité environnementale des bâtiments, manuel à l’usage de la maîtrise d’ouvrage et des acteurs du Bâtiment, Ademe, 2002.
  • Développement durable, villes et territoires, notes du centre de prospective et de veille technologique du ministère de l’Equipement, Jacques Theys, 2000.
  • Actes des premières (29-30 novembre 2001) et deuxièmes (9-10 décembre 2002) Assises de la démarche HQE, CD-Rom, association HQE, 4 rue du Recteur Poincaré 75016 Paris.
  • Haute qualité environnementale du cadre bâti, Jean Hetzel, Afnor, 2003.
  • Habitat et développement durable, Arecoop, 2002.
http://www.constructif.fr/bibliotheque/2003-11/une-demarche-de-progres-pour-le-batiment.html?item_id=2516
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