© Frédéric Stucin/Myop

André COMTE-SPONVILLE

est philosophe.

Benoist APPARU

est secrétaire d’État au Logement.

© Michel Labelle

Guillaume POITRINAL

est président du directoire d’Unibail-Rodamco.

Regards croisés

Le secrétaire d'État au Logement, Benoist Apparu, le philosophe André Comte-Sponville et le président d'Unibail-Rodamco, Guillaume Poitrinal, ont accepté de réagir aux résultats du sondage Ipsos-FFB.

Benoist Apparu : Promouvoir l'investissement pour les économies futures des ménages

En 2011, le secteur du BTP, tant pour le logement que pour le tertiaire, a été très dynamique en termes de construction. Sur les douze derniers mois, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 396 300 logements ont été mis en chantier et, pour les locaux, ce sont 26 millions de mètres carrés qui sont en construction, soit une hausse respective de 10,3 % et de 15,6 % par rapport à l'année 2010.

En revanche, dans le contexte actuel, en pleine crise financière, budgétaire et économique, nous devons accepter de changer de logiciel en matière de finances publiques. C'est pourquoi les projets de loi de finances ont réorienté ou supprimé certaines aides : ainsi, le prêt à taux zéro (PTZ) est recentré et les dispositifs d'investissement locatif, dont l'efficacité avait été mise en doute, s'éteindront.

TVA à 7 % et éco-PTZ

Cependant, le sondage Ipsos sur la perception du secteur du bâtiment, réalisé exclusivement pour la FFB, illustre l'efficacité ressentie par le grand public et les professionnels de deux mesures publiques en faveur du bâtiment : la TVA à taux réduit pour tous les travaux d'amélioration et l'éco-PTZ pour la rénovation thermique des logements.

L'importance de ces deux mesures a bien été confirmée dans les projets de loi de finances : le maintien de la TVA à taux réduit - à 7 % à partir du 1er janvier 2012 -, le renforcement de l'efficacité de l'éco-PTZ et du crédit d'impôt développement durable (CIDD).

En ce qui concerne le logement social, l'État, via le fonds d'épargne, poursuit l'offre d'éco-prêts aux organismes HLM pour la rénovation thermique des logements. Toutes ces mesures encouragent les particuliers et les professionnels à construire et réhabiliter les logements à travers le prisme de l'amélioration de la performance énergétique.

« Reconnaissance Grenelle environnement »

Le sondage souligne aussi l'importance de la formation et des nouvelles normes de réglementation thermique. C'est sur cette voie du développement durable que le ministère souhaite voir les entreprises s'engager.

Le 9 novembre 2011, a été signée la charte d'engagement relative à la « reconnaissance Grenelle environnement » des signes de qualité, délivrée aux entreprises qui réalisent des travaux concourant à améliorer la performance énergétique des bâtiments. Avec pour échéance 2014, tous les acteurs, et l'État en premier, auront à cœur de s'assurer du bon avancement de l'ensemble des travaux préparatoires, pour confirmer ou ajuster cette échéance en fonction de la montée en régime des acteurs bénéficiant d'un label de qualité « Grenelle environnement ».

Toutes ces démarches ambitieuses et pragmatiques doivent promouvoir l'investissement pour les économies futures des ménages. Les systèmes constructifs doivent évoluer pour permettre la maîtrise des coûts. Comme pour le secteur du logement, l'investissement dans l'adaptation et la rénovation thermiques des bâtiments tertiaires devra être développé.

André Comte-Sponville : Une vraie « cote d'amour »

Le logement n'est pas un bien comme un autre. Parce qu'il est un bien vital ? Sans doute. Mais c'est vrai aussi, et davantage, de l'alimentation. Pourtant cette dernière n'occupe pas, dans l'imaginaire de nos contemporains, la même place. Peut-être parce qu'on la sait à peu près assurée, dans nos pays, pour presque tous. Mais aussi parce qu'elle touche moins à l'ensemble de notre vie dans ce qu'elle a d'irréductiblement singulier. Dès lors qu'on mange à sa faim, la nourriture laisse le reste de notre vie inchangé. Qu'on mange de la viande ou du poisson, sucré ou salé, on vivra globalement (sauf misère ou pathologie) de la même façon. Alors que tout change selon qu'on habite ici ou là, en ville ou à la campagne, en maison ou en appartement, enfin et surtout selon qu'on est bien ou mal logé. On ne meurt plus de faim, en France, depuis longtemps. Mais on souffre toujours du mal-logement, et on en meurt parfois. La disette a cessé de menacer nos pays. La pénurie de logements a pris sa place, aussi bien dans les faits que dans les esprits.

La singularité du bâtiment

Cela fixe les enjeux qui sont les nôtres : enjeux sociaux, politiques, certes, mais aussi économiques. On ne sortira pas de la crise du logement sans construire davantage et mieux. Que cela ne dépende pas seulement des professionnels, c'est une évidence. Mais cela dépend aussi d'eux, au moins pour une part, et c'est en quoi les métiers du bâtiment, économiquement si décisifs, ne sont pas tout à fait des métiers comme les autres.

Le sondage que publie Constructif confirme d'ailleurs que les Français ont conscience de cette singularité. Certes, ils savent presque tous que le bâtiment joue un rôle moteur dans l'économie française (c'est même devenu depuis longtemps, dans notre pays, une espèce de dicton : « Quand le bâtiment va, tout va »). Mais enfin c'est vrai également d'autres secteurs économiques. Le bâtiment, même de ce point de vue, n'en garde pas moins une « cote d'amour » que bien d'autres métiers pourraient lui envier. D'abord parce qu'il reste globalement un gros pourvoyeur de travail, perçu comme tel (alors que notre pays, hélas, ne cesse de perdre des emplois industriels), et dans des postes d'autant plus solides que la plupart ne semblent pas, ou peu, délocalisables à l'étranger. On peut importer un ordinateur, une voiture, un téléviseur ou un pantalon ; on n'est pas près d'importer une maison ou un immeuble. Non, certes, que le bâtiment soit tout à fait en dehors de la mondialisation (rien ne l'est) ; mais elle l'atteint moins directement et moins fortement que la plupart des autres secteurs économiques.

Il y a autre chose. Le même sondage montre à quel point les Français ont conscience que l'importance du bâtiment n'est pas seulement économique : elle est aussi sociale, culturelle et écologique.

Sociale, bien sûr, parce que le logement est un facteur essentiel d'insertion, d'intégration, d'équilibre personnel et familial. Il contribue, notent 83 % de nos concitoyens, « à améliorer le cadre et la qualité de vie des Français » ou de ceux, plus généralement, qui vivent en France.

Mais aussi importance culturelle : le bâtiment contribue à « la valorisation du patrimoine des Français », patrimoine qu'on ne saurait réduire à sa seule dimension financière. Le succès des Journées du patrimoine, depuis des années, montre à quel point nos concitoyens sont sensibles à la préservation de ce que le passé nous a légué. Cela vaut pour les palais ou les églises, certes, mais aussi pour l'habitat traditionnel, que ce soit dans les villes ou dans les campagnes. La restauration d'habitats anciens fait partie du secteur du bâtiment. Et même la construction neuve peut et doit se soucier de la préservation et de la valorisation des sites marqués d'histoire et de beauté.

Enfin, importance écologique : plus de trois Français sur quatre (et plus de quatre sur cinq des professionnels) ont conscience que le bâtiment est « impliqué dans le développement durable », autrement dit dans la préservation de notre planète et de la qualité de vie de nos enfants et petits-enfants. C'est un enjeu décisif, à la fois local et global, dont il est urgent de faire, collectivement, une de nos priorités.

Guillaume Poitrinal : Les trois qualités des bâtiments de demain

On connaît de Martin Nadaud, premier ouvrier maçon à devenir député, cette phrase célèbre qu'il prononça à la tribune de l'Hémicycle : « Lorsque le bâtiment va, tout profite de son activité. » Cette maxime est désormais passée à la postérité économique et musicale, voire dans le langage commun avec un raccourci : « Quand le bâtiment va, tout va. » On pourrait désormais la compléter par une autre : « Là où le bâtiment va, il montre la voie. »

Car depuis quelques années, et pour répondre aux exigences nouvelles du marché, les acteurs du bâtiment ainsi que leurs grands donneurs d'ordre, telles des sociétés comme Unibail-Rodamco, ont vu leur métier profondément transformé. Pour cela, il a fallu comprendre et anticiper les évolutions des modes de consommation et mesurer les nouveaux besoins des entreprises comme de leurs collaborateurs.

En partenariat avec les entreprises du bâtiment, nous pensons, construisons et animons des lieux de vie qui allient la réussite esthétique, la performance écologique et une ergonomie bien conçue.

Le bâtiment de demain doit donc réinventer l'art de travailler, garantir le bien-être de ses utilisateurs et respecter la diversité de leurs usages. C'est un facteur différenciant désormais décisif et qui explique sans doute pourquoi les Français conservent dans leur grande majorité cette bonne image du bâtiment, comme l'indique le sondage présenté par la Fédération Française du Bâtiment.

Réussite esthétique

Les foncières cotées sont les premiers donneurs d'ordre des grands architectes tels que Christian de Portzamparc, Jean-Michel Wilmotte, Ieoh Ming Pei, Ricardo Bofill ou Renzo Piano. Pour Unibail-Rodamco, la tour Triangle à Paris porte de Versailles ou la tour Phare à la Défense sont deux projets portés par des lauréats du Pritzker Prize, la plus prestigieuse récompense du monde en matière d'architecture.

Esthétiques aussi, nos projets s'inscrivent dans des projets urbains durables. La règle est l'harmonie et nous nous inscrivons dans des stratégies de long terme avec des équipes capables d'imaginer de grands projets en partenariat avec l'ensemble des collectivités locales.

Performance écologique

Les sociétés immobilières cotées, avec une vision à long terme de leurs investissements, ont pris conscience très tôt des enjeux environnementaux et pris une avance importante par rapport aux autres investisseurs immobiliers. Unibail-Rodamco, par exemple, s'est engagé parmi les premiers dans la signature de « baux verts » avec des objectifs chiffrés de réduction d'intensité carbone (mesurée en kilogrammes de CO2 par visite) : de - 25 % sur la période 2006-2016, nous sommes passés rapidement à - 40 % dès 2009.

Toutefois, il serait réducteur de mesurer l'empreinte écologique du secteur à l'aune de son efficacité énergétique intérieure. La performance d'un bâtiment doit être pensée plus globalement, c'est-à-dire en considérant l'émission carbone de l'ensemble des utilisateurs. La vraie réponse consiste donc à construire des objets non seulement performants au plan énergétique mais également situés dans un environnement très bien desservi par les transports en commun, la seule alternative possible aux transports polluants. Cela implique de sélectionner des localisations extrêmement bien connectées. C'est particulièrement vrai pour les très grands projets immobiliers : le Cnit, les Quatre-Temps, Cœur-Défense hier, les tours Majunga et Phare demain.

Ergonomie bien conçue

À la performance énergétique, il faut enfin associer l'ergonomie. Une tour de bureaux comme un centre commercial sont des lieux de vie où l'on passe du temps - de travail, de loisir ou de consommation. Dans ces lieux, le confort est une priorité : espaces verts, espaces détente, services de qualité et innovations technologiques.

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2012-2/regards-croises.html?item_id=3148
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