© Philippe Baudouin

Didier RIDORET

Président de la Fédération Française du Bâtiment.

Combatifs et constructifs

Si le grand public a aujourd'hui une bonne image du bâtiment, cela n'a pas toujours été le cas. Une multitude d'actions déterminées, portées par les professionnels, ont contribué à cette modification de la perception du secteur.

Salué par les grands acteurs du monde de l'emploi et de la formation, le redressement de l'image du bâtiment au cours des vingt dernières années est la résultante d'actions multiformes mais convergentes dont le succès a toujours reposé sur leur appropriation par les chefs d'entreprise.

Des actions en direction des jeunes

Plus consommatrices de matière grise interne, d'écoute et d'implication des acteurs sur le terrain que d'espaces publicitaires et de spin doctors, les actions en direction des jeunes ont été les plus passionnantes. Emblématique, l'opération « Coup de jeune au Bâtiment » a mobilisé au début des années 2000 des milliers de chefs d'entreprise, conscients que l'accueil des jeunes et leur intégration sur le long terme étaient de leur responsabilité directe. Dans le même temps, la profession a multiplié les initiatives pour fidéliser les jeunes talents : revalorisation du salaire des apprentis, acquisition d'une couverture sociale complémentaire santé, aide au financement du permis de conduire et à l'acquisition d'un véhicule, prêts à l'accession à la propriété ou encore accès facilité aux centres de vacances. Accompagnée d'initiatives plus classiques, telles que la diffusion auprès des collégiens du jeu interactif « MagicCollege » (2003) et de 24 clips métiers avec l'Onisep (2004) ou l'organisation du concours Batissiel, dans le cadre du programme de technologie des classes de 5e et de l'option « découverte professionnelle » en 3e, cette dynamique s'est traduite par un afflux de jeunes vers nos établissements de formation qui, à la rentrée 2005, affichaient complet à tous les niveaux !

Les femmes et les enseignants aussi

Une attention particulière a été portée au public féminin 1, avec la campagne « Le Bâtiment nous va si bien » et le pari gagné de recruter 30 000 femmes supplémentaires sur les chantiers en cinq ans (2004-2009).

Autre cible de la FFB, les enseignants de technologie en 4e, avec la réalisation de ressources pédagogiques, en liaison avec l'Éducation nationale. Avec « Un jour en entreprise », c'est encore aux enseignants mais aussi aux chefs d'établissement et aux conseillers d'orientation que la profession s'adresse, en convainquant plusieurs centaines de chefs d'entreprise, depuis 2005, de leur consacrer une journée d'échanges.

L'implication des chefs d'entreprise

Ces mêmes chefs d'entreprise et leurs compagnons sont également fidèles au rendez-vous annuel des « Coulisses du Bâtiment », qui consiste à ouvrir les chantiers - près de trois cents dans toute la France depuis 2003 - aux jeunes et au grand public pour montrer, à travers la diversité de nos réalisations, celle de nos métiers et les opportunités de carrière qu'ils offrent.

Ce sont encore les professionnels que l'on retrouve dans les dix portraits de la campagne « Le Bâtiment, 1 200 000 passionnés », où compagnons et chefs d'entreprise témoignent de leur commune passion de construire dans des spots télé, radio et sur Internet, au printemps et à l'automne 2008. Mentionnons également les cinquante portraits d'artisans qui montrent la diversité du secteur, publiés dans le livre Les artisans grandeur nature.

Avec « Cité Bâtisseur », c'est une exposition itinérante de cinquante conteneurs qui prend la route en 2009 avec comme principales étapes Lyon, Toulouse, Paris, Marseille, Lille, Nancy et Clermont-Ferrand. Elle a pour vocation de véhiculer auprès du grand public l'image d'une profession innovante, tournée vers l'avenir. Ainsi, en présentant les enjeux qu'implique le Grenelle de l'environnement en matière de performance énergétique, mais aussi ceux qui sont liés à la dépendance et à l'accessibilité, la profession donne à voir les solutions techniques concrètes qu'elle propose pour y répondre.

Ce travail de la FFB sur l'image de la profession s'est élargi à d'autres champs, plus inattendus, comme le lancement en 2002 de la revue que vous avez entre les mains, Constructif, qui veut être « la contribution du Bâtiment aux grands débats de société », ou encore, en 2005, la création de la Fondation FFB. Destinée à mettre en relief la véritable culture de solidarité et d'insertion de la profession, elle a accompagné vers l'emploi, depuis sa création, plus de 10 000 personnes en grande difficulté.

Enfin, avec notre participation, en décembre 2011, au Téléthon, et la remise à l'Association française contre les myopathies des clés de quatre maisons du Village Répit Familles ®, c'est la capacité de la profession à se mobiliser au service d'une grande cause que la FFB a souhaité valoriser.

Un climat social serein

Le climat social serein est la résultante de l'attention portée par la profession à l'amélioration des conditions de travail (se traduisant par une baisse continue des accidents sur chantiers), au dynamisme de la politique salariale du secteur (avec un rythme de progression des rémunérations régulièrement plus élevé dans le BTP que pour l'ensemble des activités économiques) et à la vitalité de notre dialogue social (pas moins de 12 accords nationaux signés depuis 2008).

Une toute récente enquête d'Alma Consulting Group sur l'absentéisme confirme cette analyse. Avec 11,8 jours d'absence par salarié et par an (soit un taux de 3,22 %), le BTP est le secteur le moins touché par l'absentéisme devant l'industrie, avec 3,90 % et 13,9 jours d'absence par an, et très loin devant la santé, avec 5,83 % et 21,3 jours d'absence par an. On peut également citer une autre enquête réalisée en octobre 2010 par BVA sur le climat social dans les entreprises, où le BTP apparaît en première place, devant le secteur public, comme le secteur où les salariés sont les plus heureux et où il fait bon travailler.

Qui s'y frotte, s'y pique

Notre secteur est parfois contraint par l'actualité d'afficher une autre image. Industrie de main-d'œuvre, le bâtiment est extrêmement réactif tant aux aléas de la conjoncture économique qu'aux changements de cap des pouvoirs publics. Croissance ou récession ? Ambition ou repli ? En quelques mois, c'est par dizaines de milliers que des emplois peuvent être créés ou détruits dans nos entreprises.

C'est cette hypersensibilité du secteur qui explique sa combativité quand il s'agit de sa survie. Sa capacité de mobilisation est tout aussi exceptionnelle dans le monde patronal : 4 000 chefs d'entreprise dans la rue à Paris le 27 septembre 1992, 20 000 le 14 juin 1996 dans toute la France, et 6 000 encore porte Maillot, le 14 octobre suivant, aux cris de « Relançons la construction ! »

Dans le même registre, une pétition nationale lancée par la FFB contre le « 0,15 », taxe prétendument destinée à financer le dialogue social, recueille à l'été 2002 plus de 70 000 signatures ! Et lorsqu'en 2005 Bruxelles envisage de supprimer la TVA à taux réduit, les dizaines de milliers d'autocollants et d'affiches « Touche pas à ma TVA ! » qui fleurissent sur les véhicules et les chantiers, en relayant la campagne lancée dans 61 titres de la presse quotidienne régionale et de la presse nationale, contribuent à arracher de haute lutte la reconduction du dispositif.

Si la profession sait, quand il le faut, être protestataire, elle a aussi la réputation d'être une vraie force de proposition. Toutes les grandes échéances électorales sont l'occasion de rappeler le rôle du secteur en matière d'emploi, d'animation territoriale mais aussi d'ascenseur social, par le canal de propositions et d'argumentaires largement diffusés à l'ensemble des candidats.

Combatifs et constructifs : c'est sans doute cette image forte qui nous vaut l'épithète de « puissante » Fédération du Bâtiment et la présence toujours attentive des Premiers ministres et des membres du gouvernement à nos congrès. Comme en témoignent aussi les discours de clôture des présidents de la République Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy, au Palais Omnisports de Paris-Bercy, lors de nos conventions de juin 2004 et juin 2009 devant 16 000 dirigeants et décideurs du bâtiment.

  1. Voir aussi l'article de Christian Charpy, ici.
http://www.constructif.fr/bibliotheque/2012-2/combatifs-et-constructifs.html?item_id=3151
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