Laetitia PASSOT

est rapporteur de la commission sociale de la Fédération de l'industrie européenne de la construction (FIEC).

Recherche jeunes désespérément...

Dans de nombreux pays européens, le secteur de la construction manque de main-d’œuvre. Une grande diversité d’actions a donc été engagée pour favoriser le recrutement des jeunes et pérenniser leur présence dans l’entreprise.

Le secteur de la construction est confronté à des besoins de recrutement importants. Ces besoins sont de 87 000 travailleurs par an 1 au Royaume-Uni, d’environ 20 000 travailleurs par an en Belgique – où près de 6 000 postes de travail restent vacants chaque année –, et de 140 000 en France, compte tenu d’un contexte économique et fiscal favorable. En 2005, 40 % des entreprises du bâtiment en France déclaraient ne pas pouvoir augmenter leur activité en raison d’un manque de personnel. Les départs à la retraite, dans les dix ans à venir, renforceront encore ces tendances.

Afin de répondre à ce déficit de main-d’œuvre, les organisations professionnelles de la construction ont développé une série d’initiatives au niveau national pour attirer les jeunes dans le secteur. La FIEC a favorisé au niveau européen la diffusion des bonnes pratiques en matière de recrutement et a encouragé le développement du tutorat dans les entreprises de construction, afin d’intégrer durablement les jeunes.

De nombreuses initiatives nationales 2

Les difficultés rencontrées par les métiers de la construction pour attirer des jeunes en nombre suffisant et correctement formés ont des conséquences importantes sur la faculté des entreprises à honorer leurs commandes en quantité et en qualité. Ces difficultés sont principalement dues aux préjugés attachés aux métiers manuels dans la société actuelle. Pourtant, le travail manuel correspond parfois mieux aux intérêts et capacités de certains que le travail intellectuel. Résoudre les problèmes de recrutement de la construction suppose donc de revaloriser l’image du secteur, en transmettant aussi tôt que possible une meilleure information sur les métiers de la construction, et en améliorant la qualité de la formation initiale et de l’apprentissage, la formation continue et les perspectives de carrière qui leur sont proposées.

Dans ce but, les entreprises de la construction et leurs fédérations nationales ont travaillé sur des campagnes destinées à valoriser le secteur auprès des jeunes et du grand public. Ces initiatives ont été particulièrement nombreuses en Allemagne, en Belgique, en France, en Hongrie, en Norvège, aux Pays-Bas, au Portugal, en République tchèque et en Suède, où les besoins de recrutement sont importants et les organisations professionnelles sectorielles dynamiques du côté employeurs.

De nombreux supports de communication ont ainsi été mis en œuvre dans ces pays. En France, les fédérations ont réalisé des brochures et des clips vidéos afin de présenter les métiers de la construction. Des posters ont également été distribués, montrant des jeunes en situation de chantier et utilisant des arguments publicitaires qui rejoignent les intérêts des jeunes dans la vie et au travail.

Les fédérations d’employeurs en Finlande, en France et en Suède font régulièrement paraître dans les magazines pour la jeunesse de la publicité sur le secteur ou des interviews de jeunes professionnels qui travaillent déjà dans la construction. Ces actions sont doublées par des spots publicitaires à la radio en Allemagne, en France et en Suède, et à la télévision en Allemagne et en France.

Des sites internet d’information ont également été mis en ligne en Finlande, en France et en Suède afin de fournir aux jeunes des lycées ou aux étudiants des écoles techniques de l’information sur les différents métiers du secteur et présenter les dispositifs de formation existants.

Dans une approche plus ludique, des CD-rom et des jeux internet ont été créés en France sur le thème « Construire le collège de vos rêves ». Un concours « à la découverte des travaux publics » a aussi été organisé par la Fédération nationale des Travaux publics français à destination des collégiens de 4e et 3e pour leur faire connaître les métiers des travaux publics.

En parallèle à cette diffusion d’information, des contacts directs avec les jeunes sont organisés par les fédérations professionnelles : en Suède pour présenter le secteur aux jeunes qui quittent le système général d’éducation ; en France, en Italie et au Portugal, pour sensibiliser les élèves de collèges aux métiers du secteur. Les fédérations ont recours à des professionnels, cadres ou chefs d’entreprise, hommes ou femmes, pour que leurs présentations s’appuient sur des exemples concrets d’activités professionnelles et de carrières.

Les femmes aussi

Dans cette même logique de contact direct avec les jeunes, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) a inauguré en avril 2005 une opération baptisée « Un jeune, un jour, une entreprise ». Cette initiative a pour objectif de faire découvrir à un jeune collégien ou étudiant le quotidien d'un chef d'entreprise du bâtiment. La FFB organise aussi depuis 2003 une opération appelée « Les coulisses du bâtiment » qui consiste à ouvrir au public les portes des chantiers de construction une fois par an. Déjà plus de 300 000 personnes ont ainsi découvert les différentes facettes d'un chantier.

Des actions spécifiques ont été imaginées pour changer l’image de la construction auprès des femmes, et élargir encore davantage le champ de recrutement. En Allemagne, des journées « portes ouvertes aux femmes » ont été organisées pour intéresser les femmes à ces métiers. En France, une campagne a été lancée en 2004 avec des posters et des dépliants d’information à destination des collégiennes et des femmes en reconversion professionnelle. Un dépliant d’information à l’attention des employeurs a été diffusé pour qu’ils pensent aussi à recruter des femmes. Dans ce domaine, des initiatives ont également été prises aux Pays-Bas et au Portugal.

Les organisations professionnelles de la construction en Allemagne, en France, en Finlande, au Portugal et en Suède participent enfin aux salons « emploi-formation » organisés pour les élèves en dernière année de lycée et les étudiants. En Allemagne et en France, elles entreprennent aussi des actions de publicité pour sensibiliser les agences de l’emploi et les chômeurs aux métiers de la construction. Ce sont autant d’occasions de mettre en avant l’amélioration des conditions de travail, le haut niveau de qualification et les perspectives de carrière des travailleurs dans le secteur.

Une campagne en direction des demandeurs et demandeuses d’emploi a été lancée en juillet 2006 par les organisations professionnelles et les ministères concernés (équipement, Emploi, éducation nationale) pour les sensibiliser aux opportunités offertes par les métiers de la construction et sensibiliser les chefs d’entreprises au recrutement de demandeurs d’emploi venant d’autres secteurs d’activité. Des affiches et des documents d’information sont actuellement diffusés dans les 36 000 communes de France et dans les agences locales pour l’emploi.

Au cours d’une réunion de la commission sociale de la FIEC 3 en 2003, il est apparu qu’une majorité des fédérations membres de la FIEC partageait cette même préoccupation de recrutement, mais aussi de fidélisation des jeunes : dans de nombreux pays européens, ceux qui sont formés par les systèmes de formation professionnelle de la construction quittent le secteur soit à la sortie de leur cursus de formation, soit dans leurs premières années de vie professionnelle. Cette déperdition représente un important gaspillage de ressources pour les systèmes de formation et une perte considérable de compétences et de qualifications pour le secteur. Elle fait également chuter la rentabilité des investissements « ressources humaines » des entreprises.

Encourager le tutorat

Face à ce constat commun, la FIEC a choisi de promouvoir une solution : le tutorat, c’est-à-dire l’établissement d’une relation préférentielle et structurée entre un salarié expérimenté, le « tuteur », et le jeune qui vient d’entrer dans l’entreprise. Le tutorat n’est pas une solution nouvelle, ni le remède à tous les maux, mais les fédérations membres de la FIEC sont convaincues que lorsqu’il est réellement mis en place, il comporte de nombreux avantages. Il permet en effet d’améliorer l’accueil des nouvelles recrues, d’aider les jeunes à s’adapter à leur nouvelle situation de travail et à développer leurs compétences. Il contribue aussi à un meilleur rendement des salariés car des personnes satisfaites de leur travail restent dans l’entreprise et sont plus productives. Il aide, enfin, à intégrer durablement les jeunes et à mieux tirer parti des salariés expérimentés de l’entreprise, qui peuvent s’avérer de précieux tuteurs, si toutefois ils sont aptes à transmettre leur savoir. En dynamisant la gestion des ressources humaines, en stimulant la communication au sein de l’entreprise, le tutorat permet également d’améliorer l’image du secteur.

Compte tenu de tous les avantages escomptés du tutorat, un groupe d’experts ad hoc du Comité européen du dialogue social « construction », composé de délégués de la FIEC et de la Fédération européenne des travailleurs du bois et du bâtiment (FETBB), a été chargé en 2003 de réunir de l’information et de développer des outils afin d’encourager le développement du tutorat dans la construction.
Le résultat de ses travaux est une brochure en trois parties qui présente aux entreprises les bienfaits du tutorat, tant pour les salariés que pour les entreprises 4.

  • La première partie de la brochure décrit les éléments indispensables à la mise en place d’un tutorat efficace dans l’entreprise. Elle donne des indications sur les caractéristiques d’un « bon » tuteur, sur les compétences qu’il doit posséder et sur la gestion d’une relation de tutorat.
  • La deuxième partie contient cinq exemples de dispositifs nationaux de tutorat provenant de cinq pays de l’Union européenne : l’Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni. Chaque étude de cas nationale présente les raisons pour lesquelles le dispositif de tutorat a été mis sur pied et comment il fonctionne dans la pratique.
  • Enfin, la troisième partie de la brochure contient trois modèles de fiches pratiques à remettre respectivement au chef d’entreprise, aux tuteurs et aux jeunes qui entrent dans une démarche de tutorat.

Les partenaires sociaux européens ont également développé un module de formation pour le tuteur.

Les initiatives qui viennent d’être présentées poursuivent toutes un même objectif, celui d’attirer les jeunes et les femmes et de les fidéliser. Elles donnent un échantillon de ce qui peut être fait pour résoudre le problème de main d’œuvre du secteur. Elles n’excluent pas d’autres initiatives telles que le recours à de la main d'œuvre étrangère pour des métiers spécifiques, solution qui pose néanmoins un problème de langue sur les chantiers.

Dans le cadre de la FIEC, la commission sociale est un lieu d’échange sur toutes les initiatives qui sont prises au plan national par les fédérations professionnelles d’employeurs. Ces dernières années, des programmes européens comme le programme « Jeunes et Bâtiment » entre la France, la Suède et le Portugal, ont été montés à la suite de ces échanges d’information. Des bonnes idées qui prennent corps…

  1. Estimations du Construction Skills network de 2006.
  2. Résultats d’une enquête par questionnaire effectuée en mars 2005 auprès des fédérations membres de la FIEC.
  3. La commission sociale de la FIEC est chargée de discuter les problèmes rencontrés par le secteur dans le domaine social et de formuler la position de l’industrie européenne de la construction sur toutes les propositions de directive de la Commission européenne qui la concernent dans le domaine social.
  4. Cette brochure est disponible en anglais, français et allemand, en version imprimée et en version électronique (sur le site web de la FIEC à l’adresse www.fiec.org (cliquez sur «Publications», puis sur «Autres Publications»). Elle a été produite avec le soutien financier de la Commission européenne dans le cadre du programme Leonardo da Vinci.
http://www.constructif.fr/bibliotheque/2006-10/comment-rendre-plus-attractif-le-travail-dans-le-batiment.html?item_id=2738
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