Hugo SOUTRA

Cofondateur de Mediacités et journaliste au Courrier des maires.

Le patrimoine à la rescousse du centre-ville

Comment refaire du coeur d'agglomération un lieu de destination ? À côté d'un plan de développement urbain responsable, les collectivités locales de Thouars se sont lancées dans une lourde opération de réhabilitation du patrimoine. Bilan.

Thouars n'est pas la seule ville moyenne en proie à l'étalement urbain, à avoir vu ses classes moyennes et supérieures quitter son centre-ville, en même temps que les rideaux de fer des commerces se baissaient les uns après les autres. Mais, à son élection en 2008, l'équipe municipale ne se résout pas au long déclin promis à la ville. Un diagnostic est lancé. Le constat est sans appel : la crise — plus profonde qu'il n'y paraît — ne pourra se résoudre uniquement à coups d'éphémères animations commerciales ou en capitalisant sur son label Ville d'art et d'histoire. « Bien décidés à enrayer ce phénomène structurel qui affecte Thouars depuis une vingtaine d'années, nous avons rapidement déployé une stratégie globale. Objectif : améliorer l'attractivité du centre-ville », raconte le maire, Patrice Pineau.

Classement intégral de l'hôtel Tyndo

Un volontarisme qui se concrétise en 2010 avec le classement intégral de l'hôtel Tyndo aux monuments historiques : un chef-d'oeuvre de l'époque médiévale, reconverti en pensionnat de jeunes filles avant de devenir une maison des associations... puis de se voir abandonné et de tomber en décrépitude.

La ville et la communauté de communes du Thouarsais décident alors d'abattre leur plus belle carte : à l'issue de deux ans de travaux de grande ampleur, entre 2013 et 2015, le site est réhabilité à frais contenus.

Grâce à des subventions de l'État au titre de la restauration du patrimoine, les collectivités bouclent l'opération pour un coût de 1 850 euros le mètre carré, « contre 2 500 euros si nous avions privilégié une construction neuve, même en périphérie où le coût du foncier est moins cher », estime le maire.

Des premiers indices positifs

Mais, plus que d'avoir réussi à sauvegarder le patrimoine communal, les responsables locaux se satisfont surtout du regain de vitalité en centre-ville. Différentes offres de services culturels du territoire ont en effet été regroupées au sein du conservatoire de musique et de danse, qui a éclos au sein de l'hôtel Tyndo. « De l'aveu même des commerçants, nombre de personnes venant de tout le bassin de vie du Thouarsais, si ce n'est au-delà, reviennent flâner en ville durant les cours de leurs enfants ou avant les spectacles. En prime, des familles rachètent progressivement les logements du centre, et s'engagent dans de lourds travaux de rénovation afin d'y vivre », se réjouit Patrice Pineau. Impossible, pour autant, d'affirmer que la réhabilitation de l'hôtel Tyndo et la requalification des espaces publics alentours ont permis, à elles seules, de juguler la vacance commerciale et résidentielle...

Un projet urbain global

Le maire de Thouars ne s'y risque pas d'ailleurs, et renvoie bien plus à son projet urbain global : concentration du centre marchand sur quelques rues, rénovation des vitrines commerciales, plan d'amélioration de l'habitat, schéma local territorial (Scot) et plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) restreignant l'installation de supermarchés en périphérie, etc. Patrice Pineau explique : « La restructuration de l'hôtel Tyndo n'est qu'une pierre de notre projet visant à répondre à la concurrence exercée par les nouvelles centralités périphériques. Cela demande beaucoup de cohérence et de persévérance. Notre combat pour le maintien de services publics locaux et de services administratifs de l'État en centre-ville n'est pas toujours facile, mais cela finit par porter ses fruits : les flux de salariés comme d'usagers participent à la vie de la cité. »

En reconstruisant un centre-ville pour les habitants, Thouars prouve que la fin de l'histoire n'est pas écrite. Un autre destin que celui de ville-musée lui est ouvert. Une stratégie qui méritera d'être évaluée sur le temps long, mais qui pourrait bien se révéler payante.

Les retombées saluées par les rubans du patrimoine

La réhabilitation de l'hôtel Tyndo n'est pas passée inaperçue. En 2016, comme chaque année depuis 1994, des jurys régionaux et nationaux composés de la Fédération Française du Bâtiment et de divers partenaires (Association des maires de France, Fondation du patrimoine, Caisses d'épargne) ont analysé une centaine d'opérations de mise en valeur du patrimoine, et primé les collectivités locales de Thouars d'un des cinq prix des Rubans du patrimoine 2016. Les objectifs plus larges poursuivis par le maire et son équipe ont séduit les organisateurs. « Nous récompensons le volontarisme des élus et la transmission des savoir-faire des métiers du patrimoine, mais nous tenons compte également des retombées économiques, sociales ou touristiques suscitées par les travaux. La revalorisation du patrimoine peut avoir des effets leviers non négligeables », observe Nadège Larrigaudière, chargée du dossier à la FFB.

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