Franck BAUDINO

Médecin, fondateur et président de Health 4 Development (H4D).

La télémédecine doit prendre toute sa place

La télémédecine est une pratique médicale mobilisant des expertises technologiques et organisationnelles qui permet la prise en charge à distance d'un patient par un médecin. Elle doit contribuer à améliorer la couverture médicale sur le territoire français, en priorité pour les premiers recours.

Le système médical français est à juste titre considéré comme l'un des plus performants au monde. Notre paysage sanitaire a, en quelques années, considérablement évolué, permettant depuis cinquante ans à nos concitoyens de bénéficier d'un niveau de santé en conformité avec notre monde moderne.

Malgré tout, en matière d'accès aux soins, les disparités croissent entre les villes et les zones rurales. Aujourd'hui 2,5 millions de Français sont concernés 1, et, même au sein des plus grandes agglomérations, l'accès aux soins de premier recours peut parfois s'apparenter à un véritable parcours du combattant. En 2015, l'Ordre des médecins a ainsi recensé 192 zones en danger, notamment dans le Centre, la Haute-Normandie et en Poitou-Charentes. Toutes ne se situent pas dans les campagnes : la région la plus touchée est paradoxalement l'Île-de-France 2.

Fracture médicale

La fracture médicale est donc malheureusement une réalité pour un nombre toujours trop important de Françaises et de Français. En cinq ans, les délais pour consulter un médecin généraliste ont doublé. Il faut aujourd'hui compter près de huit jours pour obtenir un rendez-vous avec son médecin de famille 3. Par défaut, les patients affluent dans les services d'urgences, qui ont vu leur fréquentation doubler en moins de vingt ans... De même, le délai d'attente moyen pour une consultation chez un spécialiste est actuellement de 61 jours. Il faut par exemple patienter 64 jours, en moyenne, en zone urbaine pour consulter un dermatologue, soit 23 jours de plus qu'en 2012. Selon un sondage OpinionWay réalisé pour Deloitte en 2017, seulement 63 % des Français interrogés se disent satisfaits de l'accessibilité aux soins.

Il est impératif que le système de soins prenne en compte les nouveaux moyens dont il dispose pour relever les défis du XXIe siècle : l'évolution de la démographie et de la pratique médicale, les inégalités territoriales d'accès aux soins, la lutte contre les déserts médicaux, le vieillissement de la population ou encore la prise en charge de la dépendance. En outre, plusieurs tendances fortes se dégagent aujourd'hui concernant les attentes des Français en matière de soins par exemple, la volonté d'un parcours de soins plus fluide ou encore l'accès plus rapide à un professionnel de santé.

Pour répondre à ces problématiques, plusieurs pistes ont déjà été proposées. En 2013, le Sénat avait par exemple abordé un certain nombre de mesures destinées à favoriser l'installation des jeunes médecins dans les zones sous-médicalisées et la multiplication de maisons médicales de garde 4. La nouvelle ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé en juillet dernier la mise en place d'un plan « de grande ampleur » destiné à lutter contre les déserts médicaux. Les pistes évoquées : doubler le nombre de maisons de santé pluridisciplinaires, mettre en place des mesures fiscales incitatives pour encourager les médecins à s'installer dans les zones isolées et déployer plus largement la télémédecine.

Les apports de la télémédecine

Ainsi la télémédecine apparaît clairement comme un élément essentiel pour compléter l'offre de soins en France, notamment pour la prise en charge des premiers recours. La télémédecine offre aujourd'hui des solutions qualitatives, matures et efficaces.

En mettant la technologie au service de l'humain, et non l'inverse, la télémédecine et notamment la téléconsultation peuvent permettre d'opérer une réorganisation sans précédent de l'offre de soins, de s'affranchir des contraintes, telles que l'éloignement géographique et les disparités économiques, et surtout de rapprocher les patients et les professionnels de santé.

La diversité des objets connectés constitue sans aucun doute une première avancée opportune bien réelle. Il est toutefois nécessaire de distinguer la télémédecine des nouvelles technologies non certifiées 5. Dans un système médical, de fait professionnel, il est fondamental de ne pas négocier la sécurité des patients et des praticiens et la qualité de la pratique. Au sein d'un environnement juridique et réglementaire contraint, la santé et la télémédecine obéissent à des règles bien spécifiques. C'est le socle et la garantie des bonnes pratiques de la télémédecine : anonymisation de la prise de données, utilisation de dispositifs médicaux, textes et décrets d'application...

La téléconsultation est ainsi une pratique médicale à part entière. Dans une cabine de téléconsultation, le médecin et le patient dialoguent conformément aux règles déontologiques et éthiques d'une consultation traditionnelle. Le temps d'une téléconsultation, ils se trouvent face à face dans un espace confidentiel de proximité pour dialoguer. Enfin, les prises de mesures dans un cabinet médical connecté ne peuvent aboutir à un diagnostic fiable que via un dispositif médical certifié.

C'est forte de cette conviction que, depuis 2008, la société française H4D a imaginé et développé le premier cabinet médical connecté, la Consult Station, positionné au carrefour de la santé et de l'innovation technologique, en respectant les règles de la déontologie médicale. En matière de soins de premier recours, H4D propose une solution à part entière, efficace et facile d'accès. Certifiée dispositif médical de classe IIa, cette cabine de télémédecine réunit une diversité d'instruments pour une prise en charge complète des patients, tout en assurant une communication efficiente entre le patient et le médecin. Plus de 90 % des motifs pour lesquels les patients se rendent dans un cabinet généraliste sont pris en charge dans la Consult Station.

Une véritable organisation

L'exercice de la télémédecine par les professionnels de santé se présente donc comme une vraie opportunité pour lutter contre les zones sous-médicalisées et les déserts médicaux. En soutien au système existant, la télémédecine et ses atouts techniques et organisationnels doivent progressivement investir le paysage médical français.

Les patients et les professionnels de santé sont déjà prêts. Les praticiens en activité doivent pouvoir s'appuyer sur des technologies certifiées, tout en bénéficiant d'un niveau de qualité optimal. Grâce à la télémédecine, les professionnels de santé installés dans des zones à forte densité médicale pourraient ainsi épauler leurs consœurs et confrères dans des territoires défavorisés du point de vue de l'offre. Les bénéfices d'une telle réorganisation seraient très importants : réallocation des ressources médicales, augmentation du temps d'exercice médical, amélioration de la couverture des usagers du système de santé, optimisation du temps de consultation, etc.

Faire dialoguer l'ensemble des acteurs et des parties prenantes n'est pas toujours chose aisée. Les avis nécessaires des organisations, qu'elles soient ordinales, administratives ou institutionnelles, s'ajoutent également aux obstacles. Cette réalité reflète la complexité de mise en oeuvre d'une politique d'accès aux soins moderne et transversale. Malgré tout, l'ensemble des obstacles est en passe d'être franchi. Politiques et institutionnels se saisissent progressivement du sujet.

Cette dynamique doit se poursuivre au service des Françaises et des Français et de l'efficience de leur parcours de soins. La mise en place d'une véritable politique nationale passera nécessairement par un remboursement des actes de télémédecine.

Afin d'éviter tout abus ou débordement, certaines règles simples devront être appliquées : la prise en charge des patients dans des environnements qui respectent la confidentialité des échanges et des prises de mesures, la mise en place de critères d'inclusion éprouvés, la stricte sécurisation des données et, bien sûr, la formation des médecins à cette nouvelle pratique.

L'amélioration de la couverture médicale dans notre pays n'est désormais pas que souhaitable, elle est, grâce à la télémédecine, en cours.

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2017-11/la-telemedecine-doit-prendre-toute-sa-place.html?item_id=3621
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