Michel DROIN

PDG du groupe Batisol Plus (département de la Vienne) et chef de file BIM de la Fédération Française du Bâtiment.

Un outil incontournable qui reste à construire

Le BIM a beaucoup à apporter au bâtiment mais, pour le moment, ni les outils ni les acteurs ne sont prêts. Sa généralisation ne pourra s'effectuer que par étapes.

Le BIM (building information modeling) est au coeur de tous les débats. Pour certains, c'est une solution miracle pour améliorer la qualité et réduire les coûts. Pour d'autres, il s'agit d'une menace pour les artisans et les PME. Il est plus que vraisemblable qu'il s'imposera à terme, y compris sur les petits chantiers. Quand il sera mature et assimilé par tous, il permettra de mieux travailler ensemble, de mieux gérer les interfaces et de générer des économies. Mais aujourd'hui, quoi qu'on en dise, ni les outils ni les acteurs ne sont prêts pour un « BIM idéal » où tous les participants à l'acte de construire, quelle que soit leur taille, travailleraient de façon collaborative sur une maquette commune.

Le BIM se cherche encore. Sa mise en place s'effectuera étape par étape. Elle nécessitera du temps et des moyens, en particulier pour que chacun puisse s'équiper et se former. Les artisans et les PME devront pouvoir s'approprier ces nouveaux outils à moindre coût et sans bouleverser leurs façons de travailler, en conservant notamment leur capacité à proposer des variantes.

À quelles conditions ?

Les enjeux du BIM pour les entreprises sont multiples. Un parallèle peut être fait entre les conditions de réussite du BIM et le développement d'Internet que l'on a connu cette dernière décennie et qui s'est appuyé sur quatre facteurs clés : un langage commun, un réseau largement maillé et adapté au flux à échanger, des outils simples d'usage et un coût d'utilisation réduit.

Pour le BIM, ces éléments existent déjà à un niveau de maturation plus ou moins avancé. Le langage commun se développe et s'inscrit dans un processus européen et mondial où la France est bien présente. Il est l'élément indispensable pour garantir une interopérabilité effective entre les outils et donc entre les nombreux acteurs intervenant tout au long du cycle de vie du bâtiment. Il n'est pas envisageable que les éditeurs de logiciels développent des systèmes qui ne seraient pas compatibles entre eux.

La situation du réseau, à l'instar d'Internet, est encore très disparate dans les territoires. Même si la vision du BIM est souvent associée à des grands projets impliquant une forte ingénierie et des entreprises de taille importante, la « démocratisation » est en cours. Elle reste cependant encore à décliner pour une large part dans les entreprises moyennes et elle est pratiquement naissante au niveau des très petites entreprises et des artisans.

La fiabilisation du BIM passe également par celle des protocoles régissant les relations entre les acteurs et les responsabilités de chacun.

Le saut à réaliser diffère cependant de celui qu'a pu constituer le passage de la planche à dessin aux outils de conception assistée par ordinateur. D'une part, par la rapidité d'évolution des outils informatiques et, d'autre part et surtout, par l'introduction d'une approche collaborative du projet. Du séquentiel, nous devons passer au concourant.

Une opportunité pour les entreprises

Les entreprises doivent se saisir des potentiels apports de l'usage du numérique dans le bâtiment. La maquette numérique permettra à terme de capitaliser et de partager l'ensemble des éléments du bâtiment entre les acteurs. Fini la reprise des éléments d'information : on conçoit plus vite, on anticipe, on gagne en réactivité, l'information s'enrichit grâce à tous les acteurs au fur et à mesure de l'avancement du projet, de la conception à la déconstruction.

La principale innovation apportée par le BIM est bien dans l'organisation des acteurs. L'information doit pouvoir être partagée et enrichie par tous les participants. Elle n'est plus confinée à la conception.

Le « BIM idéal », où tous les acteurs interviendraient collégialement sur une maquette unique parfaitement interopérable, n'est pas pour tout de suite. Le bâtiment va intégrer le numérique progressivement, par itérations, en capitalisant les expériences individuelles. Les pouvoirs publics l'ont bien compris en initiant le Plan pour la transition numérique dans le bâtiment.

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2015-6/un-outil-incontournable-qui-reste-a-construire.html?item_id=3485
© Constructif
Imprimer Envoyer par mail Réagir à l'article