David PORTES

Secrétaire général de la Fédération professionnelle indépendante de la police (FPIP).

L'insécurité persiste

Tout a commencé par des émeutes qui sont autant d'attaques contre ce qui représente l'État de droit. Aujourd'hui, nous connaissons une vague d'attentats sans précédent. En matière de sécurité, la politique de la ville est un échec.

La politique de la ville a bientôt quarante ans. Cette politique, qui était axée sur la réhabilitation des banlieues, la modernisation, la cohésion police-population-éducation, n'a jamais rencontré un réel succès. Pensons aux nombreuses émeutes qui visaient à attaquer nos principes républicains.

Nous avons tendance à avoir la mémoire courte ; si l'on remonte sur une vingtaine d'années, les dégâts commis dans nos villes et nos banlieues sont énormes en comparaison avec d'autres pays. Souvenons-nous de quelques dates phares de ces émeutes au cours desquelles les policiers ont dû faire face à une violence que l'on pourrait comparer à celle d'une guerre civile : 1994, Vaulx-en-Velin, Rouen et La Courneuve ; 1995-1997, banlieue lyonnaise ; 1998, Toulouse ; 1999, Vénissieux ; 2005, la Goutte-d'Or, à Paris ; 2007, Villiers-le-Bel (une centaine de policiers et pompiers ont été blessés dont certains par balle) ; 2013, Trappes... Lors de la plupart de ces émeutes, les dégâts matériels et humains chez les forces de l'ordre ont été très importants. Le coût financier a été relativement conséquent, surtout en 2005, où de nombreux citoyens se sont retrouvés au chômage technique pour avoir vu leurs entreprises brûler.

Accepter l'usage de la force

Pourtant, les décideurs hésitent à autoriser une intervention en flagrant délit dans les zones urbaines sensibles (ZUS). Avec l'espoir utopique de maintenir une « paix sociale » qui n'a jamais existé, ils estiment en effet qu'« il ne faut pas engendrer de troubles supérieurs au trouble constaté ».... Pour la Fédération professionnelle indépendante de la police (FPIP), l'éradication de la délinquance nécessite l'usage de la force, et donc le risque de dommages collatéraux. En France, nous ne sommes pas prêts à accepter que, lors d'une intervention musclée pour rétablir l'ordre, l'on prenne le risque d'un blessé grave, voire d'un décès dans le « camp des délinquants ». Les médias n'hésitent pas à montrer à l'opinion publique une image de la police assassine, en dénonçant une bavure policière ; ils recherchent parfois le passé difficile d'un auteur de crime ou de délit pour faire passer un délinquant pour une victime, le policier devenant bien sûr le « méchant » et l'homme à abattre médiatiquement.

Pourtant, les médias ont un grand rôle à jouer dans la politique de la ville en matière de sécurité, et ils devraient s'intéresser à d'autres discours que ceux livrés par des centrales syndicales politisées ou par des énarques récitant toujours la même messe. Il semble qu'il y ait, depuis peu, une petite évolution, mais l'attitude laxiste de nos gouvernants successifs et leur refus de répondre de manière forte à ces faits de violence ont entraîné la France dans une situation de quasi-guerre.

Toujours l'insécurité malgré les efforts

L'effort pour améliorer la vie dans les quartiers est bien présent, puisque des milliards ont été injectés, des activités mises en place, des centres de loisirs, des médiateurs, des associations... Des décisions positives ont été prises, comme l'installation de caméras de surveillance qui permettent d'identifier les auteurs de crimes ou de délits. Des infrastructures sportives ont été développées, le sport étant un moteur efficace pour créer un bon climat social. Les polices municipales ont été très largement renforcées avec une formation adaptée des agents, contribuant ainsi à un climat de sécurité dans les centres-villes. L'architecture a été repensée, des barres d'immeuble détruites pour reconstruire des logements neufs et plus espacés.

Néanmoins, malgré les efforts et l'argent investis, le mobilier urbain et les parties communes des immeubles font l'objet de dégradations ou de destructions entraînant sans cesse de nouvelles dépenses. Malgré l'injection permanente de fonds dans ces zones urbaines sensibles, un fort sentiment d'insécurité y persiste. Ainsi, quand les pompiers doivent intervenir dans les quartiers, il faut souvent mettre en place un dispositif bien précis afin que les soldats du feu puissent faire leur travail sans avoir à subir des agressions de la part d'individus dont le seul but est de faire le plus de dégâts et de mal possible.

La concentration de l'ensemble des partenaires œuvrant pour améliorer la vie dans les ZUS ne semble pas parvenir à des solutions efficaces. Nous assistons à une politique démissionnaire car nous n'avons pas les bons outils et nous ne voulons pas comprendre les raisons de ce fiasco. Les nombreuses dérives communautaires, concentrées dans ces zones, prennent le pas depuis quelques années sur les lois républicaines. En outre, la délinquance s'adapte, investit de plus en plus les centres-villes, mais l'ordre républicain n'est pas rétabli pour autant dans les quartiers. Les délinquants prolifèrent plus que jamais. Si beaucoup de choses ont été réalisées, de longs chantiers entrepris, la politique de la ville menée ces dernières années est un échec. Le taux de chômage en zone urbaine sensible reste élevé, jusqu'à 21 % de la population. Le niveau scolaire demeure faible et nos enseignants rencontrent de plus en plus de difficultés à y enseigner, nombreux étant les fonctionnaires de l'éducation qui ne veulent plus y travailler.

Pourquoi ? Si la lutte contre la délinquance de droit commun dépasse la politique de la ville, qui ne peut se suffire à elle seule, cela est évidemment encore plus vrai en matière de lutte contre le terrorisme. Tous les acteurs qui contribuent à assurer la sécurité dans nos villes dépendent de l'impulsion que donnent nos gouvernants aux préfets, aux maires, à la police, à la justice.

D'ailleurs, en réponse au courrier du président de l'Association des maires de France, François Baroin, suite à l'attentat de Nice, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a donné récemment des instructions aux préfets, ainsi qu'aux maires : « Les maires de France doivent prendre toute leur part dans ce combat quotidien », a-t-il écrit. Le rôle des services municipaux est évoqué pour détecter « des situations à risques ». Mais pour la FPIP, ce n'est pas vraiment leur travail : nous devrions surtout avoir plus de professionnels du renseignement. Si, en matière de lutte contre la radicalisation violente, une convention signée entre l'AMF et l'État le 19 mai 2016 encourage une meilleure articulation entre les cellules de suivi et les instances de pilotage de la politique de la ville et de prévention de la délinquance, la mise en place de centres de déradicalisation au plan local ne fonctionnera pas, car le dispositif est insuffisant.

Par ailleurs, les amendements au projet de loi relatif à l'état d'urgence sur la fermeture des « mosquées islamistes » ont été rejetés à l'Assemblée nationale par 164 voix contre 139. Pour la FPIP, ce vote montre que nous ne sommes pas prêts à agir sur les vraies causes du mal qui ronge la France.

La nécessaire coordination police-justice

À chaque changement de gouvernement, nos responsables politiques veulent marquer les esprits en démolissant les structures existantes, même si ces services sont efficaces. La police de proximité, bien intégrée à l'époque dans la politique de la ville, fournissait une source de renseignements précieuse pour les services spécialisés. Bien sûr, tout n'était pas parfait, mais supprimer ces entités a contribué à l'anéantissement de sources de renseignements dans les zones urbaines sensibles, qui étaient extrêmement importantes pour la sécurité de notre pays. Nous pouvons continuer à créer des pactes sociaux, à organiser des réunions ou des débats à répétition comme on le fait depuis des années ; mais si nous ne frappons pas fort à l'intérieur de notre pays, nous n'avons pas fini de pleurer nos morts.

En ce qui concerne les médiateurs, si certains travaillent correctement et en collaboration avec tous les partenaires, d'autres, au pedigree judiciaire loin d'être vierge, semblent plus se positionner contre les services de police. Ils ne jouent pas toujours leur rôle de médiateur avec la police, selon certains témoignages de policiers sur le terrain : « Si c'est un collègue qu'ils apprécient, ils vont parfois faire tampon pour éviter qu'une situation ne dégénère, mais en général ils sont a priori contre la police. » Les services de police, au vu du comportement et du passé judiciaire de certains médiateurs, n'ont aucune raison de leur faire confiance.

Si nous souhaitons obtenir des résultats, il faudra une véritable coordination police-justice, un État fort où les forces de l'ordre seront respectées, une prise de conscience de nos juges, de nos procureurs, de nos préfets, de nos maires, qui doivent œuvrer tous dans le même sens. Il faut appliquer des peines exemplaires et rétablir l'ordre, et cela passera par certaines contraintes de privation de liberté. Si nous n'en sommes pas capables, nous connaîtrons un séisme dont la France ne pourra pas se relever.

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2016-11/l-insecurite-persiste.html?item_id=3563
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