Denys NEYMON

Directeur général du métier Infrastructures de traitement et directeur des ressources humaines du groupe Suez.

Un composé simple devenu un produit de haute technologie

Les besoins en eau des villes et des industries vont continuer de croître de façon exponentielle. Ce développement et la raréfaction de la ressource en eau douce nous obligent à nous tourner vers de nouvelles solutions et à concevoir de nouvelles filières de traitement pour préserver les ressources naturelles et assurer un accès durable à l'eau partout dans le monde.

Il fut un temps où nous nous contentions de récupérer une eau claire au puits ou à la rivière pour nos besoins alimentaires et nos activités quotidiennes. Pendant longtemps nous avons consommé l’eau naturelle sans traitement, car exempte de composés susceptibles d’en détériorer la qualité sanitaire. Aujourd’hui, avec les développements économique et industriel, nous inventons continuellement de nouveaux composés pour des besoins sans cesse grandissants. L’évolution de nos modes de consommation engendre l’apparition de nouveaux produits dans nos eaux résiduaires et dans les eaux naturelles. Produits industriels, chimiques ou cosmétiques, médicaments, détergents, pesticides ou fongicides… Dans leur forme initiale ou en sousproduits, ces polluants émergents rendent les eaux de plus en plus complexes à analyser et à traiter. La nature et la variété de ces produits nécessitent des traitements encore plus poussés qui font appel à des technologies toujours plus pointues. Parallèlement, la société est davantage attentive à sa santé, à son environnement et aux impacts possibles sur le long terme : nous devons prévenir les risques. Les contraintes sanitaires et législatives, motivées par les progrès des études épidémiologiques et toxicologiques, et la nécessité de préserver la ressource conduisent aussi à une plus grande complexité de traitement pour assainir les eaux usées et garantir la qualité des eaux potables.

Les fabricants de ces produits ne savent pas toujours analyser les quantités infinitésimales mais néanmoins polluantes de leurs produits que l’on retrouve dans les eaux. Pour faire face à l’apparition de ces centaines de micropolluants susceptibles d’avoir des effets potentiels chroniques directs ou indirects sur les écosystèmes, il est indispensable de les détecter, de les identifier et de les quantifier. Grâce aux technologies, là aussi de pointe, que nous avons développées, nous sommes capables aujourd’hui de déterminer très finement la composition des eaux les plus complexes.

Des usines-ressource économes et efficaces

Les moyens, tant humains que financiers, investis par Suez en recherche et développement pour proposer les avancées analytiques et des performances de traitement qui permettront une gestion sur le long terme des risques sanitaires et environnementaux liés à la complexité des eaux sont importants. Ces travaux sont réalisés pour partie avec des partenaires, nos fournisseurs de technologies (y compris les start-up), des universitaires… et nos clients, pour être au plus près des préoccupations de ces derniers et leur proposer des solutions innovantes qui répondent à leurs besoins.

Les progrès recherchés visent à augmenter la fiabilité du traitement et ses performances dans des domaines très variés comme :

  • la mise au point de solutions de traitement sur mesure pour les composés complexes (les mécanismes d’élimination dépendent des caractéristiques physico-chimiques de chaque composé présent dans l’eau) ;
  • la réutilisation des eaux usées traitées pour différents usages ;
  • l’amélioration du confort des consommateurs (décarbonatation, diminution des traitements au chlore) ;
  • la diminution et la valorisation des sous-produits de traitement (exemple du biogaz issu de la digestion des boues d’épuration que l’on valorise en biocarburant ou en biométhane injecté dans les réseaux urbains) ;
  • l’augmentation de l’efficacité énergétique (optimisation de l’ingénierie, de l’exploitation et de la maintenance, récupération d’énergie) ;
  • la diminution de l’empreinte carbone (diminution de la consommation des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables, diminution de la consommation des réactifs) ;
  • la diminution des coûts de traitement (exemple du dessalement, pour lequel les coûts ont été divisés par deux en l’espace de dix ans) ;
  • la diminution des pollutions odorantes ou du bruit ;
  • l’intégration environnementale (stations compactes et/ou complètement intégrées).

Suez porte également ses efforts sur le contrôle de la chaîne de traitement et de distribution par des systèmes d’information intégrés et « intelligents » (smart) qui optimisent la gestion de l’eau dans son ensemble. Il faut en effet créer et adapter intelligemment les technologies pour proposer les meilleures solutions techniques, commerciales, logistiques et financières qui répondent aux vrais enjeux locaux.

Des solutions spécifiques

Respectueuse de l’environnement et de la ressource en eau, la réutilisation des eaux usées (Reuse) s’impose de plus en plus comme une évidence dans les politiques de développement durable des pays souffrant de stress hydrique. Le recyclage des eaux usées permet d’atteindre un double objectif d’économie et de protection de la ressource en eau : en amont, c’est une ressource alternative, en aval, il diminue le volume des rejets d’eaux usées dans l’environnement.

Le Reuse nécessite un savoir-faire technologique spécifique, alliant des traitements classiques (décantation, boues activées…) à des traitements avancés, comme la combinaison oxydation-adsorption ou encore l’ultrafiltration ou l’osmose inverse, associés à des méthodes de désinfection poussée comme le traitement par ultraviolets. Le développement de ces procédés permet de mettre à disposition une eau traitée dont la qualité rend possible sa réutilisation à des fins agricoles (irrigation), industrielles (eau de process, nettoyage d’équipements…), urbaines (arrosage de parcs, nettoyage des rues, recharge des nappes…). Le Reuse réduit les prélèvements directs dans la ressource en réservant la production d’eau potable à la consommation humaine.

Dans ce domaine aussi, Suez accentue ses efforts de recherche et développement pour créer des filières adaptées à chaque utilisation finale de l’eau usée traitée. Le groupe travaille par exemple en France sur le concept d’un bâtiment autonome avec uniquement l’eau de pluie comme ressource extérieure pour répondre aux besoins en eau de ses habitants. L’eau de pluie sera potabilisée pour les usages de cuisine et de lavabo, puis recyclée plusieurs fois pour d’autres usages grâce à des technologies matures, comme l’ultrafiltration et le traitement par ultraviolets, qui seront adaptées à ce concept. Nous sommes convaincus qu’il est possible de créer des solutions concrètes pour faire face aux évolutions sociétales et aux changements de nos modes de vie tout en respectant l’aspect sanitaire et les engagements environnementaux planétaires.

Des alternatives durables

Les eaux salées (eau de mer et eau saumâtre) représentent 97 % du volume total de l’eau présente sur notre planète. C’est un réservoir naturel gigantesque encore inexploité, comparé aux seulement 3 % d’eau douce traitée pour produire de l’eau potable. Aujourd’hui, 2,4 milliards d’habitants pourraient être approvisionnés en eau potable grâce à la technique du dessalement.

Le dessalement par osmose inverse est une technologie qui a connu de grandes avancées au cours des dernières décennies. C’est une application industrielle fiable qui apporte des réponses à grande échelle aux besoins en eau potable. Pour s’adapter aux besoins à venir et poursuivre l’optimisation des systèmes existants, Suez se concentre sur les technologies de demain : osmose directe, distillation membranaire, nouvelles membranes, nouvelle ingénierie des membranes, sans oublier les sources d’énergies alternatives.

Pour contribuer à la croissance durable des villes disposant d’une ressource d’eau salée, Suez a conçu et construit aux Émirats arabes unis un pilote de dessalement à la pointe de l’efficacité énergétique et offrant une meilleure productivité, dont il exploite et étudie les résultats. La mise en oeuvre de nouvelles technologies pour traiter la saumure permettra de produire plus d’eau potable avec presque la même consommation d’énergie. Les économies d’énergie sont réalisées par le biais de l’utilisation de technologies et d’équipements plus performants et moins énergivores (prétraitement plus efficace et moins consommateur d’énergie, conception et membranes d’osmose inverse innovantes). L’objectif est de diminuer de 20 à 25 % la consommation d’énergie par rapport à une usine de dessalement classique. Ce pilote consomme aujourd’hui moins de 3,6 kWh/m3, contre 4 à 4,2 kWh/m3 pour une usine classique à salinité comparable. En parallèle, Suez, Engie, la ville de Masdar City et le Masdar Institute of Science and Technology ont monté en partenariat un programme qui étudie la viabilité économique d’une usine de dessalement alimentée jusqu’à 100 % par un apport direct en énergie solaire.

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