Guillaume POITRINAL

Président de la Fondation du patrimoine

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Les actions de la Fondation du patrimoine

La Fondation du patrimoine fête ses 30 ans en 2026. Forte de ses bénévoles, d’un réseau de partenaires historiques et d’une générosité en hausse, elle s’est imposée en tant que premier acteur privé de la sauvegarde du patrimoine en France. Notre-Dame, patrimoine rural, édifices culturels menacés : son action, soutenant le savoir-faire des artisans, irrigue les territoires, crée de l’activité locale et répond à l’urgence de transmettre un héritage fragilisé par le temps.

La Fondation du patrimoine n’est pas une organisation comme les autres. Fondée en 1996 et reconnue d’utilité publique dès 1997, la Fondation du patrimoine est une organisation philanthropique privée. En trente ans, elle est devenue le premier acteur de la générosité en faveur du patrimoine en France, favorisant ainsi le développement économique et touristique territorial et permettant à des milliers d’entreprises et d’artisans locaux de travailler et de participer, par leur activité, à la transmission du patrimoine français aux générations futures.

Ce que l’on sait moins, c’est que la Fédération Française du Bâtiment fait partie de ses membres fondateurs, aux côtés de onze grandes entreprises françaises. La FFB continue par ailleurs à aider la Fondation du patrimoine à de nombreuses occasions, notamment en accueillant dans ses bureaux des délégations régionales, celle de Normandie à Mont-Saint-Aignan ou encore celle de Champagne-Ardenne. Partenaire de la première heure, la FFB affirme un soutien constant à la Fondation du patrimoine, dont les projets de restauration assurent en retour de nombreux chantiers aux artisans et aux entreprises du secteur. Enfin, la Fondation du patrimoine compte de nombreux professionnels du bâtiment parmi ses mécènes et donateurs, notamment dans les nombreux clubs de mécènes qui sont animés par les bénévoles de la Fondation partout en France.

En effet, l’autre atout de la Fondation du patrimoine, c’est un formidable réseau de bénévoles présents sur l’ensemble du territoire, en métropole et outre-mer. Forte de son réseau actif d’une centaine de salariés et de plus de 1 400 bénévoles – soit deux fois plus qu’en 2020 – présents dans chaque département, pilotés par les délégués régionaux, la Fondation intervient partout où l’État, les collectivités locales ou encore les acteurs privés ont besoin de relais. Ce réseau de bénévoles a été constitué par Édouard de Royère, président-fondateur, à partir du réseau des Chambres de commerce et d’industrie et du réseau de la FFB. L’ADN de notre réseau demeure, aujourd’hui, toujours le même : fédérer des bénévoles, passionnés de patrimoine, qui œuvrent au quotidien pour mobiliser tous ceux qui veulent aider le patrimoine rural et non protégé – qu’il s’agisse de lavoirs, de chapelles, de ponts ou encore de moulins. Fidèle à cette mission d’origine, la Fondation du patrimoine compte aujourd’hui en moyenne 80 % de ses projets en zone rurale.

Depuis trente ans, la Fondation du patrimoine a soutenu, principalement financièrement, la restauration de 46 300 sites au total, partout en France. Une réussite qu’elle doit notamment à la confiance de ses partenaires et mécènes, mais également à la générosité des donateurs particuliers, qui, par leur don ou leur legs, prennent part à cette œuvre collective – aussi merveilleuse qu’ambitieuse – qu’est la sauvegarde du patrimoine français sous toutes ses formes.

Ces dernières années, les ressources de la Fondation, permettant le financement d’un nombre croissant de projets, ont connu une forte augmentation. En sept ans, elles ont été multipliées par cinq, pour dépasser les 168 millions d’euros en 2025 ! Toutes ses ressources sont en hausse, en particulier celles pour lesquelles les Français jouent un rôle décisif : collecte de dons, mécénat d’entreprise, loto du patrimoine, etc.

Mobiliser des financements pour la restauration du patrimoine

Dès 1999, la première campagne de dons organisée par la Fondation du patrimoine est lancée. La Fondation invente ainsi le mécénat populaire : les donateurs choisissent le projet qu’ils désirent soutenir et donnent de façon transparente.

Aujourd’hui, les collectes de dons constituent la principale ressource de la Fondation du patrimoine. En 2025, les montants collectés s’élèvent à 32,7 millions d’euros – une hausse de 22 % par rapport à 2024 – grâce à 105 526 dons. Et les demandes de financement sont toujours plus nombreuses : 1 080 collectes de dons ont été ouvertes en 2025 (+ 4 %).

Si, depuis sa création, la Fondation du patrimoine a prioritairement agi en faveur de la sauvegarde du patrimoine rural, elle n’en a pas moins joué un rôle décisif dans la restauration de la cathédrale de Notre-Dame de Paris après son incendie, en avril 2019. Le soir même de celui-ci, la Fondation a lancé, de sa propre initiative, une collecte pour la reconstruction de la cathédrale. En quelques semaines seulement, plus de 226 millions d’euros ont été collectés auprès de 236 000 donateurs et de plus de 600 entreprises.

Notre-Dame de Paris, le 8 décembre 2025

© David Bordes. Rebâtir Notre-Dame.

Le terrain d’action de la Fondation du patrimoine couvre aussi bien le patrimoine public que privé. Pour ce dernier, en plus des collectes qui peuvent être lancées pour les sites ayant un intérêt local, les propriétaires souhaitant réaliser des travaux de restauration peuvent, sous certaines conditions, bénéficier d’un label attribué par la Fondation du patrimoine. Ce label de la Fondation du patrimoine, prévu à l’article L. 143-2 du Code du patrimoine, reconnaît l’intérêt patrimonial d’un immeuble privé, sous réserve qu’il ne soit pas protégé au titre des monuments historiques. Pour l’obtenir, les propriétaires doivent en particulier faire valider leurs travaux par les Architectes des bâtiments de France et s’assurer qu’ils soient réalisés dans les règles de l’art afin de préserver ou de restituer l’authenticité de ce patrimoine bâti. Initialement réservé aux propriétaires résidant dans des communes rurales de moins de 2 000 habitants, le label de la Fondation du patrimoine concerne à présent les communes de moins de 20 000 habitants. Ce label a également été élargi aux parcs et jardins pour accompagner une plus grande diversité de projets.

Sauvegarder le patrimoine en péril

La mission Bern pour le patrimoine en péril

Parmi les missions que s’est fixées la Fondation du patrimoine, la sauvegarde du patrimoine en péril occupe une place centrale.

En septembre 2017, quelques mois seulement après son arrivée au palais de l’Élysée, Emmanuel Macron confie à Stéphane Bern une mission sur le patrimoine en péril, également connue sous le nom de mission Bern, une initiative visant à identifier le patrimoine en péril et à rechercher de nouvelles sources de financement pour sa restauration. De cette idée naît le loto du patrimoine, qui est déployé par la Fondation du patrimoine, en partenariat avec le ministère de la Culture et FDJ United. Concrètement, les équipes de la Fondation du patrimoine, notamment les bénévoles sur le terrain, en lien avec les Directions régionales des affaires culturelles pour les monuments historiques, instruisent les dossiers de candidature, préparent les comités de sélection et reversent les fonds attribués, sous réserve de présentation de factures et en conformité avec le programme de travaux.

Parmi les nombreux bâtiments que le loto du patrimoine a contribué à sauver, l’on peut retenir l’emblématique Maison de tante Léonie-musée Marcel-Proust, à Illiers-Combray (Eure-et-Loir), qui a rouvert ses portes en 2024 et a enregistré une hausse de sa fréquentation de 51 % en un an seulement. La restauration du patrimoine favorise ainsi non seulement l’attractivité touristique mais également l’attractivité économique des territoires, par la création de nouveaux emplois.

Maison de tante Léonie, 1er septembre 2025

© Guillaume de Laubier. Musée Marcel-Proust.

Huit ans après le lancement de cette mission, les chiffres parlent d’eux-mêmes : la mission patrimoine a aidé plus de 1 080 sites pour leurs travaux de restauration. Aujourd’hui, 70 % des projets sélectionnés sont d’ores et déjà sauvés ou sur le point de l’être : 280 chantiers en cours et 500 terminés. Ce sont plus de 380 millions d’euros qui ont permis d’aider les travaux de restauration de l’ensemble des sites retenus : plus de 210 millions d’euros issus du loto du patrimoine, 118 millions d’euros de crédits attribués par le ministère de la Culture aux projets portant sur des monuments historiques et 52 millions d’euros collectés par la Fondation du patrimoine, provenant du mécénat d’entreprises, de dons de particuliers et de ses ressources propres.

Un engagement en faveur du patrimoine religieux menacé

Outre la mission Bern, la Fondation du patrimoine a à cœur de soutenir les édifices religieux qui sont en péril. Depuis l’incendie de la cathédrale Notre-Dame, la Fondation du patrimoine a fait de leur sauvegarde une de ses missions prioritaires.

Bien que tragique, cet événement aura en effet permis d’éveiller les consciences à la nécessité – si ce n’est à l’urgence – de sauvegarder le patrimoine religieux qui fait la richesse du territoire français.

Une fois la collecte de Notre-Dame terminée, une autre collecte a donc été lancée pour sauver le patrimoine religieux menacé de disparition dans les villages et les petites villes. Depuis septembre 2023, la Fondation du patrimoine a ainsi été chargée par le président de la République de collecter des dons bénéficiant d’un taux de défiscalisation renforcé à 75 %.

Elle a permis de collecter plus de 30 millions d’euros auprès de plus de 100 000 donateurs. Après 100 premiers projets de restauration soutenus en 2024, 103 nouveaux projets ont été soutenus en 2025, notamment dans le cadre de dépenses d’ingénierie de prévention des risques (études préalables, diagnostics, recrutement de maîtres d’œuvre, assistance à maîtrise d’ouvrage…) pour plus de 1,9 million d’euros.

En parallèle de cela, le prix Sésame a été créé en 2022 pour encourager et récompenser des initiatives locales au sein d’édifices religieux. La synagogue de Thann a ainsi reçu une dotation de 20 000 euros en 2025 pour sa restauration, visant à aménager une bibliothèque afin de l’ouvrir au public et aux chercheurs. Le prix Sésame a également été décerné au temple protestant de Jouy-en-Josas pour soutenir le projet Ré-Jouy-Toit, dont l’objectif a été de créer des logements étudiants dans le temple, qui conserve son usage cultuel. À travers ce projet de réhabilitation, notamment, la Fondation du patrimoine favorise la cohésion sociale, qui fait partie de ses missions présentes et à venir.

Synagogue de Thann, 12 avril 2022

© Pierre Wick.

Dans le prolongement de ses actions en faveur du patrimoine religieux, la Fondation a annoncé le lancement de la Fondation Rocamadour - musique sacrée, en mai 2025, une fondation dédiée à la préservation et au développement de la musique sacrée. Grâce à cette initiative, 19 concerts ont pu être organisés dans toute la France dans des édifices religieux dont la restauration est financée par une collecte de dons de la Fondation du patrimoine. Ils ont réuni près de 3 600 spectateurs. Un exemple qui souligne avec force le rôle essentiel que peut jouer le patrimoine immatériel au service de la sauvegarde du patrimoine bâti.

La Fondation de tous les patrimoines

La Fondation du patrimoine a en effet pour mission de contribuer à la préservation et à la transmission de tous les types de patrimoines, qu’il s’agisse du patrimoine bâti, du patrimoine naturel, ou encore du patrimoine immatériel, comme les savoir-faire.

Préserver le patrimoine naturel

Consciente des conséquences du réchauffement climatique sur le patrimoine bâti et naturel, la Fondation du patrimoine s’est engagée dès 2009 en faveur du patrimoine naturel, pour la protection de la biodiversité et la valorisation des espaces naturels protégés ou non.

Mais cette question de la préservation du patrimoine face au réchauffement climatique ne concerne pas uniquement le patrimoine naturel. Le patrimoine bâti est, lui aussi, fortement touché. Fissures et effondrements liés aux sécheresses, crues, cyclones, montées des eaux… les enjeux sont multiples et de taille. C’est donc également en favorisant l’utilisation d’écomatériaux issus de filières locales, en améliorant l’efficacité énergétique et en préservant la biodiversité abritée dans le bâti ancien que la Fondation du patrimoine contribue à la préservation, et, en définitive, à la transmission du patrimoine qui maille l’ensemble du territoire français.

Préserver et transmettre les savoir-faire

Derrière chaque projet de conservation du patrimoine se trouve une variété de métiers et de savoir-faire. Les artisans d’art occupent une place prépondérante en la matière. Le rôle de la Fondation du patrimoine est aussi de préserver et de mettre en valeur leurs compétences.

Pour ne citer qu’un seul exemple, la fondation Belle Main, abritée par la Fondation du patrimoine, a pour mission de soutenir la préservation d’éléments du patrimoine mobilier en priorité. Chaque année, cette fondation soutient ainsi une trentaine de projets destinés à sauvegarder et à transmettre les savoir-faire rares et menacés.

C’est avec cette même volonté de valoriser les métiers d’expertise que la Fondation du patrimoine a mis en place le fonds de soutien aux métiers d’art, en 2024, en partenariat avec le ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Doté de 1 million d’euros, il a pour but de soutenir et d’accompagner des projets visant à préserver et à transmettre les métiers de l’artisanat d’art partout en France, avec une attention particulière portée aux territoires ruraux. Cinquante-cinq projets territoriaux, dont certains très ruraux ont bénéficié de ce fonds.

Quel avenir donner à notre histoire ?

Au fil des années, et grâce au professionnalisme de ses équipes, la Fondation a ainsi acquis une solide réputation, lui permettant d’élargir toujours davantage son champ d’action au service de la préservation et de la transmission du patrimoine vernaculaire. En 2025, les ressources de la Fondation du patrimoine, hors ressources exceptionnelles, représentaient ainsi un montant de 112,4 millions d’euros – une progression de 9 % par rapport à 2024. Un chiffre qui atteint les 168,7 millions d’euros si l’on inclut les ressources exceptionnelles, soit une augmentation de 32 % par rapport à 2024. Loin d’être inhabituelle, cette croissance s’inscrit dans une tendance désormais bien établie, les ressources de la Fondation du patrimoine ayant été multipliées par plus de quatre depuis 2017.

Les défis auxquels la Fondation du patrimoine est confrontée demeurent toutefois nombreux. La baisse des subventions publiques, l’inflation des coûts de rénovation et le réchauffement climatique constituent aujourd’hui autant de menaces pour le patrimoine français. La Fondation du patrimoine a ainsi recensé 67 400 monuments non protégés en état critique en 2025 dans le cadre de son Observatoire du patrimoine non protégé, lancé à l’occasion des Journées européennes du patrimoine en septembre 2024. Aujourd’hui, la Fondation du patrimoine compte 2 601 collectes de dons en cours, soit un reste à collecter de 95,2 millions d’euros. Prenant acte de ce constat, la Fondation du patrimoine s’est fixé pour objectif de continuer à renforcer son réseau de bénévoles – avec l’ambition de réunir 2 000 bénévoles à l’horizon 2027 –, mais également ses collectes.

À l’orée des 30 ans de la Fondation du patrimoine, la préservation du patrimoine ainsi que sa transmission aux générations futures apparaissent plus importantes que jamais, faisant résonner les mots « donnons un avenir à notre histoire » avec une acuité particulière.

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2026-6/les-actions-de-la-fondation-du-patrimoine.html?item_id=8020
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