Jean-François CARENCO

Ministre délégué chargé des Outre-mer

Partage

Introduction

« Unité et diversité. » Quel meilleur oxymore pour désigner les départements et les collectivités d’outre-mer ? Si cet adage est, depuis 2000, la devise de l’Union européenne (« Unie dans la diversité »), il incarne aussi la grande variété de cultures, de traditions et de territoires que nous synthétisons dans l’expression « Outre-mer ». En désignant tous ces territoires par un même mot, nous leur reconnaissons effectivement des traits communs, qui, parfois, deviennent autant de problématiques communes : l’éloignement par rapport à l’Hexagone, la cherté de la vie, les défis démographiques et, pour la plupart des territoires, à l’exception de la Guyane, l’insularité. Ces difficultés sont réelles, il ne s’agit pas de les nier. Pourtant, il n’est pas non plus question, par l’usage de l’expression « Outre-mer », d’homogénéiser ni de diluer la spécificité des territoires en les rejetant à la périphérie d’un centre autoproclamé et en ne les considérant que par les problèmes qu’ils occasionnent. C’est pourquoi nous, citoyens français, devons dépasser les imaginaires tenaces qui s’attachent au mot « Outre-mer », et garder à l’esprit l’enrichissement réciproque qui s’opère.

L’outre-mer, c’est un foisonnement culturel, qui va de la littérature antillaise jusqu’aux tikis polynésiens, en passant par le manzaraka mahorais. L’outre-mer, c’est un espace d’expérimentation juridique qui modernise notre République centralisée par le droit à la différenciation et à l’autonomie des collectivités. L’outre-mer, c’est 80 % de la biodiversité française, et plus de 95 % de l’espace maritime français. Ce sont des territoires disséminés dans le monde entier, présents dans les trois océans, qui sont aux premières loges des bouleversements géopolitiques contemporains ainsi que du dérèglement climatique. Ces richesses font partie intégrante de la nation française. Elles nous obligent. Elles nous obligent à être à l’écoute de leurs difficultés. En effet, les outre-mer, ce sont aussi des défis protéiformes, propres à chaque localité : essoufflement démographique dans les Antilles, immigration massive à Mayotte, inadéquations du cadre normatif national et européen avec les contextes ultramarins, pauvreté encore trop présente, coût de la vie important, rareté du foncier, qui freine le développement des logements, et insuffisances des services publics, surtout des structures médico-sociales. Les enjeux sont nombreux, et, pour améliorer la vie de nos compatriotes, l’État se doit de construire une réponse adaptée à chaque territoire, en coopération avec les élus et la société civile.

Je me réjouis donc que la revue Constructif dédie un numéro entier aux outre-mer. Chaque occasion de valoriser les atouts considérables de ces territoires et de prendre conscience de leurs enjeux avec clarté et pédagogie est précieuse. Le gouvernement se fixe donc pour objectif d’accompagner le rayonnement de cette « France à part entière et entièrement à part », grâce à des outils qui, comme l’écrit Patrick Chamoiseau, « favorisent la projection, l’initiative, l’innovation, le courage, la créativité, l’adaptabilité ». En considérant les outre-mer par eux-mêmes et pour eux-mêmes, afin de leur permettre de créer de la valeur, de donner de l’espoir à la jeunesse et d’être l’avant-garde de la République face aux grands défis du XXIe siècle.

http://www.constructif.fr/bibliotheque/2023-6/introduction.html?item_id=7855
© Constructif
Imprimer Envoyer par mail Réagir à l'article