Jean-Daniel LÉVY

Directeur du département politique et opinion d'Harris Interactive.

Les organisations patronales au regard de l'opinion

Les organisations patronales ne bénéficient pas d'un fort soutien dans l'opinion. Elles apparaissent, par ailleurs, mal connues. Sur le plan de leurs ressources, 80 % des Français estiment que les organisations patronales devraient se financer elles-mêmes, grâce aux cotisations collectées auprès de leurs adhérents.

À la demande de la Fédération Française du Bâtiment, Harris Interactive a réalisé début 2018 une étude sur les organisations patronales en France 1. Quelle opinion en ont les Français ? Quelle est leur connaissance de ces organisations, de leur financement et de leur fonctionnement ? Quelles attentes expriment-ils pour l'avenir ?

Des organisations patronales critiquées et méconnues

Les organisations patronales disposent aujourd'hui d'une image majoritairement négative : 71 % des Français affirment avoir une mauvaise opinion des syndicats d'employeurs, contre 29 % en ayant une bonne opinion. Les jugements sont toutefois plus positifs de la part des jeunes (44 % de bonne opinion parmi les 18-34 ans) et des personnes se déclarant proches de la formation politique Les Républicains (50 % de bonne opinion). À titre de comparaison, les syndicats de salariés disposent d'une image meilleure, quoique mitigée : 45 % des Français en ont une bonne opinion, 55 % une mauvaise. Ces syndicats de salariés sont également mieux perçus par les jeunes (57 % de bonne opinion), mais sont davantage valorisés par les sympathisants de gauche (68 %).

Pour qualifier les organisations patronales avec leurs propres mots, les Français utilisent une tonalité plutôt critique, décrivant des institutions attachées à préserver leurs « profits » ou leurs « intérêts », souvent au détriment des salariés. Les personnes interrogées éprouvent également des difficultés à identifier les différentes organisations patronales, souvent réduites à la figure emblématique du Medef.

Au-delà de ce regard général plutôt négatif, l'image des organisations patronales n'est pas vraiment structurée. Les Français admettent aisément avoir une connaissance limitée des organisations patronales. Seule une minorité affirme bien connaître leur rôle (45 %), leurs objectifs (44 %), moins encore leur mode de financement (22 %) ; les avis restant très partagés quant à savoir si ces organisations sont utiles au bon fonctionnement des institutions (51 % sont d'accord) ou si elles représentent bien les intérêts des entreprises (54 % sont d'accord).

Certes, le niveau d'information est plus élevé chez les personnes les plus diplômées et les sympathisants de la gauche - qui voient sans doute dans les organisations patronales un adversaire politique. Mais cette connaissance déclarée reste probablement superficielle. En somme, moins d'un Français sur dix va jusqu'à affirmer « très bien » connaître chacune de ces dimensions.

Un financement jugé obscur et suffisant ; un accord sur le principe de l'autofinancement

Une large majorité des personnes interrogées s'accordent sur deux affirmations au sujet des organisations patronales. D'une part, quand bien même leur mode de financement reste obscur aux yeux des Français, 77 % d'entre eux postulent que les organisations patronales disposent de suffisamment de financements. D'autre part, 63 % des Français estiment que les organisations patronales ne font pas de bonnes propositions pour améliorer l'économie française. Deux affirmations particulièrement partagées par les sympathisants de gauche, qui aident à comprendre leur posture critique à l'égard des syndicats d'employeurs. Les Français se montrent en revanche très partagés sur des affirmations valorisant le rôle des organisations patronales : 54 % sont d'accord pour dire qu'elles représentent bien les intérêts des entreprises françaises (quand 45 % ne sont pas d'accord), et 51 % qu'elles sont utiles au bon fonctionnement des institutions (48 % ne sont pas d'accord).

Les Français se déclarent très largement favorables au principe d'autofinancement des organisations patronales via les cotisations des adhérents, tandis que l'idée d'un fonds public évoque de nombreux inconvénients aux personnes interrogées : cotisation fiscale supplémentaire (79 % sont d'accord), pouvoir excessif confié aux administrateurs (69 %) et moindre indépendance des organisations patronales vis-à-vis de l'État (57 %).

Invités, dans un premier temps, à se prononcer sur le principe de financement public des organisations patronales, les Français prennent clairement parti pour un autofinancement des syndicats d'employeurs, via les cotisations des adhérents : 80 % des personnes interrogées choisissent cette option, contre seulement 16 % privilégiant un financement public par un impôt collecté auprès des employeurs.

Dans un second temps, les personnes interrogées étaient informées de la situation actuelle, soit l'existence depuis 2015 du Fonds pour le financement du dialogue social. Leur préférence demeure : 79 % des Français expriment le souhait de voir le système évoluer vers un autofinancement des organisations patronales, quand 19 % souhaitent maintenir les financements publics dont elles disposent aujourd'hui. Le principe d'un autofinancement suscite donc un certain consensus, qui a la particularité de traverser les clivages politiques.

Des appréciations diversifiées mais globalement mitigées au sujet du financement public

Toutefois, les sensibilités politiques reviennent vite au premier plan dès lors qu'il s'agit de comprendre ce qui peut structurer le regard des Français sur ce principe d'autofinancement. L'argument de la fiscalité reste consensuel et convainc un large socle de répondants : 79 % sont d'accord avec l'idée qu'un financement public des organisations patronales engendre une cotisation supplémentaire pour les contribuables. L'idée qu'un fonds public donnerait trop de pouvoir à ses administrateurs est approuvée par 69 % des Français, avec une adhésion particulièrement forte de la part des sympathisants du Front national (78 %). Le risque qu'un financement public réduise l'indépendance des organisations patronales vis-à-vis de l'État est identifié par 57 % des Français : sur ce sujet, ce sont les sympathisants des Républicains qui font preuve d'une sensibilité particulière (68 % sont d'accord).

Quant aux arguments en faveur d'un financement public des organisations patronales, ils suscitent des réactions très mitigées : 51 % des Français sont d'accord pour dire que cela permet une juste répartition des financements, 49 % que cela assure une utilisation conforme des financements, 48 % que cela garantit leur traçabilité et leur transparence. De façon transversale, ces affirmations en faveur d'un financement public recueillent des avis plus favorables de la part des jeunes, ainsi que des sympathisants du centre (LREM, MoDem) ou de la gauche (PS ou EELV).

Des attentes pour l'avenir

Pour l'avenir, 30 % des Français déclarent faire confiance aux organisations patronales pour faire des propositions économiques allant dans le bon sens. À nouveau, les jeunes et les sympathisants de droite expriment un avis plus positif que la moyenne.

Finalement, en dépit d'une image globale relativement négative, le rôle des organisations patronales n'est pas fondamentalement remis en question par les Français : 28 % souhaitent que leur rôle reste aussi important qu'aujourd'hui, quand 18 % aspirent même à ce qu'il augmente à l'avenir. Seule une courte majorité (52 %) préféreraient voir leur rôle réduit. Une nouvelle fois, les sympathisants de droite font preuve d'un jugement davantage bienveillant à l'égard des organisations patronales.

Plus généralement, ce sont les partenaires sociaux dans leur ensemble qui voient leur rôle contesté mais pas unanimement rejeté : les syndicats de salariés recueillent la confiance de 44 % des Français pour faire de bonnes propositions économiques. Surtout, une majorité leur souhaite de jouer un rôle identique (24 %) voire plus important (36 %) qu'aujourd'hui. Seules 39 % des personnes interrogées considèrent que les syndicats de salariés devraient jouer un rôle moins important à l'avenir.

29 % DES FRANÇAIS DÉCLARENT AUJOUD’HUI AVOIR UNE BONNE IMAGE DES ORGANISATIONS PATRONALES.
DE FAÇON GÉNÉRALE, AVEZ-VOUS UNE BONNE OU UNE MAUVAISE OPINION CONCERNANT... ? (EN %)

LE PRINCIPE D’UN AUTOFINANCEMENT DES ORGANISATIONS PATRONALES DÉPASSE LES CLIVAGES PARTISANS ET SUCITE MÊME UN CERTAIN CONSENSUS : 80 % DES FRANÇAIS Y SONT FAVORABLES.
VOICI DEUX AFFIRMATIONS CONCERNANT LE PRINCIPE DE FINANCEMENT POUR LES ORGANISATIONS PATRONALES FRANÇAISES : LAQUELLE SE RAPPROCHE LE PLUS DE VOTRE OPINON ? (EN %)

QU’IL S’AGISSE DES SYNDICATS DE SALARIÉS OU, DAVANTAGE ENCORE, DES ORGANISATIONS PATRONALES, SEULE UNE MINORITÉ DE FRANÇAIS SOUHAITE VOIR LES PARTENAIRES SOCIAUX OCCUPER UN RÔLE PLUS IMPORTANT.
À L’AVENIR, SOUHAITEZ-VOUS QUE LES ORGANISATIONS SUIVANTES JOUENT UN RÔLE PLUS IMPORTANT QU’AUJOURD’HUI, OU AUSSI IMPORTANT QU’AUJOURD’HUI ? (EN %)

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