Une responsabilité légale et un devoir moral pour l'industrie

Auteur
Aymon de REYDELLET
 
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Le producteur de matériaux de construction doit fabriquer des produits ne portant pas atteinte à la santé des personnes dans les usines lors de leur production, sur les chantiers lors de leur mise en uvre et dans les bâtiments lors de leur usage, de leur maintenance et même de leur démolition. |
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Les statistiques despérance de vie témoignent des progrès de la médecine et de lamélioration des conditions de vie. Parallèlement, la demande pour plus de sécurité et moins de risque croît sans cesse. Cette demande est certainement exacerbée par la méfiance du consommateur vis-à-vis des risques annoncés, fussent-ils faibles, à la suite des affaires comme celles de lamiante, du sang contaminé, du plomb... Il est malheureusement difficile dy répondre de façon catégorique. Il est en effet impossible de dire « il ny a aucun risque » ou « ce produit est parfaitement sain ». La démonstration du risque zéro nest pas possible. |
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| Une approche de gestion des risques | |||
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De plus, la question des priorités en matière de gestion des risques pour la santé nest pas claire. Ainsi, Gérard Pascal, de lInstitut national de la recherche agronomique (INRA) écrit : « Il est temps que nos responsables politiques, en particulier en Europe, apprennent, en dehors de toute pression de lopinion publique et des médias, à établir des niveaux de priorité des mesures de prévention des différents risques, en particulier de cancérogénèse, en tenant compte des rapports coût/bénéfice. Il leur faut ensuite avoir le courage dexpliquer les raisons de leurs choix de gestion, quitte à ne pas caresser le public dans le sens du poil. » (1) Or le système médiatique ne contribue certainement pas à la clarté du jugement |
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La direction « Politique des consommateurs et protection de leur santé » de la Commission européenne a défini en 1998 le principe de précaution : « Le principe de précaution est une approche de gestion des risques qui sexerce dans une situation dincertitude scientifique, exprimant une exigence daction face à un risque potentiellement grave sans attendre les résultats de la recherche scientifique (2) ». |
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Le respect de cette définition et des six lignes directrices précisées dans ce même document devrait permettre une meilleure utilisation du principe de précaution et entraîner un regain de confiance des consommateurs dans des choix plus rationnels. |
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Enfin, de plus en plus dinformations sont disponibles, non seulement pour les spécialistes avec les nombreuses publications mais aussi pour tout un chacun, en particulier grâce à Internet. Si cette profusion dinformations et les facilités daccès sont certainement une bonne chose pour tous ceux qui doivent ou qui souhaitent se faire leur propre opinion à partir des données de base, elle naide par contre en rien ceux qui ne peuvent pas, faute de temps, de moyens ou de connaissance, digérer toutes ces informations. Il y a donc plus que jamais besoin davis dexperts. Mais, pas dun seul expert qui serait inévitablement critiqué par un autre. Non, nous avons besoin davis consensuels émanant dun groupe dexperts dhorizons divers : pouvoirs publics, universités, industries, syndicats, consommateurs... |
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Ainsi, Pierre-Yves Saint, de lInstitut national de lenvironnement industriel et des risques (Ineris) écrivait en 1999 : « Pour assurer la transparence et la stabilité des procédures dexpertise, il est nécessaire de garantir une autonomie et une indépendance fortes aux experts et aux comités dexperts, vis-à-vis des différentes sources dinfluence possibles. Il faut donc que des personnes sachent organiser les procédures dexpertise. Cette compétence dorganisateur de lexpertise nest pas actuellement reconnue comme telle en France..» (3) |
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Le rôle de lindustriel
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Lindustriel producteur de matériaux de construction a un rôle important sur lamélioration des conditions de vie dans un bâtiment puisque la production du matériau est le premier maillon dune chaîne qui va jusquau recyclage à la fin de la durée de vie, très longue, du bâtiment. Il participe donc au développement durable en permettant que les bâtiments construits aujourdhui assurent encore toutes leurs fonctions plusieurs générations après. |
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De fait, il a non seulement une responsabilité légale mais aussi un devoir moral et, ne loublions pas, un intérêt financier et marketing, de fabriquer des produits ne portant pas atteinte à la santé des personnes dans les usines lors de leur production, sur les chantiers lors de leur mise en uvre et dans les bâtiments lors de leur usage, de leur maintenance et même de leur démolition. Cette responsabilité et ce devoir moral ne sont apparus que relativement récemment et sont encore en cours dévolution. |
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Ainsi, la Commission européenne prépare un transfert des responsabilités en matière de recherche des impacts potentiels sur la santé, des pouvoirs publics vers les producteurs de substances chimiques. |
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« Il conviendrait de faire endosser à lindustrie la responsabilité de fournir des informations sur les substances chimiques et/ou ne placer sur le marché que des substances qui ne présentent pas de dangers pour les utilisations auxquelles elles sont destinées. La Commission propose de transférer aux entreprises la responsabilité de produire des données et de les évaluer, ainsi que dévaluer les risques liés à lutilisation des substances. Les entreprises devraient également fournir des informations appropriées aux utilisateurs en aval [ ]. Les utilisateurs en aval, tout comme les fabricants et les importateurs de substances chimiques, devraient être responsables de tous les aspects liés à la sécurité de leurs produits et devraient fournir des informations sur les utilisations et lexposition en vue de lévaluation des substances. Les fabricants de préparations et les autres utilisateurs en aval seront tenus dévaluer la sécurité de leurs produits pour la partie du cycle de vie dans laquelle ils interviennent, élimination et gestion des déchets comprises. » (4) |
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Pour évaluer correctement ces effets, les producteurs de matériaux de construction, comme de tous les autres produits, doivent entreprendre les actions suivantes.
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La référence européenne en matière de classement des dangers est la directive sur les substances dangereuses (5). Elle date de 1967 et est régulièrement mise à jour par un groupe dexperts de lECB (European Chemicals Bureau) et un comité dadaptation technique. Ce système de classement a par contre une lacune, il ne permet pas de distinguer une substance non étudiée, et donc non classée, dune autre substance étudiée et ne présentant pas de risque justifiant un classement. Ce classement négatif existe par contre dans dautres systèmes, comme celui du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), pour le risque cancérogène.
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Léquation «risque = danger x dose » est souvent utilisée pour résumer ces notions.
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Lexemple de la laine minérale |
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Prenons comme exemple probablement le matériau de construction qui a fait lobjet du plus grand nombre détudes sur ses effets potentiels sur la santé : les laines minérales utilisées pour lisolation thermique et phonique et pour la protection incendie. |
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Dès que les effets sur la santé de lamiante ont été reliés à la forme fibreuse des particules, certains médecins ont posé la question des effets potentiels dautres fibres comme celles constituant les laines de verre ou de roche. Mais, en décembre 1997, lUnion européenne a défini des critères permettant lexonération du classement cancérogène des fibres minérales disolation (6). |
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En octobre 2001, dix-neuf experts de onze pays réunis à Lyon par le CIRC ont conclu : « [ ] les laines minérales, [ ], comme les laines de verre disolation, la laine de roche et la laine de laitier sont à présent considérées comme ne pouvant pas être classées quant à leur cancérogénicité pour lhomme (Groupe 3). » (7) |
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Cette réglementation et cet avis dexperts permettent de rassurer les utilisateurs aussi bien sur les produits actuellement fabriqués que sur ceux mis en uvre il y a dix, vingt ou trente ans. Il a fallu plus de vingt-cinq ans pour mener de très nombreuses études (il existe plus de mille publications scientifiques à ce sujet) et passer de la question « y a-t-il un risque ? » à laffirmation « il ny a pas de risque significatif ». |
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| Des attentes face à la puissance publique | |||
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En face de ces devoirs, lindustriel est légitimement en droit dattendre des règles. Elles doivent être définies par lautorité compétente, à savoir en Europe la Commission européenne ou lEtat national. Cette autorité compétente doit : |
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| Comment communiquer ? | |||
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Lindustriel, producteur de matériaux de construction, sil a sérieusement recherché les impacts potentiels sur la santé de ses produits, dispose de nombreuses informations. Par contre, il ne peut pas communiquer seul sur le sujet, au risque que son manque dobjectivité soit mis en avant.. |
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Lindustriel a donc besoin davis dexperts, de réglementations, de référentiels permettant de transmettre un message clair et accepté. |
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Les fiches de données de sécurité obligatoires pour les substances et les préparations sont de plus en plus utilisées par les industriels pour communiquer à leurs clients toutes les données de réglementation de risques pour la santé et de moyens de précaution à prendre pour manipuler ou utiliser leurs produits. |
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La directive sur les produits de construction (8) stipule parmi ses « exigences essentielles » (annexe 1), que « louvrage doit être conçu et construit de manière à ne pas constituer une menace pour lhygiène, la santé des occupants ou des voisins ». Cette exigence passe par un respect des directives européennes et des réglementations nationales correspondantes plus restrictives. |
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(1)
Pascal Gérard : |
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