Les services de demain entre marché, famille et Etat

Auteur
Jean GADREY
 
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Pour le professeur Jean Gadrey, la progression des services actuelle et à venir n’est pas tant due à l’externalisation de services non-marchands qu’à une « complémentarité dynamique » entre des services collectifs non-marchands, solidaires ou familiaux, et des services marchands. |
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Si l’on examine les plus récentes projections d’emplois par métiers(1), quels sont les « services de demain » ? Comme le montrent d’autres articles de ce numéro, les métiers qui sont appelés à croître le plus fortement se situent dans deux grands pôles. D’un côté, les « services de bien-être et de développement humain » : santé et éducation tout au long de la vie, services à la personne à domicile ou en établissements (petite enfance, personnes âgées, handicapés). De l’autre, les services de la « société de l’information », autour de l’informatique et d’internet, ainsi que les métiers d’encadrement dans tous les secteurs, dont le commerce. |
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Une externalisation des services non-marchands ? |
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Quoi qu’il en soit, ces perspectives semblent accréditer une thèse connue : les services marchands se développent par « l’externalisation » de services non-marchands. Les ménages « font faire » au lieu de « faire » ; au lieu de produire eux-mêmes des services, ils les achètent. Il en va de même pour les entreprises, qui font appel à des prestataires externes plutôt qu’à des services internes, et même l’État et les collectivités locales « sous-traitent » de plus en plus de services. Telle serait l’explication principale de l’impressionnante expansion des services, et surtout des services marchands (aux ménages, aux entreprises et aux administrations). Pourquoi ? Parce que, c’est la seconde raison, cette thèse des vases communicants entre services internes et externes ignore qu’avec le temps, les besoins globaux de services, internes et externes, changent rapidement, et le plus souvent dans le sens de l’expansion des uns et des autres. Les explications en sont multiples. Les modes de vie, les connaissances et les exigences se transforment, les normes de bien-être évoluent, les entreprises connaissent elles aussi d’autres contraintes et font face à des incertitudes et à une complexité croissantes, de nouvelles fonctions de service apparaissent au terme d’innovations majeures, technologiques ou organisationnelles, etc. Les « vases » changent donc de contenu et de taille, on ne peut plus raisonner « toutes choses égales par ailleurs ». Ce n’est pas seulement la répartition du |
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| Les facteurs du dynamisme | ||
La vision d’un secteur marchand concurrentiel des services, qui viendrait inexorablement
s’emparer de fonctions de services réalisées
au sein des ménages, des entreprises et des
administrations, est largement erronée et donc
néfaste… pour les stratégies des entreprises
elles-mêmes ! Les économies « mixtes » dans
lesquelles le capitalisme a pris son essor depuis
plus de deux siècles ont plusieurs « étages »
imbriqués et interdépendants, et le dynamisme
des entreprises de services est indissociable
de multiples facteurs non-marchands qui sont
appelés à croître et non à régresser. Il s’agit,
d’abord, des politiques publiques de formation, de recherche, de « solvabilisation » et
d’infrastructures diverses. Il s’agit, ensuite, des
organismes et réseaux volontaires et non-marchands de professionnels, de consommateurs
et de salariés. Mais aussi de règles concernant
le temps de travail et le temps de non-travail,
car consommer des services de restauration,
d’hôtellerie, de loisir et de tourisme (et bien
d’autres) exige du temps « libre », pas seulement du pouvoir d’achat. Il s’agit, enfin, des solidarités familiales et de proximité elles-mêmes,
parce que, pour presque tous les services de
proximité aux personnes en pleine expansion,
une condition de leur développement est justement qu’ils ne soient pas… impersonnels, et donc qu’ils s’insèrent bien dans des relations humaines qu’ils viennent compléter et assister, et si possible enrichir.
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| (1) Rapport du Centre d’analyse stratégique, « Les métiers en 2015 », janvier 2007. | ||


