Les hommes politiques sont « accros » à l'opinion

Auteur
Alain DUHAMEL
 
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Dans l’interview qu’il a accordée à Constructif, Alain Duhamel explique comment les hommes politiques sont devenus progressivement, depuis 1968, victimes d’une « addiction » aux sondages, dont l’ampleur varie toutefois en fonction des tempéraments…. |
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Vous qui vous décrivez comme un « vétéran de l’observation politique », pouvez-vous nous dire quand les hommes politiques ont-ils commencé à se préoccuper de l’opinion ? |
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Alain Duhamel - En 1968, l’ensemble du monde politique a été très pris de court et désarçonné par ce qui s’est passé. Il y avait eu des signes annonciateurs, mais personne ne les avait interprétés correctement. Les hommes politiques ont compris qu’il existait des faits dans la société qu’ils ne mesuraient pas bien et ont commencé à prendre en compte l’opinion publique. |
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Cette addiction vous semble-t-elle
une « maladie » très partagée ? |
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Oui, tous les hommes politiques sont « accros »
aux sondages, mais tous n’y sont pas subordonnés. Raymond Barre, quand il était Premier ministre, s’intéressait aux sondages, mais il prenait éventuellement une voie très différente de celle qu’ils auraient pu lui inspirer. à l’inverse, entre le moment où Ségolène Royal a eu connaissance du sondage du Cevipof, et son lancement de l’idée des jurys populaires, il ne s’est passé que trois jours… |
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| Et les autres personnalités politiques, actuelles ou anciennes ? | ||
Dominique de Villepin est intéressé par les sondages, mais n’en est pas complètement dépendant. Jacques Chirac est également intéressé, mais sceptique : en politique étrangère, il est persuadé que les sondages « suivront » sa décision…
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| La sensibilité aux sondages varie-t-elle suivant les appartenances politiques ? | ||
À gauche, les socialistes restent accrochés à leurs idées sur certains thèmes, indépendamment de l’opinion. à droite, les gaullistes ont leurs idées ; si elles font partie de leurs « vaches sacrées », il leur faut les respecter. Dans les extrêmes, par principe, l’idéologie est plus forte que la connaissance de l’opinion. |
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Les hommes politiques ont d’autres moyens que les sondages pour appréhender l’opinion… |
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Ils ont effectivement ce que l’on peut appeler leurs « capteurs personnels ».
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L’opinion est-elle un bon guide pour l’action politique ? |
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C’est une aide à la décision, mais je pense que les hommes politiques gouvernent trop avec l’opinion, certains vont même jusqu’à se prosterner devant elle. Je suis très hostile à la démocratie d’opinion qui resurgit depuis avril 2002. Aujourd’hui, la politique est de plus en plus difficile et les marges des gouvernements sont plus étroites qu’avant pour de multiples raisons : la mondialisation, la construction européenne, le développement des régions… ; il faut que les dirigeants puissent assumer leurs convictions et mettre en œuvre leurs programmes une fois qu’ils sont élus. Or, si les dirigeants se sentent obligés de consulter l’opinion thème par thème, ils sont rapidement dirigés par elle ! |
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Les hommes politiques multiplient aujourd’hui les blogs… |
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Je vous rappelle que tous n’en ont pas pour autant : le président de la République et le Premier ministre n’en ont pas, François Hollande, Valéry Giscard d’Estaing et édouard Balladur non plus. Mais le blog constitue effectivement une des premières tentatives des hommes politiques pour contrecarrer la démocratie d’opinion. C’est une première piste de réponse. |
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Quel est le rôle des médias dans le développement de la démocratie d’opinion ? |
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Les médias, notamment la télévision, ont un rôle considérable d’accélération de ce phénomène du fait de la prééminence de l’image sur le commentaire. Les sujets sont traités de façon plus spectaculaire et émotive que réfléchie et critique, particulièrement quand il s’agit de faits divers. La télévision devrait donc essayer de combiner actualité, nouveauté et scoop, d’une part, et commentaire, analyse et réflexion, d’autre part. Il s’agit de donner aux téléspectateurs des instruments d’analyse critique de ce qu’ils voient. Il me semble que la BBC fait cela assez bien… |
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