Le rôle des communautés vu d'Asie

Auteur
Korsak CHAIRASMISAK
 
|
Dirigeant de grandes entreprises et résolument engagé dans la société civile, Korsak Chairasmisak affirme le rôle éminent que doivent jouer les communautés, y compris les entreprises, pour participer à l'épanouissement des individus. |
||
|
La sédentarisation des peuples primitifs a généré l'émergence du principe de communauté. Dans un premier temps, la communauté rassemblait un groupe d'individus, liés entre eux pour survivre. Puis le système s'est complexifié pour donner une structure sociale non plus basée uniquement sur la survie mais sur des échanges économiques, culturels et sur des alliances comme le mariage. On retrouve ces communautés un peu partout dans les zones rurales. Puis au fil du temps, la communauté primitive s'est progressivement désagrégée, des impératifs économiques imposant au père et à la mère de se déplacer pour travailler : le père pouvait se retrouver en Arabie Saoudite, la mère dans une usine dans la zone de Mahachai(1), pendant que les enfants rejoignaient Bangkok pour leurs études. Seules les personnes âgées, ne pouvant aller nulle part, étaient laissées sur place. Elles aidaient au mieux aux travaux dans les champs ou gardaient les petits-enfants, tandis que les parents se battaient pour la subsistance dans d'autres lieux. |
||
|
Le besoin d'appartenance à un groupe |
||
|
Néanmoins, il ne faut pas oublier que la nature de l'homme reste celle d'un animal social et le besoin d'appartenance à un groupe est vital. Les populations continuent donc à se rassembler, mais en dehors de toute référence géographique. Je citerai, à titre d'exemple, les communautés de professionnels comme la Confédération des journalistes thaïs ou le Conseil des avocats de Thaïlande ; les communautés à but lucratif comme l'Association des assurances ; celles d'intérêt personnel comme les clubs de fans ou d'images de Petit Bouddha(2) ; les communautés pour l'accomplissement d'idéaux comme celles pour la protection de l'environnement ou le Centre bouddhiste Santi Asoke(3) ou encore les communautés virtuelles qui fleurissent en ce moment dans le monde cybernétique. |
||
| Le cas de l'entreprise | ||
|
Mais il y a aussi un autre type de communautés, généralement oublié, représenté par les organisations que sont les entreprises, les usines, les commerces de détail et dont chacun d'entre nous fait partie. |
||
| Université ou « organisation business » | ||
|
Laissez-moi donner un exemple, celui de l'entreprise que je dirige, CP 7-Eleven, qui donc me touche plus particulièrement. Nous avons un certain nombre d'activités qui nous font plus ressembler à une université qu'à une organisation business. Nous avons un club de musique thaï auquel nous convions des professionnels pour former nos salariés et leurs enfants afin qu'ils puissent être fiers de leur prestation à la télévision. Nous avons aussi monté un club de littérature thaï afin que nos collaborateurs s'entraînent à exprimer leurs opinions de façon systématique et artistique. Ils sont autorisés à écrire tout ce qu'ils désirent, même des opinions négatives à l'encontre de l'entreprise. Ils peuvent ainsi pleinement exprimer leurs sentiments et ressentiments au travers de l'écriture. Toutefois, il leur est demandé d'analyser en profondeur les questions soulevées. Ils doivent également composer leurs textes de façon élégante et lisible, donc associer au fond la forme. Au travers de ce processus, ils en viennent à considérer certaines questions plus attentivement et de façon plus globale, ainsi qu'à développer leur capacité d'analyse. Il en ressort parfois également des solutions inattendues, source d'inspiration pour les autres ! |
||
| La recherche du bonheur | ||
|
Ces activités ne sont ni exotiques, ni conçues séparément de la vie de l'entreprise ; elles font partie intégrante de cette communauté du travail et partent de notre désir, au sein de CP 7-Eleven, de rendre nos collaborateurs HEUREUX. Au côté d'une vie professionnelle fructueuse et réussie, l'homme a le droit et le besoin d'accéder au bonheur. Sur ce sujet, notre position est à l'opposé de celle communément admise au sein de certaines grandes entreprises : le but du développement humain ne peut se résumer à la transformation des collaborateurs en MIBB (Machines à Imprimer des Billets de Banque) ; ni l'ambition, se réduire à chercher toujours plus de performance pour toujours plus de profits… pour l'organisation. Apprécier l'art, offrir la possibilité d'œuvrer dans l'intérêt général aident à renforcer l'individu et, par extension, la communauté. |
||
|
(1) District dans la province Samut Sakorn près de Bangkok (NDLT)
|
||
|
(2) Ces clubs rassemblent ceux qui veulent échanger des informations sur Bouddha ou collecter des représentations (NDLT).
|
||
|
(3) Dans le district de Bangkapi où de nombreux bouddhistes aiment se rendre pendant le week-end (NDLT).
|
||
|
(4) Enseignement du bouddhisme.
|
||

