Où va l'Etat ?

Auteur
Francois GOVEN
 
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Une vague de réformes sans précédent agite aujourd'hui le monde des acteurs en charge de la protection et de la conservation du patrimoine bâti. Mais, au-delà des légitimes interrogations sur les incertitudes d'un avenir tant individuel que collectif, la question centrale est bien celle de la place que l'Etat entend conserver dans un domaine où, depuis un peu plus de deux siècles, il s'était érigé en garant quasi exclusif de la défense d'un intérêt public, face aux attaques incessantes d'une société considérée comme nécessairement vandale. |
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Cette question du « plus ou moins d'Etat » n'a rien de bien original à première vue dans notre XXIe siècle débutant si ce n'est qu'elle éclaire la véritable nature d'enjeux qu'un rapide retour sur l'histoire des politiques menées en la matière permet de mieux comprendre. |
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La notion de monument historique |
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Parallèlement, l'émergence de la notion de monument historique et la mise en place et le développement progressif d'un service administratif et technique tout au long du XIXe siècle vont accompagner le fondement de l'idée d'un Etat-nation dont le patrimoine bâti est le bien commun au-delà de tous les particularismes : sa protection et sa conservation relèvent d'un intérêt public, nécessairement centralisé. L'état sanitaire constaté alors à l'occasion des enquêtes sur les monuments est le plus souvent catastrophique en raison de leur abandon par les propriétaires : ce constat fondera désormais et durablement la légitimité de l'Etat en la matière et l'attribution aux communes des églises paroissiales en application de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'Etat (alors près de la moitié du patrimoine protégé) ne fera que renforcer cette position. |
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| Le rôle de l'Etat central | ||
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Cette conception d'un Etat central, unique garant de l'intérêt public, sous-tend l'ensemble du dispositif législatif qui va progressivement s'élaborer, depuis les lois sur les monuments historiques de 1887 puis de1913, la loi sur les sites de 1930 ou encore la loi de 1943 sur les abords de monuments historiques. Il n'est pas question de nier les résultats considérables obtenus, car la physionomie générale du patrimoine français a été transfigurée entre 1850 et 1950, mais cette désappropriation et ce transfert de responsabilité, dans le domaine de la protection comme dans la conduite des travaux de restauration, pèsent jusqu'à aujourd'hui sur le fonctionnement du système français. |
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| Les limites de la décentralisation des années 80 | ||
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Le début des années 80, à l'occasion du premier grand chantier de décentralisation lancé par l'Etat, va susciter d'intenses débats autour de la question patrimoniale mais aucune mesure effective de transfert de compétences n'aboutira, même si la volonté d'ouverture des responsabilités aux collectivités territoriales est omniprésente. L'année 1984 voit à la fois la création des zones de protection du patrimoine architectural et urbain, premier essai de protection patrimoniale concertée avec les collectivités locales, et la constitution des commissions régionales du patrimoine historique, archéologique et ethnologique. Ces instances, déconcentrées au niveau régional, sont chargées d'examiner les dossiers de protection des monuments historiques, compétence jusqu'alors exclusive de la commission supérieure des monuments historiques au niveau central. |
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| Quelles réformes ? | ||
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La création, en 2000, à l'occasion du remaniement ministériel, d'un secrétariat d'Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle, confié au sénateur Michel Duffour, va susciter bien des interrogations. Deux initiatives principales en résulteront : premièrement, la rédaction de deux articles dans la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité, qui prévoient pour les collectivités territoriales qui en feraient la demande un transfert de compétence en matière d'inventaire général, d'instruction des mesures de protection et de participation aux travaux sur les monuments inscrits à l'inventaire, y compris leur autorisation ainsi que la possibilité de faire appel, en cas de désaccord des maires ou pétitionnaires, des avis des architectes des bâtiments de France. Deuxièmement, le lancement de démarches expérimentales, les protocoles de décentralisation culturelle destinés à tester diverses voies de décentralisation, notamment dans le domaine du patrimoine. Le département de l'Isère élabore ainsi une proposition opérant un partage net des compétences : à l'Etat la responsabilité complète (protection et travaux) des monuments classés considérés d'intérêt national, aux collectivités les édifices inscrits, constitutifs d'un patrimoine local. |
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| Plusieurs textes à suivre | ||
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Si l'on sait ce qu'il adviendra du projet de loi de programme dans le contexte budgétaire actuel, en revanche les propositions de Jean-Pierre Bady constitueront la structure générale du train de réformes engagé par Jean-Jacques Aillagon et poursuivies par son successeur. Quatre dispositions majeures sont envisagées par Jean-Pierre Bady dans son rapport remis en novembre 2002. Trois mesures de décentralisation : le transfert intégral des compétences des services de l'inventaire général auprès des régions, la gestion des crédits destinés à aider le patrimoine rural non protégé aux départements et un allégement du parc immobilier de l'Etat par transfert de propriété aux collectivités. En outre, il propose de confier de façon définitive à leurs propriétaires la maîtrise d'ouvrage des travaux sur les monuments classés. Les compétences maintenues sous la responsabilité des services de l'Etat sont la protection des monuments, le contrôle scientifique et technique et la délivrance des autorisations de travaux. Quelques mois plus tard était confiée à René Rémond, président de la Fondation nationale des sciences politiques, l'établissement d'un rapport proposant l'élaboration de critères définissant les monuments relevant d'un intérêt national. |
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