n°8 - Mai 2004

Les banques de données,
un outil performant

Auteur
 Joël REY   

   

Parmi les outils de recherche d’informations, internet est évidemment bien placé. Pourtant le recours à des banques de données est sensiblement plus efficient.

Internet semble un vecteur-clé pour la recherche d’informations…

Joël Rey. Le problème d’internet, c’est celui de l’exploitation de la masse des données qu’on y trouve. à travers des moteurs de recherche comme Google ou Altavista, on a effectivement accès à de très nombreuses informations, mais souvent redondantes, d’une faible fiabilité (sites personnels, par exemple) ou répondant à des logiques de « vitrine » (sites officiels). Et puis, les moteurs de recherche n’indexent pas forcément toutes les pages d’un site, donc certaines d’entre elles ne peuvent pas être retrouvées par ce vecteur…

En plus, on se trouve confronté à une telle profusion d’informations que la sélection est difficile. Même avec les ordinateurs les plus puissants, les experts les plus performants, difficile de ne pas être noyé !

Pourtant, seule une toute petite partie de l’information physiquement disponible sur internet est réellement accessible. En effet, de nombreuses pages sur le web sont inaccessibles via les moteurs de recherche car il s’agit de sites protégés par des mots de passe ou par des abonnements payants, notamment.

   
   
  Une information à usage professionnel
   
 

Vous pensez donc que le recours à des banques de données commerciales est plus efficace ?

Oui. Absolument. Elles constituent un remarquable outil, représentant en volume plus de cent fois le Web, et dont la mémoire peut atteindre quarante ans ! à quoi s’ajoute la puissance de leurs interfaces de recherche, sans équivalentes. Elles proposent une information à usage essentiellement professionnel et donc d’une grande fiabilité (informations datées, sourcées et documentées) mais aussi indexée et structurée. C’est un vecteur de recherche qui coûte cher mais ses performances sont réelles car elles permettent un accès effectif au stock documentaire dans de bonnes conditions de rapidité et l’extraction sélective des seuls documents ou passages pertinents. En outre, des serveurs permettent la recherche unique et simultanée sur des centaines de banques de données !

L’accès aux banques de données se fait par internet…

Pour ces banques de données, internet n’est qu’un moyen de connexion. Et, au passage, on évite la pollution des messages commerciaux, personnels ou pornographiques que l’on trouve sur internet.

Quels sont les serveurs les plus importants pour accéder à ces banques de données ?

Lexis Nexis, qui donne accès à de très nombreuses archives juridiques et de presse ; Dialog, ou Datastar, qui rassemblent les banques de données de nombreux secteurs industriels ; Factiva qui ouvre la voie à des publications de 110 pays, ou encore Questel-Orbit, pour les bases de données dédiées à la propriété industrielle…

   
 
 

Désaffection française

   
 

Pourquoi les entreprises françaises n’utilisent-elles que peu les banques de données ?

Leur prix joue sûrement un rôle dans cette désaffection française mais il y a aussi la crainte des hiérarchies de voir les utilisateurs de telles banques de données prendre un véritable « pouvoir » sur l’entreprise. Dans ces conditions, les entreprises françaises préfèrent souvent avoir recours à des logiciels intelligents pour gérer leurs stocks documentaires mais aussi favoriser « l’approche humaine », l’enquête… Or, cette dernière approche me semble dangereuse car on n’est jamais sûr de ne pas trahir une source quand on fonctionne ainsi, alors que, dans la recherche par des banques de données, on travaille sur des sources ouvertes que l’on peut échanger librement, sans risque de compromettre quelqu’un, ni de tomber dans l’illégalité…

L’avance américaine vous semble-t-elle une réalité ?

C’est non seulement une réalité, mais aussi une évidence. L’état américain a su mettre en place un mode de relation avec les entreprises qui lui permet d’atteindre ses objectifs. Et quand les Américains n’ont pas la capacité de développer par eux-mêmes telle ou telle technologie, eh bien, ils vont l’acheter ailleurs. Prenez l’exemple des banques de données importantes : aujourd’hui, elles sont toutes sous contrôle américain alors qu’au début des années 90, il n’y en avait que la moitié dans ce cas. Les Américains ont compris que le contrôle de ces sources d’informations professionnelles était stratégique et ils ont agi en conséquence. Tous les outils de recherche sont de conception américaine… à cet égard, la prise de participation américaine dans Gemplus, le spécialiste français des cartes à puce, montre bien cette volonté hégémonique dans ce domaine. Gemplus leur apporte une astucieuse technologie française qui permet une large palette d’utilisations sécurisées.

La sécurisation de l’information n’est-elle pas un des défis de l’intelligence économique ?

En matière de sécurisation, rien n’est jamais absolu. Les cycles sont très courts dans le monde informatique – de l’ordre d’un an à un an et demi – et l’on trouve toujours la parade. En plus, les technologies américaines passent toutes un jour ou l’autre à la National Security Agency et l’on trouve dans nombre de logiciels américains des «back doors» qui donnent accès aux fichiers traités. C’est si vrai que trois pays d’Asie viennent de s’unir pour développer ensemble une plate-forme sous Unix qui leur permettra d’éviter le recours à un logiciel américain. Et les services de l’état français s’efforcent quant à eux de déceler ces « portes dérobées » dans les logiciels qu’ils utilisent !…

   
 
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