Pourquoi j’étudie
l’intelligence économique...

Auteur
Laurent-Olivier BOUTTIER
 
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Témoignage dun étudiant de la génération internet qui étudie lintelligence économique en se projetant dans des postes de management en entreprise. Né en 1979, jai toujours connu la télévision et le Minitel. À 10 ans, mon grand-père ma installé devant mon premier PC. À 12 ans, jai eu mon premier pager, à 16 ans, mon premier téléphone mobile, et à 19 ans, une connexion internet. Jai aujourdhui 24 ans, et comme beaucoup dautres de ma génération, je pourrais difficilement me passer de ces outils. Ils mont très tôt permis de satisfaire une curiosité omnidirectionnelle : comment ne pas profiter de tant de savoirs, de connaissances disponibles instantanément ? | ||
| Mieux exploiter linformation | ||
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Quand jai commencé ma formation au management, jai rapidement eu limpression que cette masse dinformations disponibles nétait pas véritablement exploitée dans le processus de prise de décision stratégique. Cette impression sest renforcée au fur et à mesure de mon cursus, avec des exemples (trop rares) dutilisation performante de linformation et dautres (trop nombreux) de décisions inappropriées car fondées sur de mauvais renseignements. Lexemple du lancement de la console de jeux Playstation 2 de Sony, en novembre 2000, ma particulièrement marqué : la synchronisation du teasing publicitaire avec la rupture de stocks organisée dès le lancement commercial a suscité un tel engouement que des échauffourées entre clients ont eu lieu devant certains points de vente, offrant par là une couverture médiatique (gratuite) de la sortie du produit... Je me suis donc très vite décidé à approfondir le sujet et à chercher une formation qui pourrait compléter mon parcours et satisfaire mon besoin de cette « vision du stratège », comme je lappelais alors. En peu de temps, jai trouvé un article de presse traitant dintelligence économique, puis jai appris que le Commissariat au Plan, et, plus récemment, le député Bernard Carayon, avaient réfléchi à la question au niveau national. Jai aussi découvert que plusieurs grands groupes industriels ou économiques français commençaient à créer des cellules dintelligence économique. En lespace de quelques semaines, jai identifié quelques formations et jai présenté ma candidature à plusieurs dentre elles, dont lécole de guerre économique où je termine actuellement un mastère en stratégies dintelligence économique. |
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Ne pas écarter les applications offensives |
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À mon entrée à lEGE, mon sentiment que linformation peut être mieux exploitée et que sa gestion peut être systématisée sest renforcé. Surtout, jai trouvé un cadre conceptuel particulier qui nhésite pas à rationaliser la discipline IE et lutilisation de linformation, aussi bien dans des applications prospectives et réactives de surveillance et de maîtrise de lenvironnement que dans des applications offensives. Le premier domaine dans lequel jai pu développer mes connaissances est celui de lanalyse stratégique des environnements concurrentiels. Une culture générale formée des principaux concepts de lintelligence économique, de la géopolitique, de lanalyse des rapports de force et des grandes théories stratégiques (souvent inspirées de la culture militaire) constitue une base indispensable permettant la pratique dune analyse stratégique pertinente. Par exemple, lanalyse comparée des matrices culturelles du pays dorigine de lentreprise et du pays où elle souhaite développer ses activités, lapprentissage des théories et des cadres conceptuels principaux de lanalyse stratégique, lacquisition de méthodologies dans des domaines tels que la prospection et lévaluation des risques (pays, marché, financiers...) sont autant datouts solides pour un futur manager qui doit décider des orientations à donner à son projet ou à son entreprise. |
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Acquérir la culture des systèmes dinformation |
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Du fait du développement spectaculaire des technologies de linformation et de la communication, et de la profusion croissante de linformation disponible, lacquisition de compétences adaptées à ces enjeux me semble incontournable. Ainsi, jai appris à opérer une navigation efficace sur le Web, à maîtriser les principales bases de données, à construire et à administrer un site internet ainsi que linformation et la connaissance qui y circulent. Une culture solide en matière de systèmes dinformation est tout aussi indispensable afin de pouvoir organiser et donner une cohérence à linformation gérée, notamment en termes de diffusion interne et de partage des savoirs. La gestion de linformation elle-même est un domaine de plus en plus reconnu comme crucial dans lactivité de lentreprise. Ainsi, les techniques dacquisition de sources ouvertes, la connaissance des besoins en informations des entreprises en fonction de leurs activités, la maîtrise des règles juridiques dinvestigation sont autant de compétences nécessaires à la conduite dun projet dintelligence économique, offensif ou non. Les techniques de management des perceptions, dinfluence, et la connaissance des pratiques de lobbying sont également des atouts pour le décideur confronté à des environnements de plus en plus complexes où les seules règles de la concurrence « pure et parfaite » au sens dAdam Smith ne sont plus dactualité. La maîtrise des enjeux et des risques informationnels est, enfin, un champ dactivités dont la valeur ajoutée pour lentreprise ne cesse de croître. La gestion de crise est un des exemples les plus parlants. Létude notamment de la doctrine américaine de guerre de linformation, et ladaptation à lentreprise de certains des concepts qui y sont développés, fournissent au futur praticien de lintelligence économique des moyens didentifier les risques et de désamorcer les menaces pesant sur lactivité ou la pérennité de la structure. Lintelligence économique telle quelle ma été enseignée ma permis dacquérir les compétences quun chef dentreprise se doit de maîtriser ou dont il doit disposer au sein de ses équipes pour sassurer de la survie et du développement de sa structure dans lenvironnement concurrentiel exacerbé qui est le nôtre. |
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Anticiper le risque informationnel |
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La discipline est nouvelle dans notre pays. Les rapports Martre et Carayon ont le mérite de tenter de lancer le débat au niveau national, mais il reste beaucoup à faire pour intégrer la « culture » IE à la culture managériale française. Beaucoup confondent encore intelligence économique et espionnage industriel. Il existe pour linstant assez peu dexemples factuels et chiffrés des gains réalisés grâce à lapplication de ces démarches. Cest pourquoi certains arguent, comme ils lont fait pour le développement durable, que lIE est un feu de paille, une « mode » qui sessoufflera delle-même. Mais je reste persuadé que, malgré la nouveauté du concept en France, lIE est un outil qui lui permettra de tenir son rang économique. Cest pourquoi joriente actuellement ma recherche demploi vers des entreprises françaises ou européennes évoluant dans des secteurs auxquels la démarche dintelligence économique pourrait apporter un nouveau souffle : lagroalimentaire, les produits culturels ou de loisirs, les services aux entreprises. Jespère à travers ma future activité pouvoir contribuer à mon modeste niveau à redonner un véritable poids mondial à une économie française confrontée à un nouvel environnement pour lequel il lui manque encore des armes efficaces. |
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