Un atout supplémentaire
pour les grandes entreprises

Auteur
François JAKOBIAK
 
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De nombreux groupes se sont organisés pour mener une véritable veille stratégique avec lambition de rester compétitifs et innovants. Quelques conseils peuvent les aider à améliorer leurs perfomances. En entreprise, lintelligence économique est souvent une extension de la veille stratégique que nous définissons comme étant « lobservation et lanalyse de lenvironnement scientifique, technique, technologique et économique pour détecter les menaces et saisir les opportunités de développement(1)». Cette définition de la veille stratégique indique lenjeu : détecter les menaces, saisir les opportunités de développement. Lintelligence économique va plus loin ; elle intègre ces deux buts mais en ajoute un certain nombre dautres :
Nous nous limitons, dans cet article, à lintelligence économique en entreprise et plus particulièrement dans les grands groupes. Quelle que soit sa taille, lentreprise actuelle doit, sous peine de disparaître :
Pour cela, elle doit utiliser lintelligence économique qui nest pas, en entreprise, une fin en soi, mais un moyen pour atteindre les objectifs vitaux : la compétitivité et linnovation permanente. Or, la pratique de lintelligence économique en entreprise est plus répandue quon ne le croit. Ce que démontre notamment Jérôme Bondu dans une thèse professionnnelle présentée en octobre 2001 à lESIEE (école supérieure dingénieurs en électronique et électrotechnique) de Paris, sous le titre : « Le benchmarking des pratiques dintelligence économique(2) ». Cette étude porte sur vingt-cinq grands groupes français qui, anonymement, font part de leurs expériences en adoptant parfois des dénominations diverses pour qualifier leur dispositif dintelligence économique : veille concurrentielle, veille stratégique, information stratégique, car le mot intelligence évoque chez certains lidée despionnage (Intelligence Service au Royaume-Uni, Central Intelligence Agency aux États-Unis). |
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| Surveillance et exploitation | ||||||
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Nous distinguons les opérations de surveillance et les opérations dexploitation. La surveillance comporte :
Lexploitation permet de transformer linformation brute sélectionnée par la surveillance en outils daide à la décision. Elle comporte :
Dans un grand groupe, les opérations de surveillance sont confiées à un réseau dobservateurs constitué de professionnels de linformatique documentaire se consacrant à 100 % de leur temps à ces opérations de recherche, collecte, diffusion de linformation. Ils utilisent largement internet, les bases et banques de données informatisées des grands centres serveurs comme Dialog, Questel-Orbit, STN , les logiciels spécialisés comme ceux danalyse statistique des brevets. Ce serait une grave erreur de se limiter à linformation publiée, il faut prévoir un dispositif de recherche et captation de linformation informelle. Cest le rôle du réseau dautres observateurs décrit plus loin. Les opérations dexploitation sont confiées à un réseau de groupes dexperts, groupes qui comptent en général de quatre à six personnes, spécialistes dun domaine scientifique, technologique ou commercial précis. Ces experts ont un rôle capital de transformation de linformation brute en information élaborée, en véritable outil daide à la décision pour les hauts dirigeants de lentreprise. Contrairement aux observateurs, ils ne se consacrent pas à temps complet à lintelligence économique. Un animateur de groupe dexperts y consacre environ 10 % de son temps, les experts membres des groupes de 3 à 4 %. Tous utilisent les diverses possibilités offertes par internet et lintranet de leur entreprise. Dans un grand groupe, le nombre de groupes dexperts peut être très important et il est nécessaire de les organiser en familles(3) :
Il est recommandé de constituer des groupes panachant des activités distinctes ; par exemple, pour un groupe produit : un chercheur, un producteur, un concepteur dinstallation, un homme de marketing. Ce brassage de « cultures » est très recommandé pour accroître lefficacité du dispositif. |
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Lorganisation du renseignement en entreprise |
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La nécessité de définir précisément, dans lentreprise, les règles déthique et de déontologie est évidente. Elle découle de lobligation de mener légalement les diverses actions constitutives de lintelligence économique. Cest un premier impératif. Le second, cest de créer une organisation en réseaux « flexibles ». Lexpérience nous a montré que la collecte et lexploitation du renseignement ne devaient pas être trop hiérarchisées et centralisées. Nous recommandons de laisser une grande liberté à chacun des groupes dexperts pour organiser leur collecte du renseignement. Insistons sur ce point : chaque groupe dexperts est responsable de son plan dinformation et en particulier du plan de renseignement, et il est alimenté en informations informelles par un nuage « dautres observateurs » qui lui est spécifique. Ces observateurs sont des salariés de lentreprise à linterface avec lextérieur ; généralement des commerciaux, acheteurs ou vendeurs, spécialistes du marketing, ayant des contacts avec les fournisseurs, les clients, les concurrents. Le plan de renseignement dun groupe dexperts peut contenir les éléments suivants :
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Information ouverte ou fermée, blanche, grise ou noire ? |
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La question que doit toujours se poser tout autre observateur est : la source délivre- t-elle linformation de son plein gré ? Si la réponse est oui, il sagit dune information ouverte(4), il a le feu vert ; si la réponse est non, il sagit dune information fermée, il a le feu rouge et ne doit pas tenter dobtenir cette information. La norme expérimentale Afnor XP X50-053 davril 1998 « Prestations de veille et prestations de mise en place dun système de veille » propose des définitions succinctes des informations blanches, grises ou noires :
Lensemble définition-enjeu constitue la doctrine. Nous avons donné la définition de lintelligence économique et son enjeu (accroître la compétitivité et viser linnovation permanente). Dans une approche systématique, cette doctrine débouche sur une méthode et une structure dont nous avons indiqué plus haut les éléments essentiels. Pour la mise en place effective, il y a lieu de confier à un chef de projet la réalisation dun schéma directeur puis dun plan directeur. Le schéma directeur est un document de quelques pages qui présente la façon dont on passera de la doctrine à la méthode. Partant de la définition de lintelligence économique, il est possible de définir les axes de la méthode à préconiser. Dabord la recherche et la collecte dinformations dans tout lenvironnement scientifique, technique, technologique, technico-économique, puis la diffusion et le traitement de cette information « dont ont besoin les différents niveaux de décision de lentreprise pour élaborer et mettre en uvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à latteinte des objectifs définis par lentreprise dans le but daméliorer sa position dans son environnement concurrentiel(5) ». Le schéma précise quelles familles dacteurs interviendront et dans quelle structure. Il précise le mode dorganisation des flux dinformation. Le plan directeur est le développement détaillé du schéma directeur. Il définit en détail lensemble méthode-structure. Il permet de développer la méthode, de présenter la structure, les procédures, le mode de contrôle, daborder le problème des coûts et détablir le calendrier précis des actions. Parallèlement au plan directeur, le responsable réalise le projet, généralement sous forme dun PERT utilisant les logiciels de gestion de projet. La réalisation du schéma directeur fait souvent appel, contractuellement, à un consultant extérieur spécialisé ; le plan directeur est presque toujours réalisé en interne en raison de son caractère stratégique et très confidentiel évident. |
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Cinq facteurs de succès |
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Pour réussir limplantation dun système dintelligence économique, il est nécessaire de tenir compte des facteurs clés de succès caractérisant tout projet innovant :
Si ces conditions sont remplies, le projet a toutes les chances dêtre bien implanté. Il conviendra de le faire vivre en intégrant les évolutions nécessaires. |
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| (1) François Jakobiak, Lintelligence économique en pratique, 2e édition, Les éditions dOrganisation, 2001. | ||||||
| (2)Voir le site http : //www.aaeiae-paris.asso.fr/clubies. html. | ||||||
| (3) F. Jakobiak, op. cit. | ||||||
| (4) Philippe Baumard, Stratégie et surveillance des environnements concurrentiels, Masson, 1991. | ||||||
| (5)F. Jakobiak, op. cit. | ||||||
| (6)Thomas Durand, Séverine Herrsher, Fabien Seraidarian, Technologies organisationnelles pour lentreprise, CM International et DIGITIP, Direction générale de lindustrie, des technologies de linformation et des postes, juillet 2002. | ||||||

