Une urgente priorité
pour les territoires

Auteur
Rémy PAUTRAT
 
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La démarche dintelligence économique doit prendre sa place au cur des actions régionales de développement. Son objectif est de susciter des dynamiques locales favorisant la création dactivités et demplois. Le rapport réalisé à la demande du Premier ministre par le député Bernard Carayon, Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale, met en exergue, une fois encore, que lintelligence économique et stratégique est lune des réponses pertinentes à linternationalisation de la concurrence. Nous y trouvons aussi confirmation que la puissance de linternet jointe à lexplosion des technologies de linformation ont rendu faciles laccès et le recueil dinformations de tous ordres. à linverse, cette facilité rend nos entreprises et leurs atouts accessibles et vulnérables, puisquelle permet à tous et notamment aux concurrents dêtre à leurs portes, quand ce nest à lintérieur des systèmes informatiques. Il faut donc agir dans deux dimensions : chercher linformation, déceler dans la surabondance celle qui est utile pour lexploiter ensuite et, à linverse, protéger ou défendre son savoir, son savoir-faire, ses idées. Cest tout lenjeu de lintelligence économique et stratégique (IES). Il en est un autre, qui prend une dimension particulière et auquel lintelligence économique et stratégique peut contribuer de façon décisive : la performance de nos territoires. Soyons clairs. Résister à la concurrence, préserver, ne suffisent plus. Il nous faut conquérir des positions internationales dans des secteurs nouveaux, sur des marchés émergents, investir les réseaux dexcellence pour mieux coopérer. Lampleur des mutations sociales et techniques, lurgence de lemploi, placent la démarche dintelligence économique au centre de toute action régionale. Il nous appartient de multiplier les boussoles pour guider nos actions locales : la démarche dintelligence économique adaptée à la gestion de notre diversité et donc de la richesse de chaque bassin dactivité, de chaque métier, doit nous inciter à coordonner nos actions de surveillance des environnements multiples et lointains, au service dune volonté déterminée de conquérir. |
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| Rechercher lavantage compétitif local | ||
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La mondialisation, lavènement de leuro, linterdépendance des économies font naître en France une soudaine inquiétude et limpression dillisibilité du proche avenir. Mais ces mouvements sont, nous le savons, irréversibles et cest ailleurs quil convient de chercher les leviers de laction économique et de la création de richesses et demplois. Précisément dans la construction de nos territoires locaux, dans leur organisation et la mise en valeur de nos capacités locales de production et de création. Le paradoxe veut, en effet, que lavantage compétitif, créateur demploi, se maintienne et se développe dans des dynamiques très localisées. Les acteurs, entreprises, développeurs, sappuient sur des organisations économiques et sociales de proximité pour redonner un sens aigu au développement local. On a dit, à juste titre, que « la performance des territoires locaux est un élément de notre souveraineté qui na pas été entamé. » Cest bien là que sont enracinés les ingrédients de la ressource nationale, cest-à-dire les savoir-faire si divers des femmes et des hommes, scientifiques, techniques et dorganisation, le cur de notre substance productive et donc de notre capacité collective à anticiper pour mieux les affronter, les mutations et les crises. |
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Partager linformation pour se différencier |
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Il sagit dorganiser dans les territoires notre capacité collective à construire une véritable dynamique de développement : coordonner nos actions, révéler nos atouts, valoriser nos savoir-faire, capter les connaissances nouvelles pour mieux informer nos stratégies, pour mieux nous différencier. Multiplier les initiatives, susciter les partenariats entre les entreprises, les universités, les collectivités locales, les centres dexpertise et de compétences régionaux, devient le moteur de la revitalisation de nos tissus économiques locaux. Projeter nos réseaux dinformation, dexperts et dexcellence sur le marché mondial afin de recueillir les connaissances et servir nos forces innovantes. Cela signifie une exigence de tout instant, car il faut à la fois accroître nos capacités coopératives et nos savoir-faire offensifs en matière de concurrence. Nos urgences collectives sont dinventer et de développer des « organisations apprenantes » en réseau, de lutter sans relâche contre lempilement des structures et le stockage stérile de linformation. Seule linformation qui circule, seule celle qui est partagée, crée de la valeur ajoutée. Cest tout le sens de la démarche dexpérimentation de lintelligence territoriale décidée récemment par le gouvernement et qui amplifie les initiatives prises, il y a quelques années, en Basse-Normandie, Franche-Comté, Centre, Nord-Pas-de-Calais, véritables régions pionnières dans le développement de lintelligence économique appliquée aux territoires. Le Premier ministre a donc érigé lintelligence économique au rang de politique publique et, dans la foulée, le ministre de lIntérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales a lancé une vaste expérimentation territoriale portant sur cinq grandes régions(1). Alors quen 1995, la première tentative dorganiser une stratégie nationale dintelligence économique avait privilégié léchelon central et avait échoué, la démarche actuelle est pragmatique, impliquant fortement les réseaux locaux et léchelon central(2). Elle part du constat que le succès dune politique publique dintelligence économique est en grande partie lié à sa capacité dessaimage. Les collectivités territoriales qui irriguent le cur dun tissu économique national composé à plus de 70 % de PME/PMI ne peuvent être tenues à lécart. Les quelques pionniers qui avaient anticipé cette démarche(3) commencent aujourdhui à en recueillir les fruits. |
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Nouer des partenariats entreprises/collectivités/État |
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Les actions dintelligence économique pour les territoires se développent autour dun partenariat actif entre entreprises, collectivités territoriales et État. Ce partenariat est tourné vers les PME/PMI dont la structure et les capacités financières ne leur permettent pas un accès à toutes les informations disponibles et indispensables à lamélioration de leur compétitivité. Seules des opérations de terrain, associant de multiples partenaires, peuvent permettre linstauration de pratiques durables de gestion collective de linformation. Ainsi conçues, ces opérations font de lintelligence économique un levier du développement territorial. Elles se sont assignés trois objectifs principaux :
La méthodologie des opérations territoriales est simple. Elle sarticule en deux étapes. La première permet de recenser les atouts et opportunités, en identifiant les domaines porteurs davenir, en proposant de nouveaux pôles dactivité, en déterminant les critères qui permettront de sélectionner et hiérarchiser les domaines préalablement identifiés. La seconde étape débouche sur un plan dactions qui permettra région par région de lancer dans les dix-huit mois une ou deux opérations à caractère stratégique et de mettre en place un programme de sécurité économique. Cette démarche répond aux préoccupations des acteurs de terrain, notamment les entreprises qui se plaignent régulièrement que les données utiles recueillies par les organismes publics ou semi-publics circulent mal ou demeurent peu accessibles. Les collectivités territoriales quant à elles doivent détenir la capacité de se brancher sur les réseaux mondiaux de la connaissance, se positionner sur ces réseaux et apprendre à mieux collaborer encore avec les régions limitrophes aussi bien à lintérieur du territoire national quà lextérieur. |
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Choisir une organisation souple et prospective |
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Un tel réseau décentralisé et démultiplié présente une plus grande souplesse que le niveau central. Sur le terrain local, les contacts informels, les rapports de confiance, les connivences sétablissent de manière plus spontanée, sinscrivent dans le long terme et sont moins sensibles aux réflexes dominants et aux enjeux de pouvoir qui ralentissent souvent les dispositifs pilotés nationalement. Jai pu personnellement, au cours de mon parcours professionnel, constater la pertinence dune telle organisation souple et prospective. De lEssonne ou la Basse-Normandie à la région Nord-Pas-de-Calais, les initiatives prises pour améliorer la compétitivité des entreprises, et, partant, des territoires eux-mêmes, se sont toujours inscrites autour de quatre axes : sensibiliser et former, identifier les technologies clés, contribuer à créer des réseaux interentreprises et État, valoriser enfin limage de la région en faisant mieux connaître ses atouts. La finalité principale de cette démarche est de contribuer à susciter des dynamiques locales pour créer plus dactivités, demplois et préparer lavenir. Cette philosophie de laction est « gagnant/gagnant ». Pour lentreprise dabord, au profit de laquelle tout doit être mis en uvre pour améliorer sa compétitivité. Pour lÉtat, ensuite, qui trouve dans lintelligence territoriale un point dappui majeur pour sa nécessaire réforme culturelle. Pour les territoires, enfin, en stimulant leur capacité dinitiative et danticipation, en fédérant autour de projets communs les énergies, les volontés et les compétences. Lintelligence territoriale prend alors une dimension nouvelle et riche de sens car elle tend à créer plus de progrès et plus de cohésion sociale. |
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| (1) Aquitaine, Alsace, Ile-de-France, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte dAzur. Ces cinq régions ont été rejointes en mars 2004 par deux autres, Centre et Poitou-Charentes. | ||
| (2) M. Alain Juillet a été nommé en janvier 2004 Haut responsable chargé de lintelligence économique. | ||
| (3) Notamment, les régions de Basse-Normandie, Bretagne, Franche-Comté qui disposent dun réseau dentreprises converties aux principes de lintelligence économique. | ||

