Une nouvelle politique publique
pour répondre à la guerre économique

Auteur
Bernard CARAYON
 
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Une approche pragmatique de lintelligence économique, faisant appel à des compétences croisées entre le secteur public et le secteur privé, savère plus que jamais nécessaire pour faire face à la concurrence internationale. L?intelligence économique a longtemps été perçue en France comme un concept ambigu, interprété tantôt comme une méthode d?espionnage économique ? c?est le côté ? barbouzerie ? d?officine ? tantôt comme une méthode classique au service des seules entreprises : veille commerciale, veille juridique, veille concurrentielle. Mon rapport rompt avec cette double perspective, tantôt sulfureuse, tantôt simpliste, et tire de lobservation de nos grands concurrents et du succès des méthodes quils ont retenues, des leçons pour lorganisation des pouvoirs publics. Lintelligence économique, loin de se résumer à un débat de « spécialistes » sur le concept, doit faire lobjet dune approche pragmatique, fondée sur lobservation des relations économiques internationales, des relations entre les États, entre les entreprises. Elle se définit par son contenu : sécurité économique, compétitivité, influence et formation. Elle découle aussi dune certitude : les critères de conquête des marchés internationaux ne sont pas toujours ceux que définit léconomie libérale : le prix et la qualité des produits et des services. On peut concevoir que ces critères soient déterminants pour des marchés « classiques » : lindustrie de la chaussure, lexportation des petits pois Mais ce nest pas le cas des métiers ou des activités « stratégiques », comme les télécommunications, larmement, laéronautique, la pharmacie, certains pans de lindustrie agroalimentaire et de quelques autres secteurs qui ne sont pas seulement créateurs de richesses mais aussi sources de puissance et dinfluence. Lintelligence économique fait ainsi appel à des compétences croisées entre le secteur public et le secteur privé, et ces compétences sont mises au service de la stratégie des entreprises, voire des États. Aujourdhui encore, lintelligence économique noccupe pas, en France, la place quelle mérite : celle quelle occupe précisément dans les grands pays occidentaux Les Français pêchent depuis longtemps par naïveté. Autant ils sont interventionnistes dans la définition des règles qui régissent léconomie interne, autant ils sont libéraux et naïfs lorsquils analysent les ressorts de léconomie internationale. Chez les Anglo-Saxons, cest exactement linverse : interventionnistes à lextérieur, libéraux à lintérieur. Une vraie politique dintelligence économique doit être une politique de convergence dintérêts entre le public et le privé, autour dobjectifs stratégiques. |
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| Sortir des cloisonnements | ||
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Le retard de notre pays sexplique ainsi essentiellement par les cloisonnements entre la sphère publique et la sphère privée, mais également par les antagonismes traditionnels que lon observe entre les administrations publiques françaises. Face à ces relations traditionnelles de défiance, lintelligence économique va contribuer à réformer les relations entre le monde public et le monde privé, à établir des passerelles, à définir des modes de convergence dintérêts autour, encore une fois, de grands enjeux clairement identifiés. Pour mettre un terme à ces cloisonnements, pour rapprocher acteurs publics et privés, je crois quil faut dabord une forte et significative impulsion politique qui ne peut venir que de lexécutif. Cest la raison pour laquelle jai été très satisfait dobserver que le Premier ministre avait pris à bras-le-corps ce dossier et quil avait confié à Alain Juillet le soin de coordonner les efforts en la matière (voir son article en page 13). Il est indispensable que se crée ainsi, dès que possible, une plate-forme daide et de soutien aux entreprises, pour les grands contrats, de telle manière que nos entreprises qui sont confrontées à une concurrence internationale parfois féroce, puissent bénéficier dune information mutualisée des administrations publiques mais également des meilleurs experts du secteur privé. Ensuite, un véritable effort de sensibilisation, mais surtout de formation savère indispensable. à lévidence aujourdhui, lintelligence économique souffre dêtre abordée de manière encore trop théorique, à travers des enseignements hétérogènes, des formations initiales et continues inexistantes pour les fonctionnaires et des grandes écoles aussi timides que les entreprises sont prudentes à investir dans ces formations. |
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Définir un véritable projet de formation |
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Aussi je préconise, pour sortir de lempirisme actuel, de passer de la simple sensibilisation à la définition dun véritable enseignement en intelligence économique. Pour ce faire, jai proposé : dhabiliter et de labelliser les enseignements en fonction de leur qualité ; de développer à luniversité un enseignement qui réponde aux besoins de culture générale en intelligence économique, puis, à lissue du cursus universitaire, de proposer des formations spécialisées sur des métiers; dinstituer une formation initiale et continue obligatoire dans les écoles de cadres de lÉtat et des collectivités territoriales ainsi que dans les grandes écoles de commerce et dingénieurs ; de favoriser la participation des entreprises et des fondations dentreprise pour aider au développement de cet enseignement. Au-delà, la mise en place de cette politique publique et sa réussite sont conditionnées par lentretien dune convergence dintérêts et dune confiance mutuelle à nourrir. Pour y uvrer, il convient de développer tout ce qui peut contribuer à mieux faire connaître lentreprise par ladministration, en prévoyant des stages obligatoires en entreprise dans le cadre de la formation continue des fonctionnaires de catégorie A ; tout comme il convient de développer la dimension entrepreneuriale de lenseignement en intelligence économique en systématisant aussi le recours aux stages en entreprise. Enfin, bien quil ne sagisse ni du moteur ni du cur de lintelligence économique, le renseignement constitue une dimension à ne pas négliger : voilà pourquoi je propose dengager une réflexion sur le recrutement et les carrières des métiers du renseignement, sans oublier de définir une politique de communication pour ces services. |
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Développer une approche territoriale |
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Par ailleurs, je rappelle que lintelligence économique nest pas lapanage de lÉtat et de quelques grands groupes industriels. Le tissu économique français, principalement composé de PME/PMI, milite en faveur dune approche territoriale de lintelligence économique, qui sintègre dans la stratégie globale et nationale, et dont lefficacité doit reposer sur une organisation territoriale adaptée et partagée. En effet, nos territoires sont le creuset dactivités économiques juxtaposant savoir-faire traditionnels et technologies avancées. Malheureusement, à lheure actuelle, la protection du patrimoine intellectuel et matériel de nos PME et PMI nest pas prise en compte alors que, travaillant souvent directement pour un secteur économique sensible, ces entreprises constituent des cibles privilégiées pour leurs concurrents étrangers dans la compétition internationale avec un risque de déstabilisation en chaîne non négligeable. Au plan local, les services déconcentrés de lÉtat, les collectivités locales et les chambres consulaires doivent être intégrées à la stratégie nationale afin déviter de mettre en uvre des actions en contradiction avec celle-ci. Leur besoin primordial réside dans une meilleure circulation de linformation entre eux, cest-à-dire entre les administrations centrales et leurs services déconcentrés, mais aussi entre ces derniers. Cette information doit être à la fois sélective, fluide et organisée : la connaissance de lévolution des normes professionnelles et des règles juridiques, les différentes formes de concours quapportent des États à leurs entreprises ou les études comparées doivent bénéficier directement au tissu économique local. Sagissant des acteurs privés, leurs besoins recouvrent deux domaines : linformation et laccompagnement, notamment dans leurs démarches de prospection de nouveaux marchés à létranger. Force est de constater quaujourdhui, la mise en uvre dune approche territoriale de lintelligence économique est inégale selon les territoires. De plus, les initiatives prises ne bénéficient pas, le plus souvent, de la pérennité nécessaire pour garantir lefficacité recherchée. Cest pourquoi je me réjouis particulièrement du lancement dune première expérience de développement de lintelligence territoriale par le ministre de lIntérieur. Cette expérimentation entamée dans cinq régions tests lIle-de-France, Midi-Pyrénées, la Provence-Alpes-Côte dAzur, lAquitaine et lAlsace contribuera, par les vertus de lexemple et de la réussite, à la mobilisation de tous les territoires, qui constitue la clé du succès de lintelligence territoriale (voir larticle de Rémy Pautrat, page 16). En définitive, cette nouvelle politique publique nest pas seulement destinée aux grands groupes internationaux. Pour les PME-PMI qui travaillent sur des marchés stratégiques, les besoins et les moyens sont évidemment identiques. Ces secteurs dactivité ou ces entreprises reflètent les domaines qui sont les plus exposés à la concurrence internationale et à linfluence, au sein des organisations internationales où sélaborent les règles juridiques, les normes professionnelles et parfois les modes, dacteurs nouveaux et puissants, comme les ONG et les fondations. Ces secteurs dactivité sont source, non seulement de création de richesses et demplois mais aussi dinfluence et de puissance. Derrière tout cela, se jouent la sauvegarde de nos emplois, notre modèle social, notre destin de Français et dEuropéens, et, en définitive, lavenir de nos enfants. |
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