Consommer durable ?

Auteur
Christian BABUSIAUX
 
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Qui ne souscrirait à lidée du développement durable ? Tous les Français, ou une immense majorité dentre eux, peuvent certainement y adhérer et souhaiter quelle sinscrive dans les faits. Peut-on pour autant penser que « consommer durable » puisse être, au-delà dun slogan, une motivation significative dachat, guider les comportements de consommation, et cela assez fortement pour infléchir les modes de production et contribuer réellement au développement durable ? Lidée peut séduire. Dans une économie fondée sur le marché, la demande des consommateurs ne joue-t-elle pas toujours un rôle déterminant ? Le succès croissant de lagriculture biologique, de produits et services affichant des préoccupations éthiques, ou encore les expériences de bio-habitat peuvent paraître montrer que la voie est ouverte au concept plus général de consommation durable. La réalité est moins simple. Pour éviter les déceptions, mieux vaut aller un peu plus loin dans la réflexion. |
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| Un concept complexe | ||
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Si lon interrogeait les
Français, sans doute constaterait-on que beaucoup Cette méconnaissance ne tient pas seulement à la relative nouveauté des termes ou à une insuffisance de linformation. Elle vient dabord de ce que lexpression nest pas directement compréhensible. Elle tient aussi à ce que le concept en lui-même ne va pas de soi. Il est complexe : chercher à acheter des produits qui répondent aux besoins du consommateur sans compromettre les capacités dachat des générations ultérieures. Il recouvre des objectifs composites : il sagirait dacheter des produits qui respectent à la fois lenvironnement, les principes éthiques, les droits sociaux fondamentaux. Percevoir la signification exacte des termes « consommation durable » est donc difficile. La difficulté est encore plus grande pour un consommateur de déterminer, au moment de son achat, lequel des produits entre lesquels il a le choix, va le plus dans le sens du développement durable. Le consommateur assimile en permanence de nouveaux termes, de nouvelles connaissances, tout le passé récent le montre. Mais il a besoin de repères clairs. |
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Un label ? |
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Lidée peut alors venir de créer un label « développement durable » qui signalerait les produits ou services particulièrement respectueux de cet ensemble de préoccupations. Ce projet a parfois été évoqué, mais il nest lui-même pas simple. Sous peine de navoir quune image brouillée, un tel label devrait se fonder sur des critères suffisamment homogènes, quel que soit le type de produit ou de service susceptible de le porter. Or, lextrême diversité des produits et des services, le fait que pour certains lenjeu environnemental est le plus fort, que pour dautres cest lenjeu social, rendent peu vraisemblable que lon puisse dégager des critères et surtout une hiérarchie de ces critères qui vaillent pour tous les champs de la consommation. En outre, ajouter un signe distinctif supplémentaire risque dalimenter la confusion résultant actuellement de la présence de signes déjà très nombreux, notamment pour les produits alimentaires : appellations dorigine contrôlée, labels agricoles, agriculture biologique, indications géographiques de provenance, certification de conformité. Enfin, un signe de qualité ne repose pas seulement sur des définitions techniques. Il est aussi une construction sociale : il repose sur le consensus explicite ou tacite entre les producteurs dune part, entre eux et les consommateurs dautre part, pour reconnaître une qualité particulière à un produit lorsquil répond à un ou des critères spécifiques, par exemple une garantie sur lorigine géographique pour les vins dappellation dorigine. Un tel consensus est plus difficile pour une notion comme le développement durable, qui recouvre des critères multiples, parfois difficilement mesurables ou contrôlables, et dont certains reposent sur des choix dordre moral, donnant nécessairement lieu à des appréciations ou hiérarchisations différentes selon les individus. Pour ne pas sengager sur de fausses pistes et pour que la belle idée de la consommation durable ne soit pas tôt ou tard reléguée au rang de fausse bonne idée, quelles voies peut-on donc suggérer ? |
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Le rôle de lEtat et des entreprises |
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En premier lieu, il faut clarifier les idées. Dune part, le concept global de développement durable ne doit pas effacer chacune de ses grandes composantes, car ce sont celles qui, seules, peuvent lui donner un contenu concret et perceptible. Certaines de ces composantes, comme le commerce éthique ou le commerce équitable, sont déjà des univers à eux seuls, nécessitant chacun des approfondissements importants et un ensemble dactions difficiles. La notion de développement durable permet de tisser une trame entre les diverses actions, de leur donner une cohérence, daccroître leur sens, de les faire converger en une politique densemble. Mais elle est plus une inspiration générale quun concept opératoire. Il en est de même pour la consommation durable. Dautre part, consommer durable ne saurait être le moteur fondamental du développement durable. Le consommateur individuel nest pas aujourdhui en situation de jouer un rôle prépondérant. LEtat a nécessairement un rôle essentiel. Parce quen déterminant la fiscalité, il agit directement sur les prix, donc sur un élément primordial dans le choix des consommateurs. Et aussi parce que sa place est centrale dans des domaines essentiels pour le développement et la consommation durables comme les transports, lénergie et lhabitat. Le rôle des entreprises est également capital, à lévidence : pour ne citer quun exemple, cest de leur capacité à mettre sur le marché des voitures propres qui répondent davantage aux besoins des consommateurs, par exemple en termes de rayon dautonomie, que dépend le développement de ce nouveau marché, et non de la seule existence dune demande potentielle. |
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| Place aux organisations de consommateurs | ||
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A trop mettre en avant le rôle des consommateurs et une responsabilité quils ne sont pas totalement en mesure dexercer, on risquerait de susciter leur méfiance. En revanche, et en second lieu, les organisations de consommateurs doivent être considérées comme des acteurs importants et à qui une juste place doit être réservée. Le dialogue entre les entreprises et elles, dans les organismes de normalisation par exemple, celui entre les pouvoirs publics et elles, sont essentiels pour prendre en considération les attentes des consommateurs, ce qui est indispensable au succès des politiques engagées. En troisième lieu, et ce peut être lun des objets de ce dialogue avec lEtat et les entreprises, il faut chercher à intégrer la préoccupation du développement durable dans les signes déjà existants de qualité ou didentification des produits et services, les enrichir de ces nouvelles aspirations de la société. Ne devrait-il pas être naturel que les cahiers des charges des appellations dorigine contrôlées intègrent progressivement de telles préoccupations, puisque leur image repose notamment sur la perpétuation de leurs modes de production ? De même, ne serait-il pas logique que les labels agricoles, signes dune qualité supérieure, tiennent compte de cette composante importante de la qualité quest aujourdhui, pour beaucoup de consommateurs, le respect de critères denvironnement ? Dans cette même perspective, une réflexion sur lagriculture raisonnée serait aussi souhaitable et les retards dans sa montée en charge devraient fournir loccasion de cette réflexion nouvelle. Et ce qui est vrai pour les produits alimentaires et pour lagriculture peut aussi lêtre pour des labels qui existent dans dautres secteurs, comme celui du Bâtiment. Vouloir développer la notion de « consommer durable » suppose aussi de miser sur linformation et cela de deux manières : dune part, mettre en uvre des actions déducation et dinformation des consommateurs ; dautre part, encourager les entreprises à diffuser davantage dinformation sur la conformité de leur processus de production à ces nouvelles aspirations. Au-delà des dispositions prévues par la loi sur les nouvelles régulations économiques pour les sociétés cotées, il faudrait chercher à stimuler la diffusion de telles informations par les entreprises, selon un cadre normalisé et avec la garantie dune certification des informations diffusées. Sengager dans ces voies suppose que le développement durable soit un axe de politique de la consommation, et cest dautant plus possible que les organisations de consommateurs sont prêtes à sengager dans cette voie. Sengager dans la voie dune consommation durable, cest sengager dans une démarche longue et progressive quil faut dès le départ affirmer comme telle. Cest une démarche qui suppose le réalisme et la modestie, pour éviter quun décalage excessif entre le discours et les réalisations compromette sa crédibilité. Cest aussi une démarche qui suppose la rigueur dans linformation diffusée aux consommateurs. Cest enfin une démarche qui doit sinscrire dans toute la mesure du possible, dans un cadre européen et international. A ces conditions, « consommer durable » peut progressivement devenir une composante significative du développement durable. |
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