Anthropologie, éthique et développement durable

Auteur
Dom Hugues MINGUET
 
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Le mot « développement durable » risque de nous entraîner d'emblée sur une équivoque et un clivage important entre la perception nord Américaine de la mondialisation et une vision « à la française ». Les Américains parlent de « Sustainable Profitable Growth », c'est-à-dire d'un développement profitable et durable ou dur able et profitable, tandis que nous oublions le mot profitable au risque d'être naïf ou de nous trouver hors jeu dans une compétition sans merci. Les Anglo-saxons se demandent comment continuer à créer des profits en améliorant le système tandis que nous serions plus tentés de nous demander comment humaniser la planète sans souci de réalisme économique. Dans ce sens d'autres questions viennent à l'esprit. Lorsque nous parlons de développement, parlons-nous de développement humain physique, psychologique, intellectuel, spirituel, social ou évoquons-nous le développement économique ? Si c'est la seconde hypothèse qui est retenue quels sont les critères d'une croissance économique ? Le P.I.B. d'un pays ? L'accès du plus grand nombre des peuples à la croissance économique ? Le profit de l'actionnaire, le pouvoir d'achat des salariés ? La capacité à générer l'emploi et la dignité de la personne pour le plus grand nombre ? A première vue ces options représentent des visions du monde très différentes et les approches peuvent paraître exclusives. De manière un peu caricaturale sans doute, nous pressentons bien que l'expression latine tire du côté de l'homme tandis que l'accent risque d'être mis, dans l'approche anglaise et américaine, sur le profit. Pragmatisme anglo-saxon ? Naïveté des « vieux pays de la vieille Europe » ? Sursaut de responsabilité envers les générations à venir et la nôtre propre ? La question est ouverte. Nous percevons d'emblée que la question du développement durable ne peut faire l'économie d'une véritable réflexion anthropologique. Pour définir le développement durable il nous faut savoir qui nous voulons servir. Si c'est l'homme comment y parvenir ? Le propos de cet article est de
faire redécouvrir les racines philosophiques et religieuses de
notre approche latine et grecqu et de dégager une éthique
de l'action qui favorise le développement durable. |
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| L'héritage anthropologique de la culture hellénique | ||
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L'Occident
ne peut faire fi de ses racines. Notre vision de l'homme est marquée
par l'apport reçu de la philosophie grecque. Quelle en est très
schématiquement la vision de l'homme ? Trois apports semblent majeurs
: Le monde grec a dégagé une vision complexe de l'homme et, par suite, du développement humain. La philosophie grecque décrit des zones de l'être que sont le soma (le corps), le psyche (la dimension psycho-affective de l'homme), le Noûs (l'intellect), le Pneuma (la dimension spirituelle de la personne). Dans ce sens le développement durable devra dans un contexte occidental s'intéresser au développement de toutes ces richesses et de tous ces biens. La responsabilité s'exerce sur tous ces domaines d'impact possible de notre activité. Ainsi, lorsque je construis ou bâtis, vais-je réfléchir aux conséquences de la mise en uvre de mes techniques ou sur le type d'intervention. Quelles sont les conséquences de mon action sur la santé, sur le stress, quelles nuisances sonores (Soma), sur l'équilibre psychologique, affectif, sur les relations interpersonnelles favorisées ou altérées par mes constructions (Psyche), sur la culture, la vie et l'équilibre mental des personnes (Noûs) et plus profondément sur leur âme profonde, la possibilité d'accéder au Beau, de s'élever spirituellement(Pneuma). Le troisième apport est la perception d'une vie traversée par le sens. Aristote particulièrement organise sa réflexion autour du Telos (la finalité, l'orientation, la direction). Dans la perspective des auteurs anciens, l'homme est orienté fondamentalement vers le Bien. Platon avec le Beau, le Vrai et le Juste en fait un transcendantal, une valeur qui oriente et finalise la vie. Aristote montrera que tout notre être est finalisé et orienté vers la recherche du Bien. Il est l'orientation de notre volonté qui doit sans cesse chercher le Bien avec un grand B, plutôt que les biens passagers. Il montre que cette conversion se fait par le passage du concupiscible à l'amour d'amitié. Dans l'ordre du concupiscible, l'autre est un bien pour moi, je suis dans l'ordre de la consommation ; dans l'ordre de l'amour d'amitié, l'autre est un bien en soi et je veux le bien de l'autre. Le développement durable nous pose en définitive la question de la place que nous donnons à l'Autre. Il introduit au cur de la société de consommation et de ses dérives individualistes, la question de l'altérité et du vivre ensemble. Ici la question rejoint de nouveau le politique sans s'y réduire. Socrate a utilisé la maïeutique comme instrument privilégié de la recherche de la vérité. C'est à travers le jeu du dialogue, des questions et des réponses que les interlocuteurs s'approchent d'une vérité qui les dépasse toujours parce qu'elle est toujours à chercher. L'apport des Grecs, mais aussi la réalité du terrain montre que seule la voie du dialogue le plus large permet d'approcher la question du développement durable. Dialogues entres les états, entre les pays développés et ceux en voie de développement ou pays émergents ; dialogue sociaux, dialogues au sein de l'entreprise, dialogue entre les différentes compétences de l'entreprise. Les enjeux du comptable ne sont pas ceux de l'actionnaire, ni ceux de l'ingénieur, du vendeur ou du manuvre. Or, le développement durable ne peut être recherché sans une participation et une responsabilisation de tous. |
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Les racines judéo-chrétiennes |
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La
Bible décrit de manière intéressante la place de
l'homme dans l'univers. L'Homme (homme et femme) y est situé existentiellement
comme « appelé » . Appelé à
une relation avec son créateur, appelé à une relation
et une responsabilité envers son semblable, appelé à
une collaboration à l'uvre de création. Les théologiens
parleront parfois de co-création. Lorsque Dieu crée l'homme, son premier acte est d'insuffler en l'homme une haleine de vie. L'image est forte. L'homme reçoit la « ruah » divine, le souffle de Dieu, sa vie même, son Esprit. Cette animation par le souffle est le don de la vie. Par cette image, la Bible nous met devant une vérité anthropologique : Nous recevons la vie avant de la transmettre et de collaborer à la création. Le développement durable est la perception d'un bien de la vie reçu et à transmettre. Dans la Bible,
sans cesse, Dieu sera représenté comme le défenseur
de la vie envers et contre tout, jusque dans la mort et la résurrection
rédemptrice de son Fils, le Christ Jésus. Une vie proposée
au-delà des choix de mort que nous avons pu faire. Dans le livre de la Genèse, Dieu demande à l'homme de donner un nom à tout ce qui existe. C'est l'uvre de connaissance, d'intellection du monde, de la recherche. Le développement durable nous pose donc la question du statut de la recherche et aussi de l'accès à la connaissance. Recherchons-nous l'innovation à tout prix ou une recherche finalisée par le plus être et le bien être, bien être qui favorise et contribue à la richesse de la création? La création est remise à l'homme à lui de la dominer, d'en organiser les forces. L'homme n'est pas un simple gestionnaire qui devrait remettre à celui qui lui a confié la création en l'état. Il est appelé à engager son intelligence dans la transformation du monde à développer les talents reçus. C'est le domaine de la technique, des savoir faire. L'uvre de domination qui ne contient aucune notion de tyrannie en ce cas, correspond à une mission d'humanisation de la terre. Nous voyons que le développement durable introduit une contestation d'un développement prédateur, blessant durablement l'environnement ou les ressources. Dans le sens de cet héritage culturel et spirituel la réflexion s'orientera par la suite sur l'humanisation ou la déshumanisation résultant de notre activité créatrice ou transformatrice. Le livre de la Genèse indique que le créateur donne une invite à la croissance : « croissez et multipliez-vous ». Cette croissance n'est pas que seulement générique « multipliez-vous »(avoir des enfants, peupler la terre), mais aussi qualitative: croissance psychologique, intellectuelle, spirituelle, économique, sociale Nous sommes au cur de notre sujet. La création de l'homme
et de la femme est au cur de la création. Elle représente
l'archétype de la dimension d'ouverture et de la capacité
d'altérité de la personne. Cette vocation indique que le
monde humain et l'être humain sont finalisés par l'amour
et la communion. Le travail est présenté, tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testaments, comme une des dimensions essentielles pour la construction de la personne. Le travail est une des vocations de l'homme avant la chute. C'est une vocation originelle et non comme on le pense souvent une résultante du péché. Le développement durable posera, dans le contexte de nos héritages culturels, la question de l'accès au travail ou à l'activité. Comment permettre l'accès du plus grand nombre, comment permettre à chacun de devenir par le travail entrepreneur de sa vie ? Que serait un développement durable qui se mettrait à respecter la nature, mais ne respecterait pas véritablement l'Homme ? C'est le sens du septième
jour de la création où Dieu se repose et donne le repos
à l'homme. Le repos est un des signes de la transcendance de l'homme
par rapport au créé et un refus de l'idolâtrie. L'homme
n'est pas enfermé dans sa production, il est ouvert sur une dimension
spirituelle qui exprime le repos. Il est appelé au repos de Dieu.
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Si nous nous rapprochons d'héritages plus récents qui ont forgé notre culture. Emmanuel Mounier a introduit une réflexion profonde sur le personnalisme. Cette école a magnifié la dimension de réalisation personnelle et communautaire. Elle s'oppose à un homme réduit à l'état de statistique ou de globalité. Or, si la mondialisation nous bouscule c'est bien sous cet angle de la globalisation. Le développement durable nécessitera une réflexion sur le développement de chaque personne. Elle nous fait passer d'une culture du prêt-à-porter au sur-mesure. Comment alors servir tout homme, chaque homme et tout l'homme. Viktor Frankl(2) introduit une réflexion fondamentale sur le sens de l'activité humaine. Il distingue l'homo faber, l'homme qui se réalise dans ce qu'il fait, dans l'uvre de ses mains, de l'homo amans, l'homme qui se réalise par l'amour qu'il met dans sa vie de l'homo patiens, l'homme qui donne sens à sa vie même dans l'échec, la persécution ou la souffrance. Notre société a privilégié une vision de l'homme comme sujet ou objet de production (homo faber). Cet accent privilégié n'a pas permis de découvrir ou d'investir d'autres dimensions essentielles de l'homme et du coup, elle génère de l'exclusion. La valeur de reconnaissance sociale est liée à la capacité d'être rentable. Pour être bien orientée, une réflexion sur le développement durable devra s'interroger sur la possibilité pour tout être de se déployer dans toutes ces dimensions sans être réduit à un homo economicus. Nous appellerons pour dernier contributeur à une anthropologie du développement durable Emmanuel Lévinas(3). L'auteur de « Totalité et Infini » oriente notre réflexion sur l'altérité, la présence de l'autre et notre présence à l'autre. Il nous fait échapper, par la rencontre du visage de l'Autre, à tout système qui prétendrait pouvoir mettre l'homme en équation. Il nous fait entrer dans l'Infini de l'Ethique opposée à la Totalité que voudrait imposer un monde en voie de globalisation. Redonner la place à la personne sur le chiffre, redonner le primat à la Responsabilité envers l'autre et pour l'autre est au cur du débat sur le développement durable. Celui-ci risque fort de n'être qu'un nouveau slogan politique ou de consultant, une mode managériale parmi tant d'autres qui se succèdent si nous ne prenons pas la mesure de nos responsabilités. Il importe que la réflexion anthropologique soit incarnée pour ne pas être incantatoire ou un simple exercice intellectuel. Deux approches nous semblent complémentaires : un travail à tous les niveaux de la réalité dans l'entreprise elle-même, un maillage entre le travail interne et externe de l'entreprise. |
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| Le tableau de bord du développement durable | ||
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Comme tout agir finalisé
par l'éthique, le développement durable doit prendre en
compte quatre niveaux de réalité. Le devoir du dirigeant est ici un travail d'anticipation et de responsabilité. Hans Jonas, philosophe allemand a écrit « le Principe Responsabilité »(4). Il propose comme démarche ce qu'il appelle l'heuristique de la peur et qui consiste à entrevoir à chaque étape de notre action les conséquences les plus négatives qu'elle pourrait avoir. Cette projection dans l'avenir sur les conséquences de nos actes permet de revenir ensuite dans l'instant présent pour y poser des actes responsables. Cette démarche, pour intéressante et juste quelle soit, a pour inconvénient de nous situer exclusivement dans des scénarios catastrophes. Le principe de responsabilité doit être promu à tous les niveaux, mais aussi dans une relation de liens responsables (par exemple, le financier, l'actionnaire et le technicien). Nous devons nous interroger en permanence sur l'impact de nos décisions personnelles et de nos responsabilités collectives. Nous devons sans cesse nous demander comment maximiser les opportunités en faveur du développement durable (respect de l'environnement, des ressources naturelles, impact de nos techniques et de nos réalisation sur la vie sociale etc.) et minimiser les conséquences négatives de notre agir. Notre responsabilité est de servir la Vie. |
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| Le juridico-politique et l'organisationnel | ||
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Le développement durable ne peut advenir sans une volonté et une intervention du politique et du législatif. Si la loi n'est pas en soi morale, elle peut orienter les comportements, poser des limites, donner des orientations et de contraintes ce qui est indispensable. Comme l'a noté Kenneth Goodpaster(5) certaines entreprises n'ont de pratiques éthiques que par la pression de la loi tandis que d'autres y voient une opportunité et d'autres encore s'y exercent par conviction. L'organisation a de même une importance capitale, car l'entreprise qui choisit le développement durable devra définir une vision cohérente avec ces objectifs, la déployer ensuite à tous les niveaux. L'exercice le plus délicat est ici l'alignement des pratiques et des actes, des décisions avec la vision. L'entreprise qui choisit le développement durable doit mettre en cohérence ses process, les interfaces internes et externes de l'entreprise - relation et partenariats avec les fournisseurs, relations avec la concurrence, relations avec les actionnaires, les banquiers, les clients, le marché, la cité où les pays d'intervention -. Sans une détermination forte, le choix du développement durable ne pourra avoir que des effets à la marge et risque d'être du « window dressing », c'est-à-dire de la façade. |
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| La qualité des comportements | ||
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L'emploi de bonnes techniques respectueuses de l'environnement et d'une organisation cohérente ne suffit pas. Il faut y ajouter la qualité du comportement. Comportement envers les personnes, comportement envers la nature, l'environnement, les populations et, en définitive, envers la planète entière. Il s'agit ici d'entrer dans le respect - respect de soi et des autres, respect des organisations. C'est le choix d'être un bon citoyen local et mondial. Cette responsabilité n'appartient pas aux seuls dirigeants d'entreprises. Elle appartient à toute la hiérarchie comme au salariat, comme au politique. Le comportement irresponsable (abus du droit de grève, par exemple), la mauvaise gestion des fonds publics, la pression excessive de l'actionnaire soucieux de retour sur investissement au détriment de la recherche et du développement, la corruption auront nécessairement des conséquences sur le développement durable. Seule la qualité des comportements peut générer la confiance et une responsabilité collective vis-à-vis du développement. L'absence de qualité de comportement ne peut conduire à l'inverse que conduire à la violence et à la politique du pire. |
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| La qualité des finalités | ||
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Notre approche d'une éthique opérationnelle du développement durable doit intégrer la qualité des finalités. Ces finalités peuvent être individuelles (par exemple,. notre bien être, notre confort), institutionnelles (par exemple, la performance de notre entreprise) et altruistes, tournées vers le bien de toutes les personnes, celles que nous ne connaissons pas (par exemple, la génération future ou la personne qui vit à l'autre bout de la planète. Le développement durable
nous invite à faire gagner du terrain et du prix à ces motivations
au service de la personne alors que nous privilégions souvent nos
préoccupations individuelles ou institutionnelles. Le service de
la personne ou la finalité altruiste nous fait intégrer
le long terme alors que nous sommes pris sans cesse à la gorge
par le cours terme. Les trois finalités mentionnées ont
toutes leur importance. Que serait le développement durable si
nos entreprises étaient exsangues ? |
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| Un modèle japonais : le Kyoseï | ||
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La culture influe beaucoup sur la perception du développement durable. Tandis que les Japonais pensent à quinze ans, nous pensons à trois, quand ce n'est pas au jour le jour. Le Japonais se considère volontiers comme un jardinier qui entretient le jardin du monde et se doit de le transmettre à la génération suivante. Sans idéalisation excessive, le Japon possède sans doute une mentalité et dans une certaine mesure une pratique opérationnelle du développement durable. Il est inscrit dans son code génétique culturel. Jean-Loup Dherse, dans l'Ethique ou le Chaos ?(6) présente ce que les Japonais appellent le « kyoseï » qui pourrait se traduire par comment travailler ensemble au bien commun(7). Il est intéressant de partir d'un autre modèle culturel pour constater que profondément les mêmes attentes et des approches convergentes existent, bien que la base anthropologique soit très différente et même étrangère sur bien des points. La vision que propose le Kyoseï(8) se résume en cinq étapes qui pourraient enrichir nos pratiques occidentales : |
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| Une base économique solide | ||
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Le kyoseï invite a un réalisme économique. Pas de pérennité du développement sans une bonne assise économique. Ici le « profitable » des anglo-saxons trouve sa légitimité. Le développement durable a un coup et ses bénéfices peuvent être longs à toucher ou ne pas exister du moins de manière sensible. On peut penser que le réchauffement de la planète du à l'effet de serre, les nuages bruns de l'Asie auront des conséquences économiques lourdes pour l'ensemble de la planète, mais celui qui fait effort de ne pas polluer, s'il contribue efficacement au Bien Commun, n'en touchera pas de manière palpable le bénéfice. Il faut donc des entreprises profitables et une économie vigoureuse pour porter le développement durable. |
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| Une vision et une culture commune | ||
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Le Kyoséï préconise une vision et une culture commune. Le développement durable doit devenir une finalité et un enjeu collectifs pour avoir quelque chance de s'imposer dans une entreprise. Nous rejoignons ici Aristote et son Telos, la Visée, mais aussi toutes les approches du management par le sens et la vision partagée(9). Vincent Lenhardt montre avec beaucoup de talent et de justesse l'évolution des stades des équipes dans les entreprises. L'entreprise collection d'individus où l'on recrute les meilleurs « pro », évolue vers une équipe en interaction capable de travailler en synergie et de communiquer à l'externe, elle s'épanouit enfin vers une équipe partageant du sens et capable de le co-élaborer. La fonction managériale évolue en conséquence, le dirigeant n'est plus un hiérarque, un donneur d'ordre, il devient un homme ressource et un porteur de sens. Il est clair que le développement durable ne peut s'en tenir à une ligne impulsée par la seule hiérarchie, elle doit devenir pour s'installer durablement un éveil et un souci commun à toutes les parties prenantes de l'entreprise et devenir un objectif repris et décliné. Sans sensibilisation de son environnement l'entreprise aura du mal à tenir dans sa politique de développement durable. Elle ne peut courir, sauf volonté forte et détermination, une course à handicap en se chargeant de responsabilités que nul ne voudrait assumer. Des entreprises comme Canon ont été jusqu'à établir des partenariats avec leurs concurrents les plus directs pour travailler dans ce sens et avoir en commun avec eux une certaine philosophie et une culture commune. Ainsi Canon a entrepris des chantiers et des partenariats avec son concurrent Hewlett Packard. Tout ceci ne peut fonctionner à terme qu'au travers d'une politique mondiale. Le développement durable, pas plus que l'éthique ne doivent être une affaire de riches. Il faut donc travailler à réduire les grands déséquilibres mondiaux au travers de négociations sur le commerce, au travers d'aides appropriées au développement. On sait que le Président Chirac a fait un certain nombre de propositions en ce sens notamment par une taxe sur les flux financiers(10), d'autres ont parlé d'un prélèvement d'1 % sur les budgets militaires. Est-il besoin de rappeler que 15 % des 6 milliards et quelque d'êtres humains vivent en dessous d seuil de la pauvreté ? Que les trois plus grandes fortunes du monde ont une fortune qui dépasse le PIB des cent pays les plus pauvres de la terre ? Si ces différentes étapes sont indispensables, on comprend que le Kyoseï préconise in fine l'engagement des gouvernements qui doivent à la fois donner un élan politique et un cadre législatif favorable au développement durable. Ils sont les seuls capables de négocier, à un niveau international les aides et les soutiens nécessaires, ainsi qu'un calendrier réaliste pour les différents acteurs nationaux afin de créer des équilibres durables. Au terme de ce parcours, nous voyons que travailler au développement durable nécessite une vision clarifiée de la complexité humaine perçue comme une richesse, mais aussi un travail très concret à tous les niveaux de l'entreprise. L'entreprise qui se lance dans le développement durable devra aussi être capable de créer des alliances avec ses partenaires et même ses concurrents. Les fédérations professionnelles ont ici leur rôle à jouer : rôle de sensibilisation, de leadership, rôle d'influence sur les entreprises mais aussi auprès des gouvernements pour que l'exercice ne deviennent pas impossible. Le sustainable des anglo-saxons reprend ici aussi sa place. Avant d'être partagée ou réinvestie la richesse doit être gagnée. L'objectif du développement durable nous oriente nous-mêmes vers une passion renouvelée pour la Vie. |
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(1) Jn 10 |
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