Vous avez dit "développement ?"

Auteur
Emmanuel EDOU
 
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Je suis, de naissance, un fervent partisan du développement. Quand on est né, comme moi, en 1943, quon a vu dans son enfance la misère des bas quartiers de nos villes, la pauvreté des campagnes, le dénuement des personnes âgées ; quand on a pu apprécier, année après année, lapport de chacune des «trente glorieuses» en termes de confort, de sécurité et même tout simplement dalimentation et dhabillement ; quand on a mesuré autour de soi les bienfaits du développement, comment ne pas éprouver un attachement viscéral à tout ce qui permet dencourager le développement et de le maintenir sur la durée ? Une notion aussi bienfaisante que celle du développement ne devrait rencontrer que des partisans. Chacun sait que cest le développement qui nous a permis de dépolluer nos rivières, bien plus propres aujourdhui quil y a cinquante ans, de développer de nouvelles sources dénergie, daméliorer lair de nos villes, datténuer les pollutions des véhicules. Souvenons-nous de ce quétaient le bruit et la pollution automobile à Paris dans les années soixante, ou lenvironnement des centrales au charbon !. |
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| Sourde hostilité | ||
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Or, malgré tous ces bienfaits évidents, la notion même de développement rencontre aujourdhui, chez certains, une sourde hostilité. A lidée quon remplace un champ de blé par un lotissement de maisons individuelles dans lequel les enfants pourront jouer et les adultes jardiner, combien doppositions ! Devant un projet de route qui permettra à nombre de travailleurs de gagner un temps précieux dans leur trajet quotidien, quelle levée de boucliers ! Face à de nouvelles semences ou à un projet de nouvelle usine qui permettront de gagner en productivité et en qualité, et donc daméliorer le niveau de vie, que dagitations pour bloquer tout développement ! Les opposants invoquent souvent le risque de pollution. Cest un argument fallacieux auquel il ne faut pas se laisser prendre. Il y a longtemps que, grâce aux études dimpact, obligatoires depuis 1976, les usines modernes savent maîtriser leurs rejets, que les routes nouvelles sont bien intégrées dans le paysage, et que les architectes et urbanistes savent réaliser des projets à taille humaine. Ne nous laissons pas non plus arrêter par largument selon lequel il faut économiser lespace. Lespace est dabord fait pour que lhomme y soit heureux, et dans notre pays qui dispose de la densité la plus faible dEurope, il y a toute la place pour desserrer les activités humaines et ouvrir largement de nouvelles zones pour lhabitation. |
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Motivations égoïstes |
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Non, les vraies motivations des opposants au développement sont ailleurs. Il sagit dabord, chez la plupart dentre eux, dun refus du devoir dhospitalité. On refuse, par égoïsme, le nouveau voisin. Quil aille ailleurs ! Not in my backyard, pas dans mon jardin ! disent les Anglo-Saxons. Ce manque dhospitalité est un travers que, à vrai dire, nous partageons tous et quil faut combattre résolument. Il y a ensuite chez les opposants au développement, tous ceux qui, revenant aux vieilles traditions païennes, préfèrent la nature aux personnes. Pour eux, la tentation malthusienne est toujours bien présente. Ils considèrent les humains comme trop nombreux, oubliant que chacun de ces humains est une personne, qui a sa valeur, et qui vaut bien plus que tous les éléments naturels. Pour la plupart dentre eux, lopposition au développement est une question didéologie. La meilleure preuve en est quaucun argument rationnel na de prise sur eux. Chacun peut voir, par exemple, que le développement, et notamment la mondialisation des échanges, ont permis de mieux nourrir, mieux vêtir, mieux soigner, mieux éduquer les six milliards dhommes qui habitent la planète aujourdhui, et qui vivent mieux que leurs parents lorsquils nétaient quun milliard. Et pourtant, qui ladmet ? Prenons des exemples plus concrets. Le programme nucléaire, mis en place il y a bientôt trente ans grâce à lobstination Michel dOrnano, dont jai été longtemps le collaborateur, nous permet de produire depuis trois décennies, et sans problème, lénergie la plus propre, la plus sûre et la plus rentable quon ait jamais connue. Qui, parmi ceux qui se réclament de la nature, le reconnaît ? Aujourdhui, les organismes génétiquement modifiés peuvent apporter aux cultures vivrières des progrès similaires à ce que la greffe apportait autrefois, cest-à-dire des végétaux plus robustes, mieux adaptés au climat, plus nourrissants, économisant leffort des paysans et poursuivant les traditions millénaires damélioration des cultures par la main humaine. Pourquoi les refuser, sinon par idéologie ? |
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Attention au principe de précaution |
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On pourrait multiplier les exemples de ces refus obstinés du progrès, imperméables à toute démonstration. On pourrait les traiter à la légère, comme un aimable folklore, mais cest impossible pour qui connaît les besoins de développement qui existent encore aujourdhui, non seulement en Afrique ou en Asie, mais aussi autour de nous, au bout de la rue ou dans le quartier voisin. Cest pour cette raison quil faut rejeter énergiquement ce vocable de développement durable. Dabord, il est le fruit dune bien mauvaise traduction. Le mot anglais, comme souvent dans cette langue, est plus riche, plus volontariste aussi. To sustain, cela veut dire soutenir, au sens où on peut soutenir un effort, mais cela veut dire aussi garder vivant. Cest une expression plus dynamique, qui na pas ce côté immobiliste et conservateur de ladjectif durable. Durable, cela fait penser à ces équipements rustiques, à ces vêtements inusables qui nous étaient imposés dans notre enfance, à cette économie sans imagination qui nous a si longtemps paralysés. Développement durable, cest en fait, chez beaucoup, le symbole du conservatisme quand ce nest pas de la régression. Et surtout, lexpression développement durable est devenue une arme pour arrêter le développement. Un emballage sympathique, qui réjouira la table familiale ? Halte-là, au nom du développement durable, même si le recyclage fait des progrès tous les jours. Une nouvelle gravière ? Interdite, même si la baisse de coût des granulats quelle permettrait faciliterait le logement de milliers de candidats à la propriété, et même si sa transformation future en plan deau ferait lagrément de nombreux citadins. Encore pourrait-on vivre avec le développement durable sil ne salliait de façon redoutable avec une autre notion, aussi néfaste : le principe de précaution. Je suis, de naissance, un adversaire déterminé du principe de précaution. Qui, au nom de ce principe, aurait donné naissance en 1943 ? Mais sans vouloir personnaliser outre mesure, comment peut-on croire quavec le principe de précaution on aurait inventé le vaccin, la pénicilline, lavion ou lélectricité ? Seuls des fous volants, des pionniers ont permis tous ces progrès. Ne me faites pas dire quil ne faut pas être prudent, quil ne faut pas mesurer les conséquences de ses projets, que les autorités nont pas un devoir de contrôle. Jai participé avec enthousiasme à la mise en place des grandes lois de protection de lenvironnement des années soixante-dix, qui toutes étaient fondées sur lidée dune maîtrise de la nature par lhomme, dune gestion maîtrisée des ressources. Mais toutes ces lois étaient orientées vers le développement, indispensable compte tenu de tous les besoins encore insatisfaits. Ce que je veux dire, cest que le fait dériger le principe de précaution en principe constitutionnel revient à donner aux adversaires du développement une arme redoutable. On imagine que cest une règle sympathique fondée sur de bons sentiments. Certes, mais à la disposition des fanatiques opposants au développement, elle permettra à nimporte lequel dentre eux de faire arrêter par le juge nimporte quel projet, fût-il positif pour le bien-être futur de milliers de nos concitoyens. Rappelons-nous M. Kalachnikov : il a inventé une arme robuste pour défendre sa grande patrie agressée. Cette arme est aujourdhui dans les mains de tous les intégristes. Ne donnons pas à nos intégristes des armes contre le développement et le progrès. Nous avons encore trop besoin du développement. Développement durable, certes, mais dabord développement. |
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