Revaloriser l’idéal démocratique grâce aux fondations

Auteur
Jacques OUDIN
 
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Le choc du 21 avril 2002 a démontré avec force que limplication de tous les citoyens dans des actions dintérêt général est plus que jamais nécessaire dans notre société, afin de renforcer les liens de sociabilité et de solidarité. Cet engagement peut se traduire aussi bien en temps consacré bénévolement à la vie associative quen don financier ou en nature des particuliers ou des entreprises. Sans se substituer à laction publique, laction de la société civile est en effet indispensable aux côtés des politiques publiques. Dès son discours du 8 avril 2002 prononcé au Palais-Royal, le président de la République a rappelé que la libération des énergies en France passait notamment par « la libération de linitiative ( ) et lencouragement ainsi que limplication dans notre vie culturelle de tous les acteurs de la société civile : particuliers, associations, fondations, entreprises ». Le Premier ministre a confirmé son attachement à cet objectif dans son discours de politique générale du 3 juillet 2002. |
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Un fort retard français |
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Il est vrai que la faiblesse de lengagement citoyen et solidaire des Français est un mal propre à notre pays, faisant que, paradoxalement, la France, terre des droits de lhomme et de la démocratie est parmi lensemble des pays occidentaux lun de ceux qui valorisent le moins ces idéaux auprès de ses citoyens comme auprès des populations accédant à la démocratie (Europe de lEst, Afrique noire, Afghanistan, Irak, etc.). Ainsi, en France, le mécénat
ne représente que 0,1 % du PIB contre 2 % aux Etats-Unis. Au regard
du nombre En termes de dépenses rapportées au PNB, le secteur des fondations en France représente dix fois moins que son équivalent en Allemagne(2). Encore faut-il noter que les fondations françaises sont essentiellement de droit commun. La France, à côté des instituts et autres clubs de réflexion (constitués au mieux sous la forme associative) ne compte en effet que quatre fondations à objet politique : la fondation Robert Schuman, la fondation Jean Jaurès, linstitut Charles de Gaulle, la fondation François Mitterrand(3). La faiblesse du secteur des fondations en France constitue une limite naturelle pour une coopération concrète entre acteurs de la société civile alors que ceux-ci, dans dautres pays, peuvent sappuyer sur des fondations prospères et dynamiques. La comparaison avec lAllemagne se révèle à ce niveau riche denseignements. Pays à fort déficit démocratique avant 1945, lAllemagne fait figure de pionnier dans le domaine des fondations politiques. Celles-ci représentent en effet lensemble des courants politiques, ce qui permet aux forces politiques allemandes de soutenir leurs homologues étrangers, quelles que soient les configurations locales. Elles complètent en cela laction diplomatique et renforcent linfluence globale de lAllemagne dans les pays concernés. Elles participent aussi activement à lenracinement de lesprit démocratique au sein de la nation allemande. |
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Créer des fondations politiques |
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La France ne saurait ignorer les attentes dune large frange de la société civile et ainsi rester à lécart dun vaste mouvement qui dépasse nos frontières. La création de fondations politiques, qui représentent ou pourront représenter des mouvements de pensée et des idéologies profondément ancrées dans notre société, peuvent être ces lieux de rencontre, de dialogue et dexpertise ouverts à la société civile dont notre démocratie a besoin pour se renouveler et senraciner davantage dans notre nation. Des millions de Français pourraient être incités à donner et à participer à des uvres dintérêt général à travers des fondations. Leur action pourrait utilement compléter celle de lEtat et des collectivités locales, enrichir les relations entre citoyens et favoriser la décentralisation. Au-delà des actions citoyennes, dautres secteurs pourraient profiter du développement des fondations : la recherche scientifique, la santé publique, léducation, la culture, lécologie, etc. La proposition de loi que jai déposée en 1996 au Sénat à la suite du rapport au Premier ministre sur « Les fondations démocratiques à vocation politique en France » avait pour principal objet de répondre à cette attente dune large part de nos concitoyens en favorisant la création de fondations politiques en France. Sappuyant sur le régime juridique actuel des fondations déclarées dutilité publique, ces nouvelles entités se seraient distinguées des fondations classiques par le fait que leur reconnaissance serait conditionnée par le soutien apporté par une force ou un parti politique. Ce soutien ne préjugerait en aucune façon le respect par ces nouvelles fondations du cadre juridique sur la transparence et le financement des partis et des élections, ce qui imposerait une séparation claire des sphères dactivité entre les fondations et les partis. Le contrôle de cette séparation aurait été assuré par la Commission nationale des comptes de campagne. Une fois ces conditions respectées, les fondations politiques auraient été éligibles à une aide publique qui est indispensable à un double titre : dune part, pour établir une certaine égalité entre fondations et, dautre part, pour assurer un minimum de moyens daction dans le domaine international. Le plan de relance du mécénat et des fondations, présenté par le Premier ministre le 17 décembre 2002 et qui est soumis à lexamen du Parlement, assure pleinement cet effort en faveur de la création et du développement des fondations quelles quelles soient. En effet, ce plan prévoit, dune part, le développement du mécénat des particuliers et des entreprises par un renforcement des incitations fiscales et, dautre part, un allègement de la fiscalité des fondations. La modernisation des conditions de création et de financement des fondations était sans aucun doute nécessaire. Sil napporte pas toutes les réponses de fond concernant le développement de lengagement citoyen au travers de fondations démocratiques à vocation politique, ce projet de loi sur le mécénat et les fondations constitue indiscutablement un premier pas vers une redynamisation du tissu sociétal français. |
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(1) Source
: EDCE 1996 - A part deux créations législatives, la Fondation
du patrimoine (L. 2 juillet 1996) et la Fondation pour les études
comparatives (2001), le Journal officiel, de 1997 à aujourdhui,
comptabilise 38 décrets portant reconnaissance dune fondation
comme établissement dutilité publique. |
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