Faut-il construire autrement ?

Auteur
Alain MAUGARD
 
|
Le secteur de la construction va devoir apprendre à gérer les instabilités climatiques, et à les intégrer dès la conception des ouvrages. Il sagira de trouver un compromis entre un niveau de risque acceptable et des coûts supportables. |
||
|
Lalternance de périodes très froides et très chaudes, très sèches et très humides avec des épisodes de tempêtes et dinondations plus intenses, incite à penser que nous entrons dans une période de contrastes climatiques beaucoup plus prononcés et nous éloignons du climat « tempéré ». Tous les modèles de simulation climatique prévoient, pour un doublement du CO2 dans latmosphère, une augmentation de deux à six degrés de la température moyenne sur la planète dici à la fin du xxie siècle. On ignore encore aujourdhui, dans le détail, quelles pourront être les conséquences climatiques compte tenu des incertitudes sur les modèles utilisés et les hypothèses retenues. Ces changements peuvent avoir des répercussions majeures sur le bâti : réduction très sensible de la durée de vie de certains matériaux sous leffet de leau, désordres lourds générés par lassèchement ou, au contraire, la saturation en eau des sols superficiels, impact des tempêtes sur lenveloppe (couvertures, bardages ). Cependant, il convient de distinguer les catastrophes naturelles qui se sont accrues sous leffet du changement climatique de celles pour lesquelles la société naccepte plus le même niveau de risque. Inondations, glissements de terrain, neige, tempêtes, les risques ont augmenté au cours du siècle passé et sont imputables à la variabilité du climat naturel ou anthropique. En revanche, le risque sismique na pas augmenté mais le niveau dacceptation sociale de ce phénomène, lui, a diminué. La société exige toujours plus de sécurité dans le bâtiment considéré comme un abri, un refuge, voire un cocon qui protège des agressions extérieures. Ce qui était accepté par les anciens ne lest plus aujourdhui. |
||
|
Apprendre à gérer les instabilités climatiques |
||
|
Le temps est un facteur important dans la prise en compte des accidents climatiques ou des catastrophes naturelles. La mémoire, vigilance de lêtre humain vis-à-vis des risques, sémousse très rapidement. En témoigne le nombre de constructions dans des zones inondables. Par ailleurs, à léchelle humaine, la probabilité de vivre deux séismes, par exemple, est très faible. Faut-il prendre, pour autant, une « assurance tout risque » en adoptant des coefficients de sécurité maximum au prix dun surcoût insurmontable pour se prémunir de catastrophes se reproduisant à léchelle de plusieurs siècles ? Le secteur de la construction va devoir apprendre à gérer les instabilités climatiques, et à les intégrer dès la conception des ouvrages. Il sagira de trouver un compromis entre un niveau de risque acceptable et des coûts supportables. Cest une attitude ancestrale et permanente pour les constructeurs que de prendre en compte ces phénomènes. La nouveauté introduite par le changement climatique réside dans la rapidité probable des évolutions. Lensemble des réglementations, fondé sur une stabilité du climat, devra sans doute être revisité à laune des changements climatiques. Avec pour objectif la réduction des gaz à effet de serre, la Réglementation thermique 2000, et ses évolutions à lhorizon 2010, participe de cette idée, en intégrant le confort dété. Les tempêtes de 1999 qui ont touché des régions urbanisées sont une source denseignement pour faire évoluer les règles vent. A linstar de la réglementation parasismique, on peut imaginer une adaptation de ces règles en fonction de lusage du bâtiment (hôpital, préfecture, école ). Le CSTB a proposé une révision approfondie de la carte des vents extrêmes en collaboration avec Météo-France. A léchelle européenne, une normalisation est en cours dinstruction. Elle repose sur une approche probabiliste des événements climatiques extrêmes pour définir les vitesses de vent et la hauteur de neige au sol de référence. Sagissant des inondations, hormis pour les cuvelages, larrimage des réservoirs dhydrocarbures, peu de règles prennent en compte ce phénomène climatique quelle que soit son origine : plaine ou torrentielle. |
||
|
Sécurité, confort, productivité : un équilibre à repenser |
||
|
Ces évolutions réglementaires nécessaires impliqueront de veiller à la compatibilité des mesures prises pour répondre à des exigences parfois contradictoires de confort et de sécurité. Ainsi la réduction des ponts thermiques, pour satisfaire aux exigences de la nouvelle réglementation, entraîne une diminution importante du nombre de liaisons mécaniques entre lintérieur et lextérieur du bâtiment. Ces dispositions fragilisent le bâtiment en cas de vent très fort ou de séisme. Par ailleurs, des gains de productivité dans le
bâtiment se sont opérés sur Les systèmes constructifs de demain devront concilier des impératifs de sécurité, de confort et de productivité avec une conception très rigoureuse pour prendre en compte les différents aléas. La moindre erreur de conception ou de mise en uvre décuple les conséquences dune catastrophe naturelle. Dailleurs, la fréquence accrue de vents très violents comme les tornades nécessitera de réfléchir à certaines « délocalisations » darchitectures traditionnelles typiques dune région. Ce nest pas un hasard si la maison traditionnelle bretonne a des pignons en dur dépassant des toits. Les constructions avec un avant-toit prononcé sont plutôt mal adaptées aux tempêtes. En ce qui concerne la mise en uvre, une attention particulière devra être portée aux attaches. Les toitures traditionnelles, réalisées à partir de matériaux lourds, sopposent au soulèvement du vent. En revanche, les toitures légères, réalisées dun seul morceau, savèrent beaucoup plus sensibles au vent et sollicitent les attaches. On assiste alors à un phénomène darrachement. Une recherche est engagée au CSTB pour revoir les méthodes de conception. Lors des tempêtes de 1999, on a pu sapercevoir que les charpentes sont souvent simplement posées sur la structure sans études préalables sintéressant à la tenue de lensemble. En outre, les cheminées nont pas été suffisamment prises en compte dans létude des risques lors de la construction, alors quelles peuvent se révéler dangereuses lors de fortes tempêtes. Compte tenu du risque reconnu de séismes dans certaines régions françaises et des enjeux économiques et sociaux, des travaux sont engagés pour élaborer un ensemble de dispositions de renforcement du bâti des constructions existantes. Il sera complété par une méthode permettant de calculer le « gain » attendu pour chacune des dispositions, en termes damélioration du comportement des bâtiments à des sollicitations sismiques. |
||
| Inondations : des mesures pour protéger les bâtiments | ||
|
Aucune mesure efficace ne peut empêcher leau de pénétrer dans un bâtiment de conception courante. Il est même souhaitable quelle pénètre si la hauteur deau est importante, de manière à limiter les effets destructeurs dus à la poussée dArchimède. On peut au mieux, dans certains cas, limiter cette pénétration afin, en particulier, déviter linvasion par de leau polluée. La solution définitive pour limiter les conséquences humaines et matérielles serait sans doute de construire dans des zones hors datteinte. Mais dautres considérations font quil y a, et quil y aura toujours, des constructions dans les zones à risques. La solution réside dans des dispositions visant à réduire la vulnérabilité du bâtiment aux inondations, avec une conception favorisant lévacuation de leau et le séchage de louvrage. Pour les inondations de plaine, de faible hauteur, il conviendra de prévoir, par exemple, des occultations efficaces complétées par un système de pompage. Le choix des matériaux est également important, dautant quil faut peu de temps pour mouiller un matériau et beaucoup de temps pour le sécher. Toutes les dispositions constructives favorables à la non-rétention des eaux seront bénéfiques à la remise en état des bâtiments. Leau « cachée » est une source de problèmes à retardement, car elle favorise le développement des moisissures, notamment lorsque le bâtiment est à nouveau chauffé. Le bon sens conduit à construire en hauteur pour mettre hors datteinte des eaux les parties vulnérables dun bâtiment, à commencer par les zones dhabitation mais aussi les équipements techniques (tableau électrique, appareils de chauffage ). Les fondations sont également à surveiller. Les inondations augmentent les risques dinstabilité du sol et de fissures dans louvrage. De même, les changements de niveau de leau dans le sol peuvent causer des pathologies lourdes, par gonflement des argiles sensibles. |
||
| Réduire la vulnérabilité des réseaux | ||
|
En ce qui concerne les inondations torrentielles, on pourrait imaginer des dispositifs de protection des bâtiments, comme des brise-lame dissipant lénergie des flots, réduisant les effets mécaniques sur les structures et protégeant le bâtiment des chocs dobjets lourds flottants emportés par le courant. Lefficacité et lacceptation du coût
de ces mesures restent toutefois à démontrer. Pour pallier cette vulnérabilité des réseaux, les bâtiments deviendront de plus en plus autonomes en énergie avec des systèmes décentralisés de production délectricité, en alimentation en eau avec les systèmes de récupération des eaux pluviales, en assainissement avec les procédés autonomes. Lévolution du climat mobilise nos voisins européens, en particulier le Royaume-Uni et la Norvège qui ont pris des initiatives au niveau national. |
||
| Mobilisation européenne | ||
|
Le Royaume-Uni a lancé en 1997 le programme United kingdom climate impacts programme (UKCIP) dont lobjectif est dévaluer les impacts potentiels du changement climatique dans tous les secteurs dactivité et daider les parties concernées à préparer des mesures adaptées. Il traite un large éventail de questions concernant le cadre bâti, les infrastructures de transport et les réseaux. La Norvège par lintermédiaire de lhomologue du CSTB, le Norwegian research building institute (NBI), a lancé en octobre 2000, pour une durée de six ans, un programme de recherche concernant à la fois le parc existant et les constructions neuves. Il vise à étudier les modes dadaptation de la société à ces modifications et à réviser les codes de calculs ainsi que les méthodes de planification et de construction des bâtiments. Tant les Norvégiens que les Britanniques envisagent ces programmes dans le cadre de coopérations internationales compte tenu de la nature des problèmes posés. Le CSTB poursuit des recherches sur ces questions en relation avec ces partenaires. |
||

