Portrait d’une France qui vieillit

Auteur
Jean-Claude CHESNAIS
 
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La part des personnes âgées de plus de 60 ans dans la population totale est passée de 16% en 1950 à 22,1% en 2000. Elle sera de près de 33% en 2050. |
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LEurope est le continent de plus basse fécondité au monde. Nulle part le remplacement des générations ny est assuré. Mais il y a cependant trois Europe, aux régimes de fécondité très différenciés. |
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Le premier est le modèle maritime de lAtlantique Nord (Angleterre-France- Scandinavie) où depuis un quart de siècle, la fécondité nest inférieure que de 10% à 20% au niveau de remplacement des générations (2,1 enfants en moyenne par femme) : la baisse de la population peut être compensée ou évitée par une immigration modérée, maîtrisée. |
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Le deuxième est celui de lEurope centrale continentale (Allemagne, Pays-Bas, Autriche...), où le déficit atteint 20% à 35% ; dans certains cas, la population a commencé à fléchir et limmigration joue déjà un rôle majeur et parfois quasi-exclusif dans les variations démographiques. |
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Enfin, le troisième régime est caractérisé depuis une dizaine d'années, voire plus, par un effondrement de la fécondité jusqu'à des niveaux sans précédent historique : 1,1 à 1,2 enfant en moyenne par femme (Europe méridionale, Europe orientale, Russie...). |
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L'inversion de la pyramide des âges |
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Ces différences vont affecter la rapidité et le degré de vieillissement démographique, mais ne vont pas en changer la nature. Le processus est inévitable : il est le produit de la baisse séculaire de la fécondité et de laugmentation des probabilités de survie aux âges adultes et aux âges élevés. |
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La notion de vieillissement démographique a besoin
dêtre explicitée. Il y a, en fait, trois définitions
communes : la plus ancienne, la plus simple et la plus utilisée
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Il y a un second indice classique : lâge médian qui est lâge qui divise la population en deux parts égales, la première en dessous, la seconde au-dessus de cet âge : aujourdhui, cet âge est de 18 ans en Afrique sub-saharienne (un continent denfants), alors quen Europe et au Japon, il avoisine 40 ans et pourrait atteindre 50 à 55 ans au milieu du présent siècle. |
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Mais la description la plus réaliste est reflétée par le concept dinversion de la pyramide des âges. La sous-fécondité sest diffusée dans toute lEurope, ce qui signifie que, contrairement aux attentes des dernières décennies, le nombre denfants diminue et la taille à venir du potentiel de main-duvre va baisser : le poids des générations âgées va augmenter, notamment dans les pays qui, comme la France, ont eu un puissant baby boom, cependant que, au contraire, la taille des générations jeunes va se réduire. Doù une divergence croissante entre les deux extrémités de la pyramide des âges, par exemple, entre le nombre de personnes âgées et le nombre denfants, mais aussi entre le nombre de retraités et le nombre dactifs. Il y a donc bel et bien inversion, ou retournement de la pyramide des âges : les personnes âgées ou vieillissantes, jusque-là rares, deviennent nombreuses, voire majoritaires alors que le groupe de jeunes, qui de tout temps prédominait, sérode avec la baisse de la fécondité, au point de devenir minoritaire. Il y a un mouvement de pivotement autour de lâge médian (40 à 50 ans). |
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Historiquement, une « pyramide » des âges passe ainsi par trois stades successifs : |
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Une marche implacable |
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Le cheminement de la répartition par âge en France à laune du premier indicateur est simple à retracer. La part des personnes de plus de 60 ans dans la population totale est passée de 16% en 1950 à 19,2% en 1975, puis à 22,1% en 2000. Le baby boom ne la donc pas empêchée de croître de près de deux cinquièmes. Après larrivée aux grands âges des générations nombreuses nées entre 1946 et 1973 (vingt-huit classes pleines), le vieillissement va connaître une formidable accélération, qui se prolongera jusque vers 2035-2050 (et même au-delà si la fécondité rechute). Toujours décrite par la part des personnes de plus de 60 ans dans la population, la marche du vieillissement est implacable : 22,9% en 2010 ; 26,8% en 2020 ; 31,5% en 2035 ; 32,7% en 2050 ; autrement dit, un tiers de la population se composera de personnes âgées. La proportion correspondante double entre 1950 et 2050. |
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En cas de nouvelle baisse de la fécondité jusquà 1,5 enfant par femme, le pourcentage serait largement prédominant, avec 36% des habitants. |
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Toute aussi impressionnante est lévolution de lâge médian : en 1975, juste au lendemain du baby boom (qui provoqua un net rajeunissement), la moitié des habitants avait moins de 32 ans ; en 2010, cet âge sera passé à 40 ans ; en 2050, dans lhypothèse centrale, la moitié des habitants auront plus de 45 ans, cependant que dans lhypothèse basse, cet âge médian atteindra 49 ans. |
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Lévolution comparée des effectifs de jeunes et de personnes âgées est encore plus inattendue. Dans toute population traditionnelle où nexiste aucun contrôle sur la mortalité ni sur la fécondité, le nombre de jeunes est de cinq à sept fois supérieur à celui des personnes âgées. Avec la maîtrise de la fécondité, cette différence samenuise et avec les progrès médicaux, lorsque lallongement de la durée de vie provient de la baisse de la mortalité aux âges avancés, cet écart fléchit encore. Mais cest lorsque la fécondité passe durablement en deçà du seuil de remplacement des générations que se produit le tournant décisif. Ainsi, en France, en 1950, la population comptait encore deux fois plus de jeunes de moins de 20 ans que de personnes de plus de 60 ans.
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Des conséquences nombreuses et variées |
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En 1950, on comptait trois actifs potentiels pour un retraité potentiel ; en 2050, la charge aura doublé : 1,4 actif potentiel seulement pour 1 retraité potentiel. La France sest dotée dun système de retraite exceptionnel : généreux, précoce, universel ; en même temps, elle na pas su assurer la maîtrise comptable de ses dépenses de santé (près de 10% du PIB). Elle risque de vivre des lendemains difficiles, notamment si elle veut demeurer compétitive et fortement exportatrice. |
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Au-delà de laspect financier, il y a la délicate prise en charge des personnes très âgées devenues invalides ; or linversion de la pyramide des âges est telle que laccroissement des effectifs est dautant plus fort que les âges considérés sont plus élevés (triplement des personnes de plus de 75 ans, quadruplement des personnes de plus de 85 ans dici à 2050). |
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Cest pour les personnes démunies et seules que le problème social sera le plus aigu. La demande de services (aide ménagère, par exemple), de logement adapté aux handicaps et surtout dhébergement médicalisé va connaître un développement dautant plus spectaculaire que la crise de la famille (recul du mariage, hausse des unions libres et des divorces) tend à affaiblir les solidarités traditionnelles. Le secteur de lhabitat devra sadapter à cette nouvelle donne, par linvestissement en équipements et en personnel spécialisés. Mais il faut aussi tenir compte dun effet inverse : lavancée en âge saccompagne dune diminution de la surface de logement occupée par personne. |
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Toutefois leffet principal reste, à nouveau, lié au vieillissement par le bas, cest-à-dire à la contraction du nombre de jeunes : entre 2000 et 2035, la proportion des jeunes de 15 à 25 ans passera de 13% à 11% ; le nombre de jeunes ménages, qui constituent le segment principal de la demande de logement et déquipement, ira décroissant (le nombre annuel moyen de logements mis en chantier est tombé de moitié entre le début des années 1970 et les années 1990). Parallèlement, à partir de 2015-2020, le nombre de logements libérés par les décès des premières classes nombreuses issues du baby boom commencera à augmenter. La dynamique démographique devrait donc tendre à stabiliser le parc immobilier ; bien entendu, les opérations de réhabilitation et les nouvelles demandes liées à la mobilité professionnelle ou spatiale (infrastructures, résidences secondaires) joueront en sens inverse, du moins si la conjoncture économique ouvre lhorizon. Enfin, les changements matrimoniaux pourront modifier la nature de la demande : le nombre de personnes vivant seules (pouvant ou non avoir un visiting partner), et le nombre de foyers monoparentaux nont sans doute pas fini de croître ; ce sont des logements de moindre taille et plutôt situés en centre-ville qui pourraient, en raison de cette miniaturisation des foyers, être davantage recherchés. |
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Dès
2010, alors que leffectif jeune na guère varié,
leffectif âgé a doublé, passant de 7 à
14 millions. Lirrésistible basculement se poursuit ainsi
: alors que le rétrécissement continue chez les jeunes (sauf
en cas dhypothèse haute), la poussée samplifie
pour les personnes âgées, au point que le retournement est
total. Le nombre de personnes âgées est très supérieur
à celui des jeunes ; il est supérieur de moitié dans
le scénario central, il est double dans la variante basse.