Le risque ou la sécurité ?

Auteur
François de WITT
 
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Les investisseurs en Bourse et en immobilier forment deux populations clairement distinctes. |
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A priori, rien ne distingue physiquement un agriculteur charentais dun ostréiculteur charentais : même allure, même traits burinés par le grand air. Les habitants de Charente-Maritime ne sy trompent cependant pas. La tradition locale veut en effet que les agriculteurs soient des accumulateurs radins alors que les ostréiculteurs sont des flambeurs invétérés. On peut élargir cette distinction à lensemble de la population française dans ses comportements patrimoniaux. Et notamment dans son appétit pour les deux placements majeurs que sont limmobilier et les actions. |
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Depuis deux ans que la Bourse de Paris est victime de ratés, on pense souvent que les Français en profitent pour arbitrer leurs placements en actions contre de limmobilier ou, plus simplement, que les capitaux nouveaux dont ils disposent prennent cette direction. Alors quil y a une vingtaine dannées, le niveau élevé des taux dintérêt à long terme faisait, disait-on, des placements en obligations un redoutable concurrent des placements immobiliers (soumis, par ailleurs, au début de lère Mitterrand, à de douloureux tours de vis fiscaux). |
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Les épargnants avisés passeraient ainsi de la Bourse à la pierre, en fonction des circonstances. |
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Cest oublier quà la fin des années quatre-vingt, par exemple, nous avons assisté à une envolée simultanée des indices boursiers et des prix de limmobilier résidentiel, au moins en région parisienne. Cette période a coïncidé, curieusement, avec une explosion de la cote de lart moderne et contemporain, souvent présenté comme un placement refuge dont lévolution serait donc contraire à celle de la Bourse. Mais, clairement, tous les marchés étaient alors synchronisés. |
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| Des ressorts profonds très différents | ||
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En fait, limmobilier et la Bourse touchent des populations distinctes, dont les ressorts profonds, comme ceux des Charentais, sont très différents. On compte environ 2,2 millions de ménages propriétaires bailleurs. Ils disposent, le plus souvent, dun seul bien. Le nombre dinvestisseurs vraiment actifs, adeptes dune véritable stratégie immobilière, ne dépasse sans doute pas le million. |
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Sur le plan boursier, un peu plus de six millions de Français sont détenteurs dactions. Mais plus de la moitié dentre eux nont que des titres acquis à loccasion de la mise en Bourse de sociétés nationales. Ce sont des « opportunistes », dont les portefeuilles sont le plus souvent dérisoires. Le nombre dactionnaires considérés comme « normalement » actifs par les autorités boursières est de lordre de un million et demi. Et encore la définition de lactivité est-elle très large (plus de quatre transactions par an). Les vrais boursiers actifs, ceux qui réalisent au moins une opération par mois, ne sont pas plus de 500 000 et se recoupent à peu près avec la clientèle des courtiers en ligne. |
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Mais, surtout, les ressorts profonds dun boursier nont rien à voir avec ceux dun amateur de placement pierre. Tout les sépare en effet. Comme léquipe de Mieux vivre Votre argent lobserve depuis plus de vingt ans, à loccasion de lexamen mensuel des « Finances dune famille » française. Dun côté, des familles bien garnies en PEA, en comptes titres, en supports dassurance vie orientés vers les actions. Et, de lautre, les familles détentrices de contrats dassurance vie classiques (dits en francs ou en euros) et propriétaires dun, ou plutôt de deux ou de trois biens immobiliers générateurs de revenus et souvent acquis, du moins depuis quinze ans, dans des conditions présentées comme fiscalement avantageuses (Méhaignerie-Quilès, Périssol, Besson, etc.). Rares sont les patrimoines correctement équilibrés entre limmobilier et la Bourse. Le plus souvent, cest lune de ces deux voies qui a été privilégiée. Au mépris dailleurs des fameuses « pesanteurs sociologiques ». Tel cadre moyen de lEDF se révèle un boursicoteur impénitent, tandis quun préretraité de chez Matra affiche une brochette de studios en ville ou dans des stations balnéaires. Inutile de les inciter au rééquilibrage : leur choix est fait. |
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Cette dichotomie des comportements sexplique. On nachète pas des actions Air Liquide ou France Télécom comme on achète un deux-pièces cuisine à retaper dans la banlieue de Lille. Et, surtout, on ne troquerait pas les unes contre lautre (et vice versa). Pourquoi ? Lexplication tient tout entière dans létymologie des termes employés. Laction est une « valeur mobilière », ce qui signifie mobile ou facile à mobiliser. Un clic sur lordinateur et lordre de vente ou dachat est passé. |
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Investissement boursier... liquide |
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Cette liquidité, linvestisseur en Bourse y tient. Cest son degré de liberté qui lui permet de revendre avec une plus-value, voire de doubler sa mise en cas deffondrement de son titre. Peu lui importe que ses conseillers lui serinent que le placement en actions doit être jugé sur la durée, ce quil cherche, ce qui le stimule, cest lespoir dun gain rapide, immédiat (quil ne matérialise pas nécessairement). |
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Aussi le vrai actionnaire est-il constamment à laffût, gros consommateur de presse écrite et audiovisuelle, en recherche constante de la valeur délaissée par le marché (mais évidemment prometteuse), lentreprise « opéable » par un concurrent, lintroduction en Bourse à prix sacrifiés, etc. A tel point dailleurs quil est susceptible dacheter un titre sur la seule foi dun tuyau de son beau-frère ou de son expert comptable, alors quil prendra plusieurs semaines de réflexion avant lachat de son nouveau réfrigérateur ou à lexamen des conditions hôtelières offertes à Djerba. Lactionnaire a au demeurant de quoi soccuper : il se passe en effet toujours quelque chose en Bourse. Laugmentation spectaculaire de la volatilité des actions représente même une opportunité, celle de réaliser des « écarts » sur une courte durée de temps. Bref, on laura compris, linvestissement en Bourse nest jamais dissociable de la spéculation, même si lexpérience montre quen pratique les particuliers conservent les titres pendant une période de temps relativement longue, de lordre de six à huit ans. |
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Mais, peut-on se demander, comment agissent-ils lorsque leurs anticipations ne sont pas confirmées, bref lorsque la Bourse entame une phase de baisse prolongée, comme depuis deux ans ? La réponse est simple : sils ont été pris de surprise, comme cest généralement le cas, ils font le gros dos. Selon le dicton boursier « Tant quon na pas vendu, on na pas perdu. » Et puis, ce qui a baissé remontera En attendant, on ne bouge pas. Au point déviter même de consulter les « cotes » publiées par la presse, son compte titres ou son relevé mensuel, par peur de visualiser lampleur des dégâts. Et sils ont pu se dégager à temps ? Eh bien, les boursiers se reportent sur les obligations, réputées moins volatiles que les actions, voire sur les sicav monétaires qui progressent toujours mais de très peu (3 % par an actuellement). Pourquoi ne basculent-ils pas alors leurs actifs sur le placement-pierre ? Dabord, pour cela, il faudrait réaliser leurs pertes. Mais, surtout, il faudrait pénétrer dans un autre monde. |
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| Immobilier immobile | ||
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La première caractéristique de limmobilier, cest dêtre immobile. Tout le contraire de lagitation boursière. Ce qui nous renvoie aux agriculteurs de Charente. Linvestisseur dans limmobilier apprécie les biens réels, tangibles, palpables. Il a confiance dans la solidité dun édifice, mieux encore dans sa permanence. « La pierre ne ment pas » est sa devise (même si une actualisation, nécessairement un peu complexe, de ses flux pourrait bien souvent lui prouver le contraire). |
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Autre trait de caractère : il a le temps devant lui, il nest
pas pressé de voir se matérialiser ses plus-values. Ajoutons
que, son bien nétant pas coté, il |
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La nature profondément différente des actions et de limmobilier
explique donc pourquoi leurs clientèles peuvent difficilement être
les mêmes. Bien au contraire, tout les oppose, à commencer
par leur positionnement sur laxe « sécurité-risque
». Il y a bien un élément commun à ces deux
ensembles en apparence disjoints. Il sagit des sociétés
foncières cotées en Bourse. Cet élément nest
commun quen apparence. Les investisseurs dans limmobilier
se méfient des foncières, précisément du fait
que leurs cours subissent les aléas de la Bourse, dont ils ne veulent
pas entendre parler. Ces titres nintéressent donc que les
boursiers. Médio- |
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Linvestisseur en Bourse est-il inéluctablement différent de linvestisseur dans limmobilier ? Sans doute que oui, même si les uns et les autres sont à la recherche de plus-values. Mais leurs valeurs, leurs objectifs, leur notion du temps et leur univers de placement ne sont pas les mêmes. A un point près : quelle que soit la manière dont les Français répartissent leur patrimoine, ils partagent lenvie commune de devenir propriétaires de leur logement. Même les ostréiculteurs charentais |
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